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Tome II.
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SEPTIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIX.

Il est affligeant de le dire, mais la vie des camps n’est pas propre àdonner aux hommes les qualités qui en font des citoyens utiles. Elle ha-bitue à l’oisiveté et à la servilité. Pour être un bon soldat, il faut savoirperdre son temps et ne jamais résister à un ordre, fût-il cruel et injuste.A la guerre, l’obéissance passive est d’absolue nécessité ; car il faut, là, queles mouvements de cent mille hommes concourent à un but unique : lavictoire. Dans l’état social, le but est multiple : c’est le plus grand bien duplus grand nombre, et il ne s’acquiert que par le développement des pen-sées et des efforts individuels. Dans la vie civile, on ne doit l’obéissancequ’à un ordre légal, et si la loi est mauvaise, il faut savoir la critiquer. Cen’est pas tout : le soldat est porté à confondre la force avec le bon droit,et le sabre avec la raison; ce qui est une dégradation de la plus noblepartie de l’espèce humaine. 11 convient en conséquence à la société queles formes nécessaires au régime militaire soient étendues au moins grandnombre d’hommes qu’il est possible, et restreintes aux seuls moments oùelles sont indispensables. De puissants intérêts, je le sais, s’opposent ausystème défensif; mais, pour lui donner la préférence, j’en connais unplus puissant encore : celui des peuples.

Des militaires trop étrangers aux connaissances du publiciste et ducitoyen ont élevé d’autres objections contre un système purement défensif.Je ne m’arrête pas aux déclamations d’honneur et de gloire, qui oui peude poids du moment qu’on les met en balance avec le véritable honneur etles intérêts nationaux. La gloire consiste, non à réussir dans tous lescas, mais seulement dans ce qui est louable. Je me bornerai donc à exa-miner les seules raisons qui puissent avoir quelque mérite aux yeux desgens sensés.

Si nous nous bornons à la guerre défensive, a-t-on dit, notre propreterritoire en devient le théâtre et souffre toujours plus ou moins de sesravages; tandis que la guerre offensive transporte dans l’étranger lethéâtre de la guerre.

On commence par supposer ici d’abord que la guerre a lieu aussi bienquand on suit le système défensif que lorsqu’on suit le système opposé.J’ai prouvé, cependant, que nul système n’écarte plus sûrement la guerre.Or, dans tous les cas du moins où il préserve de ce fléau, il n’exerce sesravages ni sur un territoire ni sur l’autre.

On suppose encore que les moyens de défense ne suffiront pas pourarrêter l’ennemi sur la frontière. Dans ce dernier cas, le territoire estencore préservé.