80 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
Elle le réclame afin de mieux révéler sa puissance, surlaquelle l’esprit humain a besoin d’être édifié, non moinsque sur sa douceur et ses charmes; car les hommes nese soumettent volontiers qu’à ce qui est fort. Comment,lorsqu’on reconnaît aux États la faculté d’emprunterpour la guerre, la leur contesterait-on quand il s’agit dese livrer à ces améliorations variées qui sont destinées àtransformer les conditions de l’existence des popula-tions, à métamorphoser les rapports des provinces, desempires et des continents, à établir la solidarité de toutela famille humaine, à mettre les hommes en possessionde tout ce que peut rapporter notre globe terrestre ?
La paix doit faire usage du crédit sans crainte, maisnon sans réserve. Entre ses mains, le crédit se présenteavec de tout autres caractères que lorsque c’est la guerrequi s’en sert. Les partisans des économies, justementeffrayés des conséquences de l’emprunt lorsqu’il a unedestination militaire, doivent, quand il s’agit de la paix,se sentir complètement rassurés. La guerre, en effet, nese contente pas d’emprunter pour aller dévaster les pro-vinces de l’ennemi, et détruire, au bruit des fanfares, engagnant ainsi de la gloire, ce que des hommes nos sem-blables ont eu tant de peine à édifier. La guerre, émi-nemment destructive de sa nature, dévore même sespropres instruments. Les emprunts que la guerre a con-tractés sont par elle consommés sans qu’il en reste rien ;au contraire, les emprunts qui seraient destinés auxœuvres de la paix seraient des emprunts féconds ; car lescapitaux ainsi employés ont le don de se reproduire.Judicieusement appliqués, les emprunts de la paix enri-chiraient l’État. C’est la différence de la production à ladestruction, de la vie à la mort.
Les institutions publiques de crédit industriel, demême que le crédit des États, dont je vous entretenais