Band 
Tome II.
Seite
346
JPEG-Download
 

316

SEPTIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXIX.

On a formé d’après ces conseils des fermes expérimentales auxquellescertainement on a des obligations, comme d’avoir propagé les mérinos enFrance ; mais combien ne laissent-elles pas à désirer quant an but in-diqué par Arthur Young ! Elles n’ont point été établies, comme il le vou-lait, dans les provinces retardataires; et, déplus, on a voulu obtenir desproduits au lieu de leur faire produire de l’instruction. La chose proposéepar Arthur Young est encore à faire.

Ce voyageur se moque beaucoup des instructions écrites répanduespar les gouvernements, parce que d’ordinaire elles sont rédigées par deshommes de cabinet; ce qui fait que, lorsque les hommes de pratiqueveulent les suivre, ils sont arrêtés par des difficultés que n’ont pas rencon-trées leurs auteurs. Ceux-ci sont trop portés à conclure du particulier augénéral, et à s’imaginer que l’on peut conduire de grandes exploitationscomme de petites expériences. Cependant, si chaque directeur d’une fermeétablie sur le plan proposé par Arthur Young lui-même était dans l’obli-gation d’imprimer chaque année un extrait d’un journal de ses travaux ,d’y rendre compte en peu de mots et en termes simples de ses motifs pourfaire un essai, de la manière dont chaque essai a été conduit et du ré-sultat qu’il a eu, on ne saurait douter que ce ne fut une instruction trèsprécieuse, et qui aurait de plus l’avantage de mettre les gens instruits etle gouvernement à portée déjuger de la capacité des directeurs de cesétablissements : de semblables directions ne pourraient pas être donnéesà la faveur plutôt qu’au mérite ; car les bévues ou la mauvaise adminis-tration du directeur seraient alors remarquées de tout le monde.

Dans les manufactures, les essais, en général, ne sont pas si longs quedans l’agriculture ; quelques-uns sont susceptibles d’être faits en petit etd’être renouvelés à peu de frais; aussi les progrès de l’industrie manu-facturière ont-ils été plus rapides et plus variés que ceux de l’agriculture.Cependant combien de grandes manufactures, de grands bâtiments, demachines compliquées, de fourneaux, d’alambics dispendieux, entreprissur des indications que l’on croyait sûres, ont été abandonnés aprèsavoir beaucoup coûté! L’exécution en grand d’un procédé qui n’a étééprouvé qu’en petit est toujours une expérience plus ou moins hasardeuse.Une petite machine ne nous dit point ce qui résultera d’une grande ma-

pratique, il vaut beaucoup mieux avoir plusieurs fermes expérimentales situéesdans divers terrains et dans divers climats, qu’une seule grande ou même unpetit nombre de grandes, comme le gouvernement français l’a souvent projeté.