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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N« 2. QUARTIER DES CHAMPS-ELYSÉES.
pose de première pierre servît à en constater l’origine et le but ; seule-ment, le 45 août 1806, les ouvriers employés à cette construction vou-lurent en fixer la date lorsque déjà il y avait quatre assises posées enfondations. Us taillèrent une pierre en forme de bouclier hexagone, oùils gravèrent cette inscription :
l'an 1806,
LE 15 AOUT, JOUR ANNIVERSAIREDE LA NAISSANCE DE S. M. NAPOLÉON LE GRAND,
CETTE PIERRE EST LA PREMIÈRE OUI A ÉTÉ POSÉEDANS LA FONDATION DE CE MONUMENT.
MINISTRE DE L’iNTÉRIEURM. DE CHAMPAGNY.
Les événements de 4814 trouvèrent l’arc de l’Etoile élevé jusqu’auxvoûtes. Sous la restauration il fut tout à fait abandonné, et l’on enlevameme jusqu’à l’échafaudage, dont le bois fut employé à l’achèvementdu grenier d’abondance. En 4823 on pensa à faire servir l’arc élevé à lagloire de la république et de l’empire pour transmettre les faciles suc-cès de l’expédition d’Espagne ; mais les travaux n’eurent jamais unegrande activité, et la révolution de 1830 surprit ce monument à peuprès au point où l’avait laissé l’empire. Les travaux furent repris en4834, et L’arc de triomphe achevé, moins le couronnement, en 4833.— Plusieurs architectes ont successivement dirigé les travaux. Chalgrinfut le premier; après sa mort, en 1814 , Goust continua les travauxjusqu’en 4814. En 1S23 ils furent repris sous la direction de M. Huyot,auquel succéda une commission de quatre membres : MM. Gisors, Fon-taine , Labarre et Debret. Plus tard M. Huyot fut de nouveau chargéde la direction des travaux, dont l’achèvement a été confié, en 1832, àM. Blouet, qui a fait élever les constructions supérieures, en suivant enpartie les projets de M. Huyot. — Ce monument, qui surpasse de beau-coup, par la grandeur de ses proportions, toutes les constructions de cegenre , et dont tous les frais se sont élevés à près de dix millions, estétabli sur une fondation en pierres de taille de 48 m. 50 c. de profon-deur. Sa principale largeur est de 44 m. 82 c.; sa hauteur au-dessus dusol de 45 m. 33 c.; sa profondeur de 21 m. 83 c. Le grand arc a 29 m.49 c. de hauteur sur 14 m. 62 c. de large ; l’arc percé dans l’axe duboulevard extérieur a 47 m. 86 c. de hauteur sur une largeur de 8 m.45 c. Les deux faces principales sont tournées vers les Champs-Elyséeset Neuilly; celles de côté vers Passy et le Roule. — À l’intérieur dumonument sont ménagées de grandes salles nécessitées par les combi-naisons des voûtes et la décoration extérieure. Des escaliers pratiquésdans les constructions donnent accès aux grandes salles ; ainsi qu’à laplate-forme qui les surmonte. L’attique est orné de pilastres, sur les-quels sont sculptées des palmes avec des épées ; entre les pilastres sontdes boucliers sur lesquels sont gravés des noms de batailles. Au-dessusdu socle, qui surmonte la corniche de l’attique, est une galerie ou orne-ment en pierre, formant appui et couronnement, composé de têtes deMéduse, correspondantes à chacun des pilastres inférieurs, et reliéesentre elles par des palmettes et des écussons. La voûte du grand arc etcelles des petits arcs sont décorées de caissons avec rosaces, et les arcsdoubleaux sont ornés d’entrelacs. — La frise du grand entablement estornée d’un grand bas-relief continu. Le côté de Paris (est), compris lamoitié des deux faces latérales, représente la distribution des drapeauxet le départ des armées. Les auteurs de cette partie sont : M. Brun pourle milieu , M. Jacquot pour la partie gauche et M. Laitie pour la partiedroite. Le côté de Neuilly (ouest), compris les deux autres moitiés desfaces latérales, représente la distribution des couronnes et le retour desarmées. Les auteurs sont : M. Cailloueté pour le milieu, M. Rude pourla partie gauche et M. Seurre aîné pour la partie droite. — Au-dessousdu grand entablement sont six bas-reliefs : les deux de la face de Paris(est) représentent, celui de gauche, la victoired’ Aboukir, parM. Seurreaîné; celui de droite, les funérailles de Marceau, par M. Lemaire ; celuide la face latérale du nord représente la bataille d’Austerlitz, parM. Geether, et celui de la face latérale du sud la bataille de Jemmapes,par M. Marochetti ; les deux de la face de Neuilly (ouest) représentent,celui de gauche, la prise d’Alexandrie, par feu Cliaponnière, et celui dedroite le passage du pont d’Arcole, par M. Feuclière. — Les quatregrandes renommées des tympans du grand arc , faces de Paris et de
Neuilly, sont de M. Pradier. Les tympans des petits arcs représentent,face latérale du Roule (nord), l’infanterie, par M. Bra ; face latérale dePassy (sud), la cavalerie, par M. Valois ; au sud , sous le grand arc,l’artillerie , par M. Debay père, et au nord , aussi sous le grand arc, lamarine, par M. Seurre jeune. — Sous les petits arcs sont quatre bas-reliefs représentant : les victoires du Sud, par M. Gérard ; les victoiresde l’Ouest, par M. Espercieux ; les victoires de l’Est, par M. Valcher ; etles victoires du Nord, par M. Bosio neveu. Enfin les quatre grands tro-phées, ou plutôt groupes allégoriques, représentent, côté de Paris (est),à droite, le Départ, par M. Rude ; à gauche, le Triomphe, par M. Cor-tot; côté de Neuilly (ouest ), à droite, la Résistance, par M. Etex ; àgauche, la Paix, par le même.
Le pont d’Iéna. Il est situé vis-à-vis du Champs-de-Mars , et faitcommuniquer le quai de Billy avec le quai d’Orçay. Ce pont fut com-mencé en 4809 et achevé en 1S13. Il a 4 50 m. de long sur 43 m. 65 c.de large, et offre un plan parfaitement horizontal ; il consiste en six ar-ches de forme elliptique, entre lesquelles sont des corniches imitées dutemple de Mars à Rome , ornées de guirlandes de lauriers et de la cou-ronne impériale ; aux extrémités des parapets et à chaque côlé de l’en-trée du pont, sont des piédestaux destinés à recevoir des statues. — Lepont d’Iéna doit son nom à la célèbre bataille gagnée par les Françaissur les Prussiens le 14 octobre 4806. Une ordonnance de Louis XYIIIsubstitua à ce nom, en 1815, celui de pont des Invalides ; mais sa pre-mière dénomination lui fut rendue après 4830.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES. ‘
Place de la Concorde, n° 6, demeurait M. le marquis dePastoret,chancelier de la chambre des pairs en 4830, où il n’a plus reparu de-puis cette époque, ayant refusé de prêter serment au nouvel ordre dechoses. On lui attribue l’inscription placée sur le fronton de l’ancienneéglise Ste-Genevîève, devenue le Panthéon : Aux grands hommes lapatrie reconnaissante. Le 28 juillet 1830, pendant que la popula-tion armée brisait les réverbères parmesure de précaution, un homme,qui allait abattre la lanterne placée près de l’hôtel de Pastoret, en futempêché par un passant qui lui lui dit : « Laissez celle-ci , c’est unemaison ou Von donne du pain au pauvre tout l’hiver. » La lanterne futrespectée.
Rue Royale-St-Honoré, n° 13, denjeurait et est mort en 4817J.-B.-A. Suard, membre de l’Académie française, censeur royal, che-valier de St-Michel, etc., etc., homme adroit et de beaucoup d’esprit,qui sut sans aucun titre littéraire se placer à la tète de la littératurefrançaise. Sans avoir rien produit de remarquable, il jouissait cependanten Allemagne et en Angleterre d’une grande réputation, et sa maisonétait sans cesse fréquentée par tous les étrangers de marque et de dis-tinction qui venaient à Paris ; il fut même de mode, à une certaineépoque, de ne pas venir à Paris sans se faire présenter à Suard. Maissa conduite pendant la révolution le rendit justement l’objet de l’ani-madversion publique, à l’occasion de la proscription de Condorcet. Cetinfortuné législateur, errant aux environs de Paris, se rappela qu’ilavait à Fontenay-aux-Roses un ancien ami, Suard. Excédé de fatigueet de besoin, il fut lui demander un repas et un peu de tabac. Suard nelui refusa pas ce léger service. Condorcet passa deux heures dans unentretien d’amitié, qui fut le dernier de sa vie ; puis on se hâta de lecongédier, et le lendemain il fut arrêté. En vain les amis de Suard ontvoulu pallier cette conduite ; en admettant même leur interprétationfavorable, elle restera toujours comme tache indélébile de sa vie.
C’est aussi rue Royale que demeurait la marquise de Coislin, la plusméchante femme de son siècle.
Rue des Champs-Elysées, n° 1, est l’hôtel construit par le fermieret l’administrateur général des postes, Grimod de la Reynière. Cefinancier avait rassemblé dans son hôtel une belle galerie de tableaux del’école française, et une précieuse collection d’estampes, classées parécole, de tous les graveurs, depuis l’origine de cet art. — Son filsAlexandre Grimod de la Reyxière, auteur célèbre de V Almanach desgourmands , du Manuel des amphytrions , et de plusieurs autres ou-