VILLE DE PARIS.
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Mais bientôt Colbert et Louvois impriment l’essor à toutes les intel-ligences , et portent partout l’étincelle et l’émulation. Un magistrat futchargé, en 1667, de la police, et fit cesser en partie les désordres de lacapitale ; les pages et les laquais furent désarmés ; des lanternes, renfer-mant chacune une grosse chandelle, furent suspendues au milieu desrues (on n’imagina les réverbères qu’en 1745). L’enceinte de Paris futportée à 3,227 arpents, et le village de Chaillot devint un de ses fau-bourgs. Les remparts furent abattus et remplacés, sur les boulevards duNord, par de magnifiques promenades plantées d’arbres. La butte St-Rocli fut aplanie, les anciens quais furent réparés, quatre nouveauxports construits pour la commodité du commerce. Plus de quatre-vingtsrues nouvelles furent ouvertes ; la plupart des anciennes élargies et re-construites. Au lieu de tristes poternes, de guichets étroits, s’élevèrentdes arcs de triomphe aux portes St-Antoine, St-Beruard, St-Denis et St-Marlin. Paris fut décoré des magnifiques places Vendôme, des Victoireset du Carrousel. Perrault éleva la superbe colonnade du Louvre. Onconstruisit l’hôtel des Invalides, où la vertu guerrière trouva un honora-ble et décent asile. Les infirmes furent soulagés dans l’hôpital général.L’amour de la science fit fonder l’Observatoire, construire le collège desQuatre-Nations et organiser la bibliothèque royale. La protection ac-cordée aux arts utiles fit établir la manufacture des glaces et celle desGobelins. St-Sulpice fut commencé , le Val-de-Grâce achevé. Le pontRoyal ouvrit une communication facile entre les Tuileries et le faubourgSt-Germain. Le bâtiment du Châtelet fut élevé pour y placer d’une ma-nière convenable le tribunal spécial de la v5lle de Paris. Le jardin desTuileries fut tracé par le Nôtre. La plantation des Champs-Elysées pro-pura aux habitants de Paris une promenade vaste et commode. La statuede Louis XIV orna la place des Victoires. Les fontaines des Cordeliers,des Capucins, d’Amour, de Ste-Avoie, de Richelieu , des Petits-Pères,de l’Echaudé, de la Charité, de St-Séverin, delà place du Palais-Royal,de la Brosse, de Louis-le Grand, de Montmorency, de St-Martin, deGarencière, furent bâties ou reconstruites, et fournirent abondammentl’eau nécessaire aux besoins des habitants, etc., etc.
Louis XIV mourut le l or septembre 1715, laissant un prince royal,son arrière-petit-fils , âgé de cinq ans , et un déficit de deux milliardssoixante millions. Le 12 septembre, le parlement déféra la régence àPhilippe d’Orléans, petit-fils de Louis XIII et fils de Philippe, frèreunique de Louis XIV. Placé à la tête des affaires et revêtu de toutel’autorité, Philippe pardonna généreusement à tous ses ennemis, etmontra dans le commencement de son règne d’excellentes intentions.Mais, quoique doué d’un esprit supérieur, il était le gouvernant le moinspropre à fermer l’abîme financier creusé par Louis XIV. Partisan desinnovations , il adopta avec ardeur le système de Law, fondateur d’unebanque générale où chacun pouvait échanger son argent contre des bil-lets payables à vue, hypothéqués sur le commerce du Sénégal, du Mis-sissipi et des Indes orientales. Les Parisiens changent follement leurargent contre les décevantes espérances que Law, devenu contrôleurgénéral, montre en perspective. Le gouvernement, obéré par son énormedette, augmente l’émission des billets ; mais bientôt la contrainte qu’onest obligé d’exercer pour soutenir le système en révèle la faiblesse ; lepapier-monnaie est discrédité, et sa décadence devient aussi rapide que1 a été sa fortune. Alors le mécontentement se manifeste de toute part ;une révolte est près d’éclater dans Paris. Pour satisfaire à la vindictepublique, le régent destitue le contrôleur général ; il quitte le royaumechargé de la malédiction de plusieurs millions de citoyens, qui, enéchange de leur argent, avaient entre les mains'pour deux milliards septcents millions de papier sans valeur.
L’abbé Dubois, ancien précepteur de Philippe, fut tout à la fois leconseiller intime et le pourvoyeur de ses plaisirs. A sa mort tout lePoids fut abandonné au duc d’Orléans, qui lui survécut peu. Les rênesdu gouvernement tombèrent alors dans les mains de l’incapable duc deBourbon, ou plutôt de la marquise de Prie. A l’âge de seize ans,Louis XV voulut s’en saisir, mais incapable de les tenir, il les remitdans les mains de l ahbe Fleury, son précepteur, prêtre sexagénaire quine sut que recrépir l’édifice ébranlé de la monarchie ; avec lui com'-mence le règne des favorites. Louis XV, marié à Marie Leczinska, luiresta fidèle jusqu’en 1741, époque où Fleury, pour l’éloigner des af-
faires, le lança dans les bras du vice, en lui livrant la lascive comtessede Mailly, laquelle partagea avec sa sœur, M n '° de Vintimille, les affec-tions du roi, qui se plut, dit-on, à les posséder ensemble dans une mêmenuit. A ces deux premières maîtresses succéda M" 10 de Châteauroux, quifut remplacée par M mc de Pompadour. Celle-ci, faiblement constituée etpeu capable de soutenir le rôle des femmes lascives qui l’ont précédéedans les bonnes grâces du roi, se fait la pourvoyeuse de ses plaisirs, luiprocure toutes les belles qui peuvent exciter ses désirs, et lui suggèrel’idée du Parc-aux-Cerfs, où le roi faisait élever de petites filles de neufà dix ans, impudemment ravies à leur famille désespérée !... La Dubarry,née sous le chaume et élevée dans la fange d’une maison de prostitution,succéda à la Pompadour ; le reste du règne, de Louis XV s’écoula dansle plus honteux déréglement.
Cependant, sous ce règne où toutes les corruptions se confondaient,on vit naître et grandir cette philosophie qui devait rasséréner lesmœurs, corriger les abus et renouveler la société. Calas et Labarre pé-rissent pourtant encore sacrifiés par le fanatisme ; mais ce double meur-tre porte à l’intolérance elle-même un coup terrible. Les jésuites, véhé-mentement soupçonnés d’avoir voulu faire assassiner le roi par Damiens,convaincus de friponnerie par une instruction judiciaire, d’immoralité etd’irréligion, furent expulsés de France. La propagation rapide de l’En-cyclopédie achève d’anéantir la confiance accordée au sacerdoce, en ex-pliquant d’une manière claire, précise, probante, tous les ouvrages del’esprit humain. — Louis XV finit sa carrière dégradée le 10 mai 1774.Son corps, tombé en dissolution par une hâtive et insupportable putré-faction, fut emporté en poste à St-Denis, et sa pompe funèbre saluéed’un transport scandaleux mais mérité.
L’enceinte de Paris fut fixée de 1726 à 1728, et comprenait 3,910arpents : elle commençait au jardin de l’Arsenal, et suivait les boule-vards actuels jusqu’à la porte St-Honoré, passait au boulevard des In-valides, coupait les rues de Babvlone, Plumet, de Sèvres (près de l’En-fant-Jésus), des Vieilles-Tuileries, et allait en droite ligne jusqu’à larue de la Bourbe, d’où elle suivait les murs du Val-de-Grâce, les ruesdes Bourguignons, de l’Oursine, Censier, et aboutissait en droite liguesur le bord de la rivière, vis-à-vis du jardin de l’Arsenal.
Parmi les principaux travaux exécutés sous le règne de Louis XV,nous citerons la construction du Garde-Meuble, du Palais-Bourbon, del’Ecole militaire, de l’Ecole de droit, de l’Ecole de chirurgie, de l’hôteldes Monnaies, de la nouvelle église Ste-Geneviève (aujourd’hui le Pan-théon), de l’église St-Philippe du Roule, du portail de l’église St-Roch,de la halle au blé, de la halle aux veaux , des marchés d’Aguesseau etSt-Martin, de l’hospice du Gros-Caillou, des fontaines des Blancs-Manteaux , de Grenelle et du marché St-Martin. La statue équestre deLouis XV décora la place de ce nom ; l’hôtel d’Armenonville fut réparépour en faire l’hôtel des postes : la petite poste établit des communica-tions promptes et régulières ; les premières inscriptions en gros carac-tères noirs sur des feuilles de fer-blanc furent placées au coin de chaquerue; les réverbères furent substitués aux lanternes ; les faubourgs St-Honoré et St-Germain se décorèrent d’hôtels somptueux ; de nouveauxboulevards furent tracés au midi de Paris ; les Champs-Elysées furentreplantés, etc., etc., etc.
Louis XVI monta sur le trône dans des circonstances difficiles. Ef-frayé des troubles qui commençaient à agiter l’Etat, il convoqua, en1787, l’assemblée des notables du royaume , qui se sépara sans avoirpris aucune détermination. Une deuxième assemblée des notables eutlieu à Versailles, le 6 novembre 1788, et n’eut pas un meilleur résultat.Enfin, après cent soixante-quinze ans d’interruption, l’ouverture desétats généraux, demandés avec instance depuis tant d’années, eut lieu le5 mai 1789. Le lendemain, le tiers état invita les deux autres ordres àse réunir à lui pour la vérification des pouvoirs ; le clergé et la noblessese refusèrent à cette invitation. Les instances du tiers état pour éviterune scission ayant été repoussées, il se constitua, le 17 juin, en assem-blée nationale.
Louis XVI, espérant intimider les députés, fait rassembler autour deVersailles une armée de 10,000 hommes, sous le commandement dumaréchal de Broglie. L’assemblée envoie au roi, pour lui demander lerenvoi des troupes, une députation qui ne reçut qu’une réponse négative :