DÉPENSE DE LA NAVIGATION INTÉRIEURE.
317
du fonds; il se promet de trouver dans des rigoles de puissants moyens• d’arrosement; le fermier calcule qu’il épargnera sur le transport de ses' engrais, de ses denrées, bien pins qu’il ne lui en coûtera par l’augmenta-tion de son fermage; le manufacturier se prépare à amener ses matièrespremières jusque dans son établissement ; le maître de forges sait qu’il; gagnera sur le prix de son fer tout ce qu’il épargnera sur son transport ;
| le propriétaire d’une carrière de pierre ou de sable pourra vendre des! matériaux qui restaient sans emploi ; tel autre fera fabriquer des briques ;! tous prennent peu ou beaucoup d’actions, selon leurs facultés ; l’entre-
i
prise se forme; chacun est intéressé à ce qu’elle s’accomplisse; ils ne, craignent pas de rencontrer sous leurs pas des autorités administrativesou judiciaires ; et ils sont moins intéressés, en leur qualité d’actionnaires,à élever les droits du canal qu’ils ne sont intéressés, en leur qualité deproducteurs, à les modérer.
j II se rencontre moins de facilités dans un pays où les connaissances| industrielles sont moins communes, dans un pays où les capitaux sont! concentrés dans la capitale, et où les provinces ne savent encore se traînerj que dans les ornières de la routine; les grands établissements publics ontj alors besoin d’être jusqu’à un certain point favorisés par la puissance dej la société tout entière, c’est-à-dire par le gouvernement. Sans cela il se-rait à craindre que les meilleurs moyens de communication fussent troplongtemps à s’introduire. Même en Angleterre, si les grandes routesn’existaient pas, je doute que les intérêts particuliers fussent suffisammentexcités à les construire. Il est fort heureux qu’elles aient été faites à uneépoque où il y avait beaucoup de terrains vagues, où les autres terrainsavaient peu de valeur ; à une époque où le despotisme, agissant dans lesens des intérêts du pays, parce qu’ils étaient les mêmes que les siens,pouvait surmonter des obstacles qui se seraient peut-être trouvés insur-montables plus lard.
Si le public, dans son intérêt, doit aider les particuliers à creuser uncanal, ce n’est pas à dire que toutes les parties du pays doivent y con-jcourir également. Certes, les provinces de l’ouest de la France tireraient/peu de service du canal latéral du Rhône. M. Humblot-Conlé a judicieu-sement remarqué, dans un discours à la chambre des députés, que troisclasses de citoyens participent aux résultats lucratifs d’un canal : ceux quidoivent en retirer un péage, ceux qui ont des terres et des établissementsindustriels sur le produit desquels le canal peut exercer une favorableinfluence; enfin l’Etat, dont il accroît le commerce, l’industrie, les revenus