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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. PREMIER ARRONDISSEMENT.

N° 2. QUARTIER DES CHAMPS-ELYSEES.

vrages sur Y art de la gueule ( ainsi que lappelle Montaigne ), a habitécet hôtel jusquen 1814, époque, dégoûté de toute espèce de fumée, ilsest retiré à la campagne, il est mort en 1838. Cétait un hommedesprit, qui avait dassez fréquents accès doriginalité et souvent degrossièreté parfois voisine de la folie. Tout Paris a été instruit du tourquil fit pour humilier lorgueil de son père, charcutier enrichi, en in-vitant à souper une réunion hétérogène de convives roturiers de tous états, tout un service fut servi en charcuterie, qui avait été, disait-il, fournipar un de ses parents. Voulant savoir avant sa retraite quels étaientparmi ses amis ceux sur laffection desquels il pouvait compter, ilfeignit dètre gravement malade, puis fit répandre le bruit de sa mortet distribuer des billets de faire part. Lheure indiquée pour le convoiétait celle du dîner. Les vrais amis arrivèrent à l'heure dite, peu nom-breux, il est vrai. Ils furent introduits dans une salle à manger, etvirent debout, près dune table somptueuse, Grimod, qui les remerciadun dévouement aussi magnanime, et leur fit les honneurs dun des plusdélicieux repas dont il eût dirigé la préparation.

Au n" 4 habitait en 181 S le maréchal Serrurier, membre dusénat conservateur, gouverneur des Invalides, membre de la cham-bre des pairs, il vota pour la mort dans :1e r procès du maréchalNey, son ancien frère darmes. En 1830 demeurait dans cet hôtelle maréchal Marmoxt, duc de Raguse , dont nous aurons occasion deparler en mentionnant lhôtel Brunov, rue du Faubourg St-Honoré.Dans ce même hôtel, demeurait et est mort en 1841 le comte Peletde la Lozère , député de ce département à la convention nationale il se fit remarquer par la modération de ses principes ; nommé parsoixante et onze départements au conseil des cinq cents, il fut dans ceconseil lun des plus ardents défenseurs de la liberté de la presse et desjournaux. Cet hôtel est aujourdhui habité par son fils aîné le baronPelet de la Lozère, membre de la chambre des pairs.

Au n° 6 est lhôtel quhabitait avant 1814 le général Junot, ducdAbraxtès, gouverneur général des provinces illyriennes. Dans un accèsdaliénation mentale, il se précipita dune fenêtre à Trieste, et mouruten 1813 des suites de cet accident à Montbard, près de Dijon, safamille lavait fait transporter. Il avait rassemblé dans cet hôtel unebibliothèque riche en gravures rares et précieuses, qui a été disperséeet vendue après sa mort. Le général Junot avait épousé M lle de Permont,qui sest fait un nom dans la littérature, et dont il sera parlé à larticleChaillot.

Rue du Faubourg St-Honoré, n° 31, est Ihotel Marbeuf,ci-devant de Montbazon, est mort le maréchal duc dAlboféra, au-quel lempereur avait donné cet hôtel pour présent de noces. Joseph Bo-naparte lhabitait sous le consulat.

Au n° 41 habitait en 1814 M. de Morfontaine, époux de M. ,Ie Le-pelletier. de St-Fargeau, proclamée fillb adoptive de la nation, aprèslassassinat du conventionnel Michel Lepelletier, par le garde du corpsParis. Cest dans cet hôtel que ce même M. de Morfontaine présida en1814 lassemblée des royalistes purs, chargés denvoyer une députationà lempereur Alexandre pour lui demander le rappel des Bourbons. Cettedéputation était composée de MM. Sosthène de la Rochefoucauld, CésarChoiseul, Ferrand, et un autre dont le nom a été oublié. On sait que cesmessieurs rencontrèrent en chemin le vicomte de Chateaubriand, quilsemmenèrent avec eux ; mais on sait aussi que lempereur Alexandre neleur fit pas même lhonneur de les admettre auprès de lui. LhôtelPontalba, remarquable par son architecture du styte de la renaissance,occupe lemplacement des n us 41, 43 et 45. Cet hôtel a trois portes co-chères ; celle du milieu est ornée de colonnes dun beau style et ne dé-parerait pas un palais.

Lex-marquis Antonnelle, juré au tribunal révolutionnaire, ilse vanta de navoir jamais voté que pour la mort, habitait en 1793 auxEcuries dArtois. Accusé de complicité dans la conspiration de Babeuf,il fut acquitté, abandonna la scène politique, et ne reparut que sous larestauration de 1814, il publia un écrit dans lequel il soutenait quilne pouvait y avoir de liberté sans la maison de Bourbon!... Et cependantil a déshérité tous ceux de ses parents qui avaient émigré, disant que

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ceux qui navaient pas partagé les dangers de la patrie ne devaient pasavoir part à sa succession.

Au n° 49 est Ihôtel Brunoy, dont larchitecture offre un modèle degrâce et de simplicité. La principale façade donne sur un charmant jardind lon jouit de la vue des Champs-Elysées ; elle offre un seul étage desept arcades, au-dessus desquelles règne une longue frise en bas-relief,précédées dun péristyle de six colonnes ioniques, élevé sur un grandnombre de marches, et couronné par un amortissement en gradins ausommet duquel la statue de Flore paraît mystérieusement entourée dehautes masses darbres. En 1815, cet hôtel était habité par le maré-chal Marmont, duc de Raguse , qui commença sa carrière militairecomme sous-lieutenant en 1789, et devint successivement chef de ba-taillon et aide de camp du général Bonaparte dans la campagne dItalie,chef de brigade en 17 97, général de brigade dartillerie à larmée dE-gypte, général de division après la bataille de Marengo, maréchal deFrance après la bataille de Wagram. Son nom est tristement fameux parla capitulation de Paris en 1814, par son vote pour la mort du maré-chal Ney à la chambre des pairs, et par le mitraillement des Parisiensquil fit exécuter en 1830 par ordre de Charles X. Cet hôtel est habitéaujourdhui (en 1843), par la princesse Bagration.

Au n° 51 demeurait et est mort en 1821 le comte de Bf.urnon-ville, qui fut successivement major de la milice de lile de Bourbon,lieutenant général à larmée du Nord en 1793 , ministre de la guerre,commissaire de la convention à larmée de Dumouriez, il fut arrêtéet conduit dans les cachots dOlmutz, quil ne quitta que pour êtreéchangé contre la fille de Louis XVI. Il a été ensuite commandant delarmée de Sarabre et Meuse et de larmée de Hollande, ambassadeurà Berlin et à Madrid , sénateur, comte de lempire, ministre dEtat etpair de France en 1814. Pendant les cent jours, il émigra à Cand; auretour* des Bourbons, il siégea à la chambre des pairs, lors du procès dumaréchal Ney, ou il vota avec les maréchaux Marmont, Macdonald ,de Bellune, Pérignon , Serrurier, et les généraux Maison , Dessolle,Monnier et autres, la mort de son ancien frère darmes. Il a été nommémaréchal en 1816, et est mort en 1821.

À lextrémité de Iavenue des Champs-Elysées était la Folie-Beau-jon, converti en jardin public au commencement de la révolution, etfurent construites dans les premières années de la restauration ces dan-gereuses montagnes russes, causes de tant de graves accidents. Ce jardin, furent données plusieurs belles fêtes militaires, et se pressa long-temps la foule des promeneurs parisiens, a été complètement détruit.Sur son emplacement il sest formé un nouveau quartier, lon aconstruit de charmantes habitations.

Presque en face du jardin Beaujon était le jardin Marbeuf, trans-formé en jardin public par ordre de la convention, et disposé en hippo-drome, dans lequel on donna pendant quelque temps des fêtes publiques,alors très-fréquentées ; on y voyait un cèdre du Liban contemporain decelui du jardin des plantes. Ce jardin avait été acheté par le comte deChoiseul-Gouffier, favori de limpératrice Catherine, qui lui avait donnéde grands biens en Russie; il y avait réuni tous les monuments antiquesquil avait recueillis pendant son. ambassade à Constantinople en 1788.

Allée des Veuves, n° 31, dans une petite maison à un seul étagesurmonté dune mansarde, est mort dans lindigence, le 16 novembre1820, J.-L. Tallien, qui fut successivement clerc de notaire, commisdans un bureau des finances, secrétaire du député Broustaret, prote delimprimerie du Moniteur , rédacteur du journal VAmi des citoyens ,qui saffichait deux fois par semaine sur les murs de Paris, membre actifdans la journée du 10 août, secrétaire-greffier de la commune de Parisà lépoque des massacres de septembre, député du département de Seine-et-Oise à la convention nationale, il vota la mort de Louis XVIsans appel et sans sursis, envoyé en mission à Bordeaux, il déployatoutes les fureurs de la révolution, dénonciateur de Robespierie dans lajournée du 9 thermidor, membre du comité de salut public, membredu conseil des cinq cents, membre de lInstitut dEgypte, et enfin consulde France à Alicante. Ayant été atteint dans celte ville de la fièvrejaune, qui lui occasionna la perte dun œil, il revint à Paris, sonL raitement lui fut continué jusquà la restauration. A sa mort, il était