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SEPTIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXII.
la Grèce antique ». Les voyageurs disent qu’à Pétersbourg le faste des bâ-timents a quelque chose de théâtral, et qu’à Dublin de belles façades, mas-quant de vilaines rues, réussissent mal à déguiser la misère publique.
Le public est en droit de blâmer un monument honorifique qui n’apour objet ni de récompenser des vertus publiques, ni d’honorer la nationqui en supporte les frais, comme serait, par exemple, une chapelle expia-toire. Lorsqu’on élève des statues à un roi méseslimable* ou méchant 5 ,on insulte au bon sens d’une nation. Il y a presque du ridicule dans lesmonuments qu’un prince érige lui-même en son honneur aux dépens deses sujets 1 2 * 4 .
S’il convient à une nation de ne faire une dépense qu’autant qu’il en ré-sulte pour elle une jouissance équivalente au sacrifice qu’elle s’impose,nous en conclurons que les établissements publics doivent, autant qu’il estpossible, être ordonnés et entretenus par les localités appelées à en sup-porter les frais. En effet, s’il est difficile qu’un fonctionnaire public fasseune saine comparaison des frais supportés et de l’avantage promis, la dif-ficulté est bien plus grande lorsque le fonctionnaire est éloigné et qu’il estoccupé d’une multitude d’autres affaires. Il est par conséquent plus àcraindre que la société ou la portion de la société que la chose regarde nefasse une mauvaise spéculation. S’il s’agit de percer une rue à Lyon, lesmeilleurs juges de celte affaire sont les habitants de Lyon ; et comme ilspourraient difficilement en délibérer eux-mêmes, c’est à leurs magistratsà en délibérer pour eux ; mais s’il faut, comme le veut notre législation enFrance, qu’ils en réfèrent à un ministre à Paris, et si le ministre, aprèsavoir consulté ses agents, modifie le plan, le change tout-à-fait, ou le
1 Des édifices de ce genre devraient être commodes, mais simples, ne fùt-ceque pour montrer aux négociants que les succès de l’industrie se fondent surdes habitudes d’économie. Les édifices somptueux ne conviennent qu’à destraitants engraissés de la misère publique.
2 A Londres, on voit une statue de Charles II, qui vendit pour de l’argent,aux Hollandais, les intérêts de son pays.
5 Dans la cour de Whitehall, on voit la statue pédestre de Jacques II, protec-tecteur du juge Jefferies. Paris offre de nouveau la statue de Louis XIII, qui fitcondamner et exécuter son ami Cinq-Mars et le respectable de Thou.
4 On voit ce que vaut la comédie de se faire demander par des courtisans àgages ces sortes de monuments. C’est ainsi que Louis XIV, Louis XV et Na-poléon ont eu des statues et des arcs de triomphe de leur vivant.