VILLE DE PARIS.
S
Louvre; la tour de Nesle, vis-à-vis, sur remplacement actuel du palaisdes Beaux-Arts ; au levant étaient la Tournelle et la tourBilly, prochedes Célestins : un fort en bois défendait la tête de l’île St-Louis. L’en-trée de Paris par la Seine était en outre défendue, tant du côté d’a-mont que du côté d’aval, par de fortes chaînes en fer supportées pardes bateaux.
Le commencement du xv e siècle fut extrêmement funeste à Paris, carla première année y vit régner une épidémie qui fit périr la plus grandepartie de ses habitants. Dix-liuit ans après, le massacre des Armagnacs,la disette, la peste, la mortalité emportèrent, dans l’espace de quelquesmois, plus de cent mille personnes.
En 1418 une grande partie des habitants de Paris fut massacrée parl’horrible troupe des Cabochiens.
En 1420 Paris fut pris par les Anglais , qui n’en furent chassés qu’en1436.
Paris doit à saint Louis la fondation de la Ste-Cliapelle ; la créationdu Châtelet, où il ne dédaignait pas d’aller lui-même rendre la justice ;l’établissement de l’école de chirurgie et de l’hospice des Quinze-Vingts;l’accroissement et la dotation de l’Hôlel-Dieu ; l’institution de la policedu guet faite par la bourgeoisie.
Sous Philippe le Hardi ou s’occupa de l’alignement et de la propretédes rues. Le parlement fut rendu sédentaire à Paris en 1313, et y attirales plaideurs et les suppôts de la justice : l’établissement de la cour descomptes, des cours des aides et des monnaies, du grand conseil et d’unefoule de juridictions subalternes, y forma un corps de magistrats res-pectables par leurs vertus et par leurs lumières.
Sous Louis XI Paris compta plus de 300,000 habitants, et cet ac-croissement devint de plus en plus sensible. La ville s’étendait chaquejour, et, malgré les défenses de bâtir qui furent renouvelées, elle s’ac-crut beaucoup dans la partie méridionale. L’établissement de l’impri-merie et de la poste aux lettres datent du règne de ce monarque, quiaugmenta par plusieurs réunions les livres de la bibliothèque royale.
Charles VIII posa la première pierre de la Ville-l’Evèque, établit uneconfrérie de la Madeleine et réunit à la bibliothèque royale celle desrois de Naples.
Louis XII s’occupa peu de l’embellissement de Paris ; mais il fit bénirson pouvoir par la modération des impôts et par la réforme de nom-breux abus. Il fit transporter au château de Blois les livres du Louvre,et y réunit plusieurs collections qui enrichissent cette bibliothèque.
François I er s’occupa beaucoup des fortifications de Paris ; il fit creu-ser plus profondément les fossés et fit raser la porte aux Peintres, situéedans la rue St-Denis. En 1866 on étendit l’enceinte du côté de l’ouest,et on y comprit le jardin des Tuileries. Cette partie d’enceinte fut nom-mée boulevard des Tuileries. !
Ce monarque suivit les exemples donnés par les Médicis à Florence,par le pape Léon X à Rome. D’après les conseils du savant Guillaume Budéet de son confesseur, Guillaume Parvi, il attira un grand nombre d’artisteset plusieurs savants à Paris. Sous son règue, plusieurs rues furent ouver-tes sur le terrain d’immenses hôtels de gothique structure. Les monumentspublics devinrent plus magnifiques , les demeures des particuliers plusagréables et plus commodes ; les ordres grecs furent employés pour lapremière fois dans les édifices ; les tableaux des meilleurs peintres del’Italie décorèrent les palais , qu’embellirent les sculptures de JeanGoujon. Les églises de St-Gervais, de St-Germain-l’Auxerrois , de St- 'Merri, l’hôtel de ville , furent bâtis ou restaurés. La grosse tour duLouvre fut abattue. Le Louvre fut démoli entièrement, et on enrecommença la construction sur un nouveau plan. Le faubourg St-Germain, depuis les guerres du xv° siècle, était presque entièrementruiné, et la charrue passait dans des lieux jadis couverts d’habitations :en 1540 on commença à le rebâtir, et en 1544 à paver quelques-unesde ses rues.
Le corps de bâtiment qu’on nomme aujourd’hui le vieux Louvre futterminé sous le règne de Henri II, en 1548 : l’hôpital des Petites-Maisons, aujourd’hui l’hospice des Ménages, est aussi une constructionde cette époque.
Un seul établissement public, l’hôpital de l’Oursine, aujourd’huijardin des apothicaires, fut fondé sous le règne de François II.
Sous le règne de Charles IX Paris languit, tourmenté par les hor-reurs de la discorde provoquée par les intrigues de la cour de Rome etdes Guises. Le massacre des protestants fut arrêté dans l’entrevue queCatherine de Médicis eut à Bayonne, en 1565 , avec le duc d’Albe, etsept années après cet infernal projet fut mis à exécution.
La reine mère en fixa l’exécution au point du jour de la St-Bar-thélemy, 24 août 1572 (deux jours après la tentative d’assassinatsur l’amiral de Coligny). La résolution en fut prise dans le châteaudes Tuileries, entre la reine, le duc d’Anjou, le duc de Nevers,le comte d’Angoulême, Birague, les maréchaux de Tavannes etde Retz... On hésita si l’on envelopperait dans la proscription leroi de Navarre , le prince de Condé et les Montmorency... Afinde prévenir jusqu’à l’ombre du soupçon, les princes lorrains feigni-rent de craindre quelques violences de la part de leurs ennemis, et,sous ce prétexte, ils vinrent demander au roi la permission de se retirer.<c Allez, leur dit le monarque d’un air couroucé ; si vous êtes coupables,je saurai bien vous retrouver...» Tavannes fit venir en présence du roiles prévôts des mai-chands, Jean Charron et Marcel, son prédécesseui-,qui avaient grand crédit auprès du peuple. II leur donna l’ordre defaire armer les compagnies boui'geoises, et de les tenir prêtes pour mi-nuit à l’hôtel de ville. Ils promirent d’obéir. Mais, quand on leur dit lebut de l’armement, ils tremblèrent et commencèrent à s’excuser sur leurconscience. Tavannes les menaça de l’indignation du roi, et il tâchaitmêmed’exciter conti-e eux le monarque, trop indifférent à songré. « Lespauvres diables ne pouvant pas faire autre chose, répondirent aloi's : Hé !le prenez-vous là, sire, et vous, monsieur ? Nous vous jurons que vousen aurez nouvelles ; car nous ÿ mènerons si bien les mains à tort àtravers, qu’il en sei-a mémoire à jamais. Voilà , ajoute Bx-antôme,comme une résolution prise par force a plus de violence qu’une autre,et comme il ne fait pas bon acharner un peuple ; car il y est après plusâpi-e qu’on ne veut. » Ils reçurent ensuite les instructions, savoir, quele signal serait donné par la cloche de l’horloge du Palais ; qu’on met-trait des flambeaux aux fenêtres ; que les chaînes seraient tendues ; qu’ilsétabliraient des corps de garde dans toutes les places et cai-refours, etque, pour se reconnaître, ils porteraient un linge au bras gauche et unecroix blanche au chapeau. Tout s’arrange, selon ces dispositions, dansun affreux silence. Le roi, craignant de faire manquer l’entreprise partrop de pitié, n’ose sauver le comte de la Rochefoucauld, qu’il aimait...Triste et morne, le roi attend avec une secrète horreur l’heure fixéepour le massacre. -Sa mère le î-assui-e et l’encourage. Il se laisse arra-cher l’ordre pour le signal, sort de son appartement, entre dans un ca-binet tenant à la porte du Louvre, et regarde dehors avec inquiétude.Un coup de pistolet se fait entendre... Le vindicatif Guise avait à peineattendu le signal pour se rendre chez l’amiral. Au nom du roi, les portessont ouvertes, et celui qui en avait rendu les clefs est poiguai-dé sur-le-champ. Les Suisses de la garde navarroise, surpris, fuient et se cachent.Trois colonels des troupes françaises, accompagnés de Pétrucci, Sien-nois et de Bème, Allemand, escortés de soldats, montent précipitammentl’escalier, et fonçant dans la chambre de Coligny : A mort ! s’écrient-ilstous ensemble d’une voix terrible. Au bruit qui se faisait dans samaison, l’amiral avait jugé d’abord qu’on en voulait à sa vie : il s’étaitlevé, et, appuyé contre la muraille, il faisait ses prières. Bème l’aperçoitle premier. « Est-ce toi qui es Coligny ? » lui dit-il. « C’est moi-même,répond celui-ci d’un air ti-anquille. Jeune homme, respecte mes cheveuxblancs. » Bême lui enfonce son épée dans le corps, la retire toute fu-mante, et lui coupe le visage : mille coups suivent le premier. L’amiraltombe nageant dans son sang. « C’en est fait ! » s’écrie Bême par la fe-nêti-e. « M. d’Angoulême ne le veut pas croire, répond Guise, qu’il nele voie à ses pieds. » On précipite le cadavre. Le duc d’Angoulême es-suie lui-même le visage pour le reconnaître, et on dit qu il s’oublia jus-qu’à le fouler aux pieds. Aux cris, aux hurlements, au vacarme épou-vantable qui se fit entendre de tous côtés, sitôt que la cloche du palaissonna, les calvinistes sortent de leurs maisons, à demi nus, encore en-dormis et sans armes. Ceux qui veulent gagner la maison de l’amiralsont massacrés par les compagnies des gardes, postées devant sa porte.Veulent-ils se réfugier dans le Louvre, la garde les repousse à coups depique et d’arquebuse ; en fuyant ils tombent dans les troupes du duc de