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VILLE DE PARIS.
royauté elle-même recevait au sein de l’assemblée une atteinte d’autantplus dangereuse que les formes en étaient légales. La séance du 30 aoûtavait commencé à deux heures du matin ; mais l’agitation qui y léguaitn’admit aucune délibération suivie avant midi. Après avoir rendu quel-ques décrets urgents, l’assemblée entend le rapport de Vergniaud, qui,au nom de la commission extraordinaire, présente un projet de décret,dont le premier article contient la convocation d’une convention natio-nale ; le second porte la suspension provisoire du pouvoir exécutif,jusqu’au moment où la convention nationale aura décrété des mesuresconvenables aux circonstances. Ce projet porte en outre la suspensionde la liste civile et la nomination d’un gouverneur pour le dauphin :enfin, il dispose que 1 roi et la famille royale demeureront dans l’en-ceinte du corps législatif, et que le département fera dans le jour pré-parer au Luxembourg un appartement pour les loger. Ce projet est adoptéet converti en décret. Le 12, l’assemblée, revenant sur son premier dé-cret, ordonne que Louis XVI et sa famille seront logés dans l’hôtel duministre de la justice, place Vendôme ; qu’il leur sera donné une gardepour leur sûreté, et alloué 500,000 francs pour la dépense de leur mai-son jusqu’au jour de la réunion de la convention nationale. Mais, pres-que au même instant, une députation de la commune de Paris réclamecontre ces dispositions ; dit que la garde du roi ne peut être assurée dansun hôtel entouré de maisons particulières, et demande que la familleroyale soit transférée au Temple, édifice isolé et entouré de murailles.
L’assemblée rapporte séance tenante son décret et adopte la proposi-tion de la municipalité.
Aussitôt s’établit un gouvernement provisoire : on abat sur lesplaces publiques de Paris toutes les statues des rois. Les assembléesprimaires sont convoquées pour le 3 6 août; elles nomment des élec-teurs, et ceux-ci nomment les députés qui doivent composer la conven-tion nationale. Tandis que le nouveau régime s’élabore, la commune deParis , pour faire peur aux ennemis de la liberté, et craignant queles patriotes ne soient exposés aux feux de l’étranger placés au de-hors et à ceux des royalistes placés au dedans , organise les horriblesmassacres de septembre, dont nous ne croyons pas devoir rapporterles détails. Il suffit de dire qu’ils durèrent pendant trois jours, et qu’ilsfurent successivement exécutés dans toutes les prisons, à la Force, àl’Abbaye, au Châtelet, à la Conciergerie, à Bicêtre, à la Salpêtriè-re, etc.
Le 20 septembre 1792 , la convention nationale, appelée par une loide l’assemblée législative pour donner une nouvelle constitution à laFrance, tient sa première séance. Le lendemain de son installation, surla motion de Collot-d’Herbois, cette assemblée décrète l’abolition de laroyauté, et proclame la république.
Le 7 novembre, Louis XVI est mis en accusation sur la proposition deMailbe.—Le 26 décembre il comparaît à l’assemblée, où Descze établit sadéfense dans un plaidoyer de trois heures.—Le 17 janvier, le nombre desvotants est de 721 ; 367 votent pour la mort immédiate , et 334 pourdiverses peines. Louis XVI est condamné à mort à une majorité de 53voix. — Le 21 janvier, dès l’aube du jour, on dispose l’apprêt du sup-plice. Une double haie de soldats était placée sans intervalle sur quatrede hauteur ; des réserves stationnaient aux carrefours avec de l’artil-lerie, et une escorte de cavalerie, conduite par Santerre, commandantde la garde de Paris, entourait une voiture de place, où était Louis XVIavec l’abbé Edgeworth. Arrivé au lieu de l’exécution, Louis ôte sonhabit, monte surl’échafaud sans hésiter. Les éxécuteursfontleur office,.,et Louis XVI a cessé d’exister.
Les embellissements et les monuments de Paris commencés sous le règnede Louis XV furent continués sous celui de Louis XVI. Une enceintede 9,910 arpents renferma les anciens faubourgs , à l’entrée desquelson construisit cinquante-huit barrières, ornées de pavillons de diversesstructures, qui changèrent l’aspect hideux de leur extrémité en abordsmagnifiques. Les faubourgs du Roule, St-Honoré, St-Lazare , Poisson-nière , la nouvelle Chaussée-d’Antin, les rues de Provence et des Ma-thurins se peuplèrent d’habitations d’un goût élégant. Le palais de jus-tice fut restauré. Les galeries du Palais-Royal et ses élégantes boutiquesoffrirent au milieu de la capitale l’un des plus beaux bazars de l’univers.La fontaine des Innocents parut isolée au milieu d’une vaste place. —
Parmi les autres constructions dignes de remarque, nous citerons l’hôtelde Salin, aujourd’hui palais de la Légion d’honneur ; les écoles d. J méde-cine, des ponts et chaussées et des mines ; le collège royal de France ; lesthéâtres Français et Italien, Feydeau , de l’Odéon et de la Porte-St-Martin ; le pont Louis XVI ; la chapelle Beaujon ; les hôpitaux Cochin,Necker, Beaujon ; la rotonde du Temple ; les halles aux draps , auxcuirs, à la marée ; les marchés des Innocents , Beauveau , Boulainvil-liers ; les fontaines de l’Arbre-Sec , des Petits-Pères, du Château-d’Eauou Palais-Royal, etc., etc.
Le 13 juillet 1793 Marat meurt assassiné par Charlotte Corday, quiest arrêtée et condamnée à la mort, qu’elle subit avec un courage hé-roïque. — Le 16 octobre, Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI, estcondamnée à mort et exécutée. — Le 1 er novembre, vingt et un dépu-tés, dits girondins, montent à l’échafaud en chantant la Marseillaise.Le duc d’Orléans y fut conduit le 6 novembre. Bailly , président de lamémorable assemblée du jeu de paume et ex-maire de la ville d#Paris, subit le même sort le 19 du même mois, avec un raffinement debarbarie que nous n’avons pas le courage de décrire. Le tribunal révo-lutionnaire poursuit le cours de ses sanglants et cadavéreux exploits ,frappe indistinctement dans tous les rangs et remplit les fosses mor-tuaires.
Cependant la domination du terrorisme touche à son terme. Le 6ventôse an ir, la commune de Paris se trouve attaquée par Robespierreet Danton; mais bientôt ce dernier et son parti sont livrés aux bour-reaux. Le parti triomphant dresse fièrement la tète au sommet de kimontagne : Robespierre , St-Just et Couthon , triumvirat dirigeant dufameux comité du salut public, absorbent au mois de floréal le pouvoirlégislatif et exécutif ; mais sur la fin du mois de messidor ce comité sedivise ; désuni, ses membres donnent prise à leurs ennemis : Robes-pierre, attaqué avec violence dans le sein de la convention par Tallien,Fréron, Legendre, Barras, Féraud, Rovère, Lecointre, dont il demandeles têtes, essaye de se justifier dans un discours écrit qu’on ne lui permetpas d’acliever. Le lendemain, Billaud-Varennes renouvelle les attaquescontre Robespierre. Le député Lozeau demande contre lui le décretd’accusation ; son arrestation est mise aux voix et unanimement décré-tée, et le 9 thermidor il porte sa tête sur l’échafaud.
Le 1 er prairial an in des rassemblements se forment dans tous lesquartiers de Paris ; les tribunes de la convention sont envahies par unefoule d’hommes, de femmes en furie qui repoussent les représentantssur les gradins supérieurs. Le député Féraud essaye de faire rétrograderces furieux, de les ramener à la raison. Le président Boissy-d’Anglasest. mis eu joue : l’intrépide Féraud, voyant le danger qui le menace, lecouvre de son corps et est atteint d’un coup mortel. On L’accable d’in-sultes, de coups de sabre ; on le traîne dans un couloir hors de la salle ;sa tête est séparée de son corps, placée au bout d’une pique et pré-sentée au président Boissy-d’Anglas qui,|à cette horrible vue, frémit etfait une inclination profonde pour honorer la mémoire de son bravecollègue tué en le défendant.
La constitution de l’an iii fut adoptée le 5 fructidor. Sous différentsprétextes les sections de Paris prennent les armes ; mais l’assemblée ,pour maintenir la liberté de ses délibérations , se fait garder militaire-ment. Barras, nommé général de l’armée de l’intérieur, choisit pourcommandant en second Le général de brigade Bonaparte, qui, en peud’heures de nuit qui lui restent, fait-avec rapidité des dispositions, soitd’attaque, soit de défense. Avant l’aurore, quarante pièces de canonsont en batterie au PonUTournant, à la tête du pont Louis XVI, àcelle du Pont-Royal, au Carrousel, au débouché des rues qui abou-tissent aux Tuileries. Le général Danican, commandant des sections,avait réuni plus de treute-six“*mille hommes. Les forces du généralBonaparte n’excédaient pas" huit mille combattants. U monte à cheval,fait avancer ses pièces en face de l’église St-Roch et ordonne une pre-mière décharge : les insurgés répondent par un feu de mousqueterie.En moins de deux heures toutes les avenues du château sont libres. Lelendemain le calme était complètement rétabli.
Le directoire fut installé le 10 brumaire. Sous ce gouvernement,Paris jouit d’une tranquillité dont il était privé depuis longtemps. Aprèsêtre parvenu à délivrer le gouvernement de toute opposition intérieure.