VILLE DE PARIS.
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campagnes ; mais Paris eut toujours l’avantage d’être le patrimoine par-ticulier des rois. Ses bourgeois conservèrent leur liberté, les privilègesde leur commerce sur la Seine, et leur administration municipale.
Les rois de la dynastie carlovingienne résidèrent peu à Paris. Cliar-lemague visita plus d’une fois cette ancienne capitale de Clovis, maisil n’en fit jamais son séjour habituel : toutefois son règne eut surcette ville une heureuse influence. Il y établit, vers 779, avec l’assis-tance de ce qu’il y avait de moins ignorant parmi le clergé, une écoleoù l’on enseignait à lire, à écrire, quelques éléments de calcul, et l’art,fort honoré alors, de chanter au lutrin.
Sous les faibles successeurs de ce monarque, Paris devint le patri-moine particulier de comtes héréditaires. En 84S, les Normands,attirés par la richesse de cette capitale, de ses églises et de ses monas-tères, se précipitèrent dans la ville, pillèrent tout ce qu’on n’avait pusoustraire à leur rapacité et la livrèrent aux flammes. En 856, cesmêmes brigands débarquèrent dans la Neustrie vers le mois de décem-bre , s’avancèrent encore jusqu’à Paris, dont les habitants abandonnè-rent de nouveau leurs habitations, qui furent encore réduites en cendres.— Les inv asions normandes paraissant toujours imminentes, les grandsvassaux firent élever dans leurs seigneuries des forteresses, qui cepen-dant n’empêchèrent pas ces barbares de reparaître à Paris en 861. Mais,comme cette ville avait été ruinée par leurs dernières incursions, ilsfurent peu satisfaits du butin qu’ils y firent, et conçurent le projet depiller les villes situées sur la haute Seine ; ils détruisirent le Grand-Pontqui s’opposait au passage de leurs barques, remontèrent le fleuve sansobstacle, entrèrent dans la Maine, saccagèrent en passant l’abbaye deSt-Maur, et, se divisant ensuite, allèrent piller en même temps Meauxet Melun. Effrayés de ces calamités, les Parisiens entourèrent leur villede tours et de bonnes fortifications qui n’étaient pas entièrement termi-nées lorsque les hordes normandes, fortes d’environ 30,000 hommes etcommandées par Sigefride, s’arrêtèrent sous les murs de Paris. Les Pa-risiens se défendirent avec une constance, une ténacité cjue les Normandsne purent lasser, malgré la persistance et les efforts multipliés de leurmobile tactique. Une année entière de vaines tentatives n’avait pointdécouragé la constance des assiégeants ; mais cette même année, comblede souffrances et de privations, n’avait pu lasser la constance des assié-gés. Les Normands, fatigués d’un si long siège, étaient sur le point dese retirer, lorsque Charles le Gros entra en négociations avec le chef nor-mand et signa la plus honteuse capitulation qui jamais ait été conclue !Le méprisable Charles consentit à payer aux barbares quatorze centsmarcs d’argent, à condition qu’ils lèveraient immédiatement le siège; illeur permit de transporter par terre leurs barques au-dessus de Taris,et de les remettre ensuite à flot pour continuer leur expédition dans lepays arrosé par la haute Seine.
La déposition de Charles le Gros, sa mort et l’extinction de la racecarlovingienne , renversèrent le colosse que Charlemagne avait élevésous le nom d’empire d’Occident. Le comte Eudes, nommé tuteur deCharles le Simple , battit les Normands sous les murs de Paris , leschassa du pays, et les poursuivit jusque dans le Cotentin et la Bretagne,où leurs hordes furent vaincues par ce brave guerrier, auquel on décernala couronne de France, qui devint héréditaire dans sa famille, en la per-sonne de Hugues Capet, élu roi en 987.
Paris fut longtemps à se remettre des ravages commis par les Normandssur son territoire. Les premiers princes de la troisième dynastie et leurssuccesseurs y fixèrent leur séjour dans l’édifice appelé aujourd’hui Pa-lais de justice ; pour rendre leur capitale digne d’un grand royaume, ilsaccordèrent à Paris d’importants privilèges, et firent exécuter pour sonembellissement des travaux immenses. Quelques auteurs prétendentque ce fut sous le règne de Hugues Capet que l’ou construisit un mur declôture autour des faubourgs qui s’étaient formés au nord et au midi dela Cité, mais il parait aujourd’hui prouvé que cette seconde enceinte deParis doit être attribuée à Louis "VI.
Voici la description, certaine en quelques points, conjecturale enquelques autres, de cette enceinte : le mur devait partir delà rive droitede la Seine, dans le voisinage de St-Germain-l’Auxerrois ; il enserraitcette église et ses dépendances, devait s’étendre jusqu’à la rue des Fos-sés-St-Germain-l’Auxerrois, suivre la direction entière de cette rue,
celles de Bétliizi, des Deux-Boules, de la' rue et place du Chevalier-du-Guet, enfin de la rue Perrin-Gosselin, et aboutir à la rue St-Denis : làétait une porte située au nord, en face et à peu de distance du Grand-Chàtelet. De cette porte, qui devait être au point où la rue d’Avignondébouche dans celle de St-Denis, le mur se dirigeait le long de la pre-mière rue, celle des Ecrivains, enserrait l’église St-Jacques-de-la-Bou-clierie, et aboutissait à la rue des Arcis, où se trouvait une porte deville. Comme on passaitpar cette porte pour arriver à l’église St-Méry,elle fut nommée l’Arclie de St-Méry. De cette porte, le mur d’enceinte secontinuait dans la direction des rues Jean-Pain-Mollet et Jean-l’Epine,et aboutissait à la place de Grève ; de cette place il allait jusqu’au bordde la Seine, où se terminait, du côté du nord, la seconde enceinte. —Il paraît que dans la suite l’enceinte fut de nouveau, du même côté,prolongée dans la rue St-Antoine jusqu’en face de la rue Geoffroi-Las-nier, où était une porte appelée porte Baudet.
L’enceinte delà partie méridionale présente aussi plusieurs incertitudes.Il paraît que sur l’emplacement du couvent des Grands-Augustins, au-jourd’hui halle à la volaille, et sur le bord de la rivière, commençait cettepartie de mur : ce point correspondait alors à la pointe de l’ile de la Cité,et servait à la défense. Deux rues, situées dans le voisinage du couventdes Grands-Augustins, portaient le nom de la Barre, nom indicatif d’uneporte de ville, porte qui devait être placée dans la rue St-André-des-Arts, vers le point où la rue des Grands-Augustins vient y aboutir. Decette porte, le mur devait se prolonger à travers le massif des maisonssituées en face de la rue des Grands-Augustins, atteindre le cul-de-sacdu Paon, aboutir à la rue Hautefeuille, presque en face de la rue Pierre-Sarrazin; il se pourrait qu’en cet endroit fût une porte, la rue Haute-feuille étant, dans un grand nombre d’actes, nommée rue de la Barre.Le mur devait suivre la direction de la rue Pierre-Sarrazin, et tra-verser la rue de la Harpe. De ce point il devait se diriger à peu prèscomme la rue des Matliurins, et aboutir à la rue St-Jacques, où setrouvait une porte. Le mur d’enceinte suivait évidemment de cette portela direction de la rue des Noyers jusqu’à la place Maubert, où se trou-vait une autre porte qui s’ouvrait sur la voie qui conduit à Ste-Gene-viève, à St-Marcel, etc. ; de là le mur se prolongeant entre les ruesPerdue et de Bièvre, aboutissait à la rive gauche de la Seine, vers lepoint de cette rive appelé les Grands-Degrés, point qui correspondait àl’extrémité orientale de l’ile de la Cité. En cet endroit de la rive étaitune tour nommée Tour de St-Bernard et Tournelle des Bernardins, quidevait terminer l’enceinte.
Dès cette époque Paris fut divisé en trois parties ; la ville au nordde la Seine, la Cité au milieu , et l’Université au midi.
La troisième enceinte de Paris est due à Philippe Auguste qui, crai-gnant de voir la capitale insultée par les Anglais au moment où il s’em-barquait pour une croisade, ordonna d’environner les faubourgs d’unmur de sept à huit pieds d’épaisseur, défendu par cinq cents tours etmuni d’un fossé profond. On commença en 1190 par la partie septen-tentrionale de Paris. Le mur partait de la rive droite de la Seine, àquelques toises au-dessüs de l’extrémité septentrionale du pont des Arts.Là s’élevait une grosse tour ronde qui, pendant plusieurs siècles, a portéle nom de Tour-qui-fait-le-Coin. De cette tour, le mur traversait l’em-placement actuel de la cour du Louvre, longeait la façade occidentale decette cour, et se prolongeait, en suivant la direction de la rue de 1 Oratoirejusqu’à la rue St-Honoré, qui portait vers ce temps le nom de la Charon-nerie. Là le mur interrompu présentait une entrée fortifiée par deuxtours rondes, et qui se nommait porte St-Honoré. De cette porte l’en-ceiute s’étendait entre les rues de Grenelle et d’Orléans jusqu’au carre-four où aboutissent les rues Grenelle, Sartine, J.-J. Rousseau et Co-quillière. Là était une porte de ville appelée Bohaigne ou Bohême, et porteCoquiller ou Coquillière. La muraille se prolongeait entre les rues J.-J.Rousseau et du Jour jusqu’à la rue Montmartre, où était un passage appeléporte Montmartre ou porte Ste-Eustache, à peu près entre les n“ 15 et 32.De là le mur traversait le massif de maisons qui est en face, se conti-nuait derrière le côté septentrional de la rue Mauconseil, suivait la di-rection de cette rue et traversait la rue Française. Presque à l’angle formépar les rues Mauconseil et St-Denis était une porte de ville appeléeporte St-Denis ou porte aux Peintres ; entre cette porte et la porte