Band 
Tome II.
Seite
337
JPEG-Download
 

DES ÉTABLISSEMENTS D’INSTRUCTION.

337

connaissances de mois plutôt que de choses, et, pour nous servir de l’ex-pression de Montaigne, une suffisance livresque , de laquelle sont nés (sur-tout par l’importance exagérée donnée à la théologie et à la jurispru-dence) beaucoup plus de maux qu’on ne croit. Il fallait des progrès trèsrécents pour que nous fussions avertis que le bien-être de la société re-pose sur des connaissances positives, que les sciences positives sont lefondement de toutes nos connaissances utiles, et que ces sciences (sanssortir des vérités susceptibles de preuves directes) sont si étendues que lavie la plus longue est trop courte pour les embrasser.

Quoi ! l’on s’est occupé de nous faire perdre des instants si précieux surdes rudiments, quand le vaste sujet des connaissances humaines, quandl’univers s’ouvrait à nos yeux! Des docteurs ont entrepris de nous fairecomprendre ce qu’ils n’entendaient pas eux-mêmes ; et l’on a regardé celacomme de la science ! Non, ce ne sont pas là les moyens d’instruction quiconviennent à notre siècle, et qui peuvent nous mériter l’approbation dessiècles futurs. Dorénavant on étudiera mieux la nature des choses physi-ques et morales, et l’humanité recueillera de précieux fruits de ces éludes.

On voit que je n’attache pas un grand prix à l’éducation des collèges età l’échafaudage des universités. Mieux vaut cent fois la liberté qui favo-riserait l’établissement d’une foule d’institutions particulières où Ton s’oc-cuperait de toutes les connaissances applicables à la vie sociale, et dansquelques-unes plus spécialement des connaissances favorables à certainesprofessions, à l’agriculture, aux arts, au commerce. Les familles et lesindividus auraient le choix de celles de ces institutions qui conviendraientà leurs projets. De la manière dont l’instruction publique est organisée enFrance, et, je le crois, dans la plupart des Étals de l’Europe, elle tend àmultiplier dans les professions lettrées plus d’individus que ces profes-sions n’en peuvent nourrir’.

Ce n’est pas seulement un mal pour eux-mêmes ; c’en est un pour lasociété. Beaucoup d’entre eux ne pouvant subsister de leur état, n’ontd’autres ressources que de vivre aux dépens du public. On fait un besoinde l’intrigue et des places,(Les écoles de droit, en multipliant les gens de\loi, multiplient les hommes qui ne peuvent subsister que de procès, et Jqui prospèrent d’autant plus qu’il y a plus de contestations parmi les ci—Iloyens; les hommes qui sont intéressés à compliquer la législation pour S

1 Tel est l’inconvénient des bourses, des places gratuites, données dans lescollèges, les séminaires et autres établissements d’instruction publique.