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VILLE DE PARIS.
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Guise et dans les patrouilles bourgeoises, qui en font un horrible car-nage. Des rues on passe dans les maisons, dont on enfonce les portes ;tout ce qui s’y trouve, sans distinction d’âge ni de sexe, est massacré ;l’air retentit des cris aigus des assassins et des plaintes douloureuses desmourants. Le jour vient éclairer la scène affreuse de cette sanglante tra-gédie. « Les corps détranchés tomboient des fenêtres ; les portes cochè-res étaient bouchées de corps achevés ou languissants, et les rues, decadavres qu’on traînoit sur le pavé à la rivière. » Ce qui se passait auLouvre ne démentait pas les fureurs de la ville... Les gardes, ayant formédeux haies, tuaient à coups de hallebarde les malheureux qu’on amenaitdésarmés, et qu’on pressait au milieu d’eux, où ils expiraient les unssur les autres, entassés par monceaux. La plupart se laissaient percersans rien dire ; d’autres attestaient la foi publique et la parole sacrée duroi. « Grand Dieu ! s’écriaient-ils, prenez la défense des opprimés. JusteJuge, vengez cette perfidie... » Des enfants de dix ans tuèrent des en-fants au maillot ; et on vit des femmes de la cour parcourir effrontémentde leurs yeux les cadavres nus des hommes de leur connaissance, cher-chant matière à des observations licencieuses, qui les faisaient éclaterde rire. Le fougueux Charles, une fois livré à son caractère impétueux,ne connut plus de bornes. On l’accuse d’avoir tiré lui-même sur lesmalheureux calvinistes qui fuyaient !...
Ce tableau, emprunté à Anquetil ( Esp. de la Ligue), est plein de vé-rité et de force. Mezeray peut servir à le compléter. <c Pour faire enpetit l’histoire de cet horrible massacre, dit-il, il dura sept jours en-tiers : les trois premiers, savoir : depuis le dimanche, jour de St-Bar-thélemy, jusqu’au mardi, dans sa grande force ; les quatre autres,jusqu’au dimanche suivant, avec un peu plus de ralentissement. Durantce temps, il fut tué près de 5,000 personnes, de diverses sortes demorts, et plusieurs de plus d’une sorte, entre autres 5 à 600 gentils-hommes. On n’épargna ni les vieillards, ni les enfants, ni les femmesgrosses ; les uns furent poignardés, les autres tués à coups d’épée, dehallebarde, d’arquebuse ou de pistolet, quelques-uns précipités par lesfenêtres, plusieurs traînés dans l’eau, et plusieurs assommés à coups decroc, de maillet ou de levier !... »
Les principaux édifices construits ou commencés sous le règne deCharles IX sont : le palais des Tuileries ; l’hôtel de Soissons, dont l’em-placement est aujourd’hui occupé par la halle au blé ; le collège deClermont ou des Jésuites; l’hôpital Sl-Jacques du Haut-Pas, démoli en1823, etc., etc.
Henri III succéda à Charles IX le 30 mai 1574. Aussi persécuteur,aussi perfide, aussi superstitieux, mais moins sanguinaire que son frère,il fut plus que lui livré à la débauche la plus honteuse, et sut commelui associer le libertinage à la dévotion.
Voici les établissements qui se formèrent à.Paris pendant son tristerègne : le couvent des Capucins, la plus vaste de toutes les capuci-nières de France, démolie en 1804 ; les Jésuites de la rue St-Antoine,aujourd’hui église de St-Louis et de St-Paul ; le monastère des Feuil-lants, démoli en 1804, et remplacé par la belle rue de Rivoli ; la fon-taine de Birague, située rue St-Antoine, en face le collège Charlemagne ;l'hôtel de Bourgogne et le théâtre Italien. La première pierre du Pont-Neuf fut posée par Henri III, le 31 mai 1578.
Henri de Bourbon, roi de Navarre, le plus proche héritier de lacouronne, fut reconnu roi de France au camp de St-Cloud, le 2 août1589, sous le nom de Henri IV ; mais ce ne fut qu’après cinq ans d’uneguerre déplorable qu’il parvint à se rendre maître de Paris, que Brissaclui vendit pour un million six cent quatre-vingt-quinze mille livres.
Les principaux établissements exécutés sous le règne de ce monarquesont : l’hôpital St-Louis ; le Pont-Neuf, commencé sous Henri III etachevé en 1607 ; les quais de l’Arsenal, de l’Horloge, des Orfèvres, del’Ecole, de la Mégisserie, Conti et des Augustins ; la rue et la place Dau-phine, les rues d’Anjou et Christine ; l’achèvement du palais de Tuilerieset de la galerie qui joint ce palais au Louvre ; les fontaines du Palais ; laSamaritaine, machine hydraulique, détruite en 1813; la place Royale,qui remplaça le palais des Tournelles, etc., etc.
Louis XIII, placé fort jeune sur le trône, régna, mais ne gouvernajamais ; trois hommes, pendant la durée de son règne, exercèrent suc-cessivement le pouvoir suprême : Concini, deLuynes et Richelieu.
Un grand nombre d’édifices et d’établissements publics furent exécu-tés ou entrepris sous son règne. Marie de Médicis fit bâtir le palais duLuxembourg et planter le cours la Reine ; le Palais-Royal fut construitpar Richelieu ; les maisons, les quais de l’île St-Louis furent bâtis, ainsique le pont Marie, le pont de la Tournelle, le pont Rouge (détruit en1795), le Pont-au-Change ; on éleva le portail de Sl-Gervais, l’église St-Roch, l’Oratoire de la rue St-Honoré, le Val-de-Grâce, les Madelonnet-tes, les hôpitaux des Incurables, de la Pitié, de la Salpêtrière, des En-fants-Trouvés. L’aqueduc d’Arcueil conduisit à Paris les eaux de Rungis.On construisit la Sorbonne et le collège de Clermont, qui porta depuisle nom de collège Louis-le-Grand. Le jardin des plantes date aussi decette époque. Pour la première fois les places publiques furent décoréesde statues : celle de Henri IV orna le terre-plein du Pont-Neuf, et cellede Louis XIII la place Royale. Les seigneurs, qui jusqu’alors s’étaienttenus dans leurs châteaux, briguèrent au Louvre les plus chétifs logementsou firent bâtir de magnifiques hôtels dans le faubourg St-Germain.L’accroissement des faubourgs' Montmartre et St-Honoré, et des quar-tiers St-Roch et Feydeau, obligea de les ceindre d’une clôture presquesur la ligne actuelle des vieux boulevards, depuis la porte St-Denisjusqu’à celle St-Honoré ; de nouvelles rues s’ouvrirent dans tous leslieux vacants de cette enceinte ; de riches particuliers firent bâtir unsi grand nombre de maisons au dehors de la porte St-Honoré, que cefaubourg se trouva joint aux villages du Roule et de la Ville-l’Evêque.En même temps, la franchise de maîtrise, dont jouissaient les ouvriersétablis dans la censive de l’abbaye St-Antoine ,' fit construire la granderue de ce faubourg et les rues adjacentes, qui, se réunissant bientôt auxvillages de Popincourt et de Reuilly , formèrent un immense faubourgaussi commerçant qu’industrieux.
En 1626, on commença la construction de l’enceinte septentrionale deParis, dont les travaux furent bientôt suspendus, pour n’ètre repris qu’en1631. Charles Trogec se chargea de faire construire une enceinte quicommencerait à la porte St-Denis, suivrait le long des fossés Jaunes jus-qu’à la nouvelle porte St-Honoré, placée à l’extrémité de la rue de cenom, entre le boulevard et la rue Royale. L’ancienne porte St-Honoré,située à l’intersection de la rue de ce nom et de la rue Richelieu, fut dé-molie, ainsi que l’ancienne porte Montmartre ; la nouvelle porte Mont-martre fut élevée sur la rue de ce nom , entre la fontaine et la rue desJeûneurs.
Après la mort de Louis XIII, le parlement déféra la régence à Anned’Autriche, sa veuve , mère de Louis XIV , alors âgé de cinq ans. Larégente remit les rênes de l’Etat entre les mains du cardinal Mazarin,Italien aimable et galant, auquel Anne d’Autriche n’avait plus rien à of-frir que le partage de sa puissance.—Louis XIV saisit les rênes de l’Etatà la mort de ce ministre, arrivée en 1661, et commença son règne réelà l’âge de vingt-deux ans. Colbert, homme austère, insensible aux sé-ductions de la vie, laborieux, infatigable, fut appelé à la surintendancedes bâtiments, et porta principalement son attention sur les arts, le com-merce et les manufactures. Un règne de gloire commença pour la France :des hommes de génie étonnèrent l’Europe par leurs talents et par leursavoir. Des académies se formèrent pour le perfectionnement de la lan-gue française, des belles-lettres, des sciences et des beaux-arts.
En 1662, Colbert fit accueillir au roi quelques projets d’embellisse-ment pour la ville de Paris. Les rues étaient toujours fangeuses, infec-tes, malsaines, éclairées seulement par les lanternes allumées devant lesboutiques ; plusieurs n’étaient pas pavées. Vis-à-vis du château des Tui-leries s’élevait un vilain pont en bois, appelé pont Barbier. On voyaitencore, dans presque tous les quartiers, ces lourdes chaînes qui, durantla Ligue et la Fronde, servaient aux barricades. La malpropreté de lavoie publique était telle que, même en été, les hommes devaient ne sor-tir qu’en bottes, et que les femmes d’une certaine condition ne pouvaientfaire à pied cent pas hors de leurs maisons. On respirait à Paris un airsi insalubre que, chaque matin, les ustensiles en cuivre étaient couvertsd’une couche de vert-de-gris. Du reste, au commencement de ce règnenon moins que sous les précédents, on avait à craindre dans les ruesaprès la nuit close : dès huit heures du soir, les voleurs circulaient avecune entière impunité, enlevant les manteaux, coupant les bourses, bat-tant les gens volés et les assassinant s’ils résistaient.