Band 
Tome II.
Seite
303
JPEG-Download
 

DÉPENSE DES ROUTES.

303

A mesure que, par les progrès de la civilisation, nous parvenons à di-minuer le nombre ou l’intensité de ces obstacles, nous obtenons des éco-nomies dans les frais de production ; les produits baissent de prix, et ce-pendant les profits de la production sont augmentés ; or, vous savez queles nations sont d’autant plus riches que les produits y sont à meilleurmarché’. Si les différentes parties d’un royaume tel que la France n’avaiententre elles aucunes communications faciles ; si Ton ne pouvait recevoir àParis des toiles de Bretagne, des soieries de Lyon, des vins de Bourgogne,des blés de'Picardie, autrement qu’à dos de mulets, tous ces produitsnous reviendraient énormément cher ; un grand nombre de consomma-teurs seraient obligés de s’en passer ; beaucoup de producteurs, faute dedébouchés, n’en produiraient pas ; il y aurait moins de profits faits par laproduction, moins de besoins satisfaits par la consommation.

Transportons-nous en imagination dans certaines parties des montagnesd’Auvergne ou du Jura; nous y verrons de superbes sapins que Ton peutacheter pour un franc, mais qu’on ne peut pas sortir du lieu où la natureles a fait croître. A vingt lieues de là, dans les chantiers d’une ville, chacunde ces beaux arbres vaudrait quarante francs peut-être. Telle est du moinsla somme que Ton pourrait les y vendre actuellement. Si le gouvernementouvre une bonne roule qui permette qu’on les y transporte, il élèvera doncune somme de un franc à quarante.

Un calcul hypothétique nous aideraà comprendre commenlcette valeurcréée, multipliée par tous les arbres de la forêt, serait distribuée entre lesproducteurs et les consommateurs. Cinq francs sur le prix du bois seraientpeut-être employés pour les intérêts du capital qu’aurait coûté la confectionde la route; quinze francs pour l’extraction et le charroi. L’ouverture dece débouché et l’augmentation de la demande sur le lieu de la productiony quadrupleraient la valeur du bois, c’est-à-dire que le propriétaire fonciery vendrait ses arbres4 francs. Tous ces frais ne porteraient encore la valeurde chaque arbre, au lieu de la consommation, qu’à 24 francs. Ses frais deproduction s’arrêtant à ce taux, les consommateurs gagneraient 16 francs,puisqu’ils payaient auparavant le même produit 40 francs; tellement quele propriétaire foncier, les gens de peine, les voituriers et les consomma-teurs se partageraient cet immense bénéfice. Changez les nombres, sui-vant le lieu de l’extraction, le lieu de la consommation, l’augmentation de

’ Vovez la prouve (le cette vérité dans la III 6 partie de ce Cours, chap. 5.