DÉPENSE D’UNE MARINE MILITAIRE.
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saircs lui-même cédera au temps et aux lumières. On abolira le vol despropriétés particulières sur mer, comme on l’a aboli, même en guerre,sur les grandes routes. Les prises faites par les corsaires ne profilent qu’àdes particuliers assez peu intéressants, et qui pourraient faire des gainsnon moins considérables et plus honnêtes dans un commerce véritable etproductif. Les puissances belligérantes, en abolissant la course, ne per-draient par conséquent aucune des ressources dont elles ont besoin pourla guerre •. Elles ont besoin d’affaiblir leur ennemi, dira-t-on ; mais elless’affaiblissent en môme temps. Je ne pense pas au surplus que les gainsque font les particuliers dans le commerce mar ilime fournissent à leursgouvernements des ressources actuelles bien importantes. C’est l’industrieen général (dont le commerce étranger ne forme qu’une petite partie),ce sont les accumulations anciennes, qui fournissent à un gouvernementbelliqueux, quand on a le malheur d’en avoir un semblable, les moyens defaire la guerre.
L’équipement d’une flotte est encore la moindre des dépenses qu’elleoccasionne. Il faut lui préparer des refuges et des moyens de se ravitaillersur tous les points du globe; il faut, par exemple, à l’Angleterre, des ports àGibraltar, à Malte, à Corfou, sur les côtes d’Afrique, en Asie, en Amérique,à Kingston, à Halifax; et pour cela elle est obligée de soutenir des guerres,elle est mêlée dans toutes les intrigues des quatre parties du monde etsupporte des frais immenses pour l’entretien de ces établissements. —Elle est dédommagée par son commerce, dira-t-on. — Eh ! son commercen’aurait-il pas lieu tout de même sans tout cet appareil militaire? Est-cele sabre à la main que l’on fait de bonnes affaires ? Ce qui fait que l’An-gleterre vend ses marchandises, et dans l’Archipel, et dans l’Orient, etdans les deux Amériques, c’est qu’elle sait en fabriquer qui conviennentaux consommateurs de ces diverses contrées, et qu’elle sait les établir àbon marché. Le canon n’y fait rien.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que, pour éviter les guerres en général, il nesuffit pas d’un régime qui en écarte les causes : il faut encore n’avoir pasd’autres institutions qui les provoquent et les nourrissent.
1 Les Anglais à la vérité ont toujours profité de la sécurité des particuliersqui, dans les parages lointains, ignoraient les hostilités de l’Europe, pour s’em-parer de leurs embarcations. C’est une espèce de piraterie dont ce gouvernementcessera de se rendre coupable quand le droit international sera mieux établi.