28
VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 3. QUARTIER DE LA PLACE VENDOME.
tiers. Longtemps avant cette démolition, le curé de la Madeleine ayantfait observer que son église était trop petite pour contenir le nombretoujours croissant de ses paroissiens, le gouvernement chargea M. Contantd’Ivry, architecte du roi, de faire des projets. U en présenta plusieurs,et il se plaignit lui-même de ce qu’on avait choisi le plus mauvais,Néanmoins, la première pierre en fut posée et bénite le 3 avril 1764.C’est donc de cette époque que commencèrent les travaux sous les ordresde Contant d’Ivry ; l’architecte Couture lui fut adjoint, et, par des dis-positions tout à fait capricieuses, dont on n’a jamais compris les motifs,cet artiste, à son retour de Rome, changea la forme d’abord adoptée, etajouta au monument un porche de huit colonnes avec sept colonnes enretour; les constructions continuèrent avec activité jusqu’en 1789 ; ellesavaient déjà coûté deux millions lorsque la révolution les fit suspendre.
La belle position de ces constructions et surtout le grandiose du pé-ristyle dont les colonnes étaient élevées à la hauteur de leurs astragales,déterminèrent plusieurs architectes à présenter des projets pour les uti-liser. En 1806, ces projets ayant fixé l’attention de Napoléon, il conçutl’idée de convertir ces constructions en un temple dédié à la gloire desarmées françaises ; à cet effet il fit publier un programme et ouvrir unconcours. Les dispositions de cet édifice, d’un genre tout nouveau, étaientdétaillées dans ce programme : intérieurement il devait être décoré desstatues des maréchaux et généraux qui s’étaient plus particulièrement dis-tingués, et les murs devaient être revêtus de tables d’or, d’argent, de bronzeet de marbre, pour y inscrire les noms des braves des armées françai-ses, suivant le mérite de leurs actions. Plus de cent vingt projets furentproduits dans ce concours et exposés dans la grande galerie du Louvre.Une commision de l’Institut fut chargée d’en faire le rapport : quatre deces projets y furent désignés comme ayant approché le plus près du butqui avait été proposé. Le rapport fut adressé à Napoléon, qui était alorsen Prusse ; en même temps il reçut particulièrement la réclamation del’auteur d’un des quatre projets désignés, qui se plaignait d’avoir étémal jugé. Cette circonstance le détermina à ordonner au ministre de l’in-térieur, alors M. de Champagny, de faire appeler en sa présence lesquatre architectes dont les plans avaient été le plus avantageusementmentionnés, et d’établir entre eux une discussion contradictoire surchacun de leurs projets, d’en dresser un procès-verbal et de le lui faireparvenir de suite avec les plans et mémoires à l’appui. On ne peut sedissimuler que l’introduction d’un pareil mode de jugement, en paralysanttous les moyens d’intrigues, laissa aux concurrents qui avaient bien faitles moyens de défendre leurs ouvrages, car qui, mieux que ceux quiont étudié et approfondi un problème , peuvent sinon juger, du moinsrelever les erreurs qui ont pu être commises pour parvenir à sa solution.Le résultat de cette réunion fut de faire obtenir le prix d’exécution àM. P. Vignon, auteur du deuxième projet désigné dans le rapport. U futchargé de suite de faire les dispositions nécessaires pour en commencerles travaux.
Le plan de cet architecte n’avait d’autre ressemblance avec celui deM. Couture, que par les huit colonnes du péristyle ; encore ces colonnesn’étant ni espacées également, ni assez élevées du sol de la place , fu-rent démontées, et toutes les autres constructions démolies, à l’exceptiondes fondations au-dessous de ces colonnes. Une fois la démolition effec-tuée, les reconstructions en ont été suivies avec plus ou moins d’activitéjusqu’au moment des grands événements politiques de 1814 et 1815,époque où les travaux furent suspendus. Le monument était alors tota-lement fondé et élevé jusqu’à la hauteur du stylobate extérieur ; de plusles grandes colonnes étaient érigées jusqu’à leurs astragales. La chute del’empire apporta aux travaux du Temple de la Gloire la même interrup-tion que la révolution de 1789 avait fait subir à l’église à croix latine.Pierre Vignon reçut en 1816 la mission difficile de remanier, au moinsquant aux détails, son plan originaire et d’adapter aux besoins compli-qués du service religieux un monument qui n’avait pas été entrepris danscette vue. La construction, religieuse par sa base, nationale dans la pé-riode qui avait vu élever ses murs, redevint religieuse quand elle attei-gnit presque son couronnement. — L’église dont Marie Madeleine avaitde nouveau pris possession était fort avancée quand Vignon mourut, en1828. Le monument était alors à la fin de ses vicissitudes ; d’abord égliseen forme de croix, puis temple grec, c’était définitivement une basilique
chrétienne ; cette dernière transformation de l’œuvre de Vignon profitaen quelque chose à l’artiste, car ses restes mortels obtinrent l’honneurd’être ensevelis sous le péristyle, devenu portail, qu’il avait construit.Après la mort de Vignon, M. Huvé fut chargé de l’achèvement des tra-vaux ; un seul changement fut apporté par lui au plan de son devancier ;les fenêtres cintrées des murs latéraux furent murées et remplacées pardes jours percés dans la voûte. C’est dans cet état que l’église de la Made-leine, maintenant terminée, et où il ne reste plus que quelques œuvresd’art à placer, se présente à la curiosité publique comme une imitationcorrecte et savante de l’architecture antique.
Ce vaste monument forme un parallélogramme de 100 m. de long sur42 de large hors d’œuvre. U s’élève sur un soubassement de 4 m. dehauteur. U est entouré de cinquante-deux colonnes cannelées, d’ordre co-rinthien, de 15 ni. de hauteur, de 5 m. de circonférence et 2 m. et demi dediamètre. Ces colonnes sont isolées et ont beaucoup d’élégance. Le péristyleest formé par un double rang de colonnes. Chaque extrémité de l’édificeprésente huit colonnes de front, et chaque côté dix-huit colonnes. Le de?-vant de l’édifice offre un perron de trente marches, divisé en deux partiespar un palier. Rien de plus magnifique que le coup d’œil que présentecette façade. L’intérieur étant éclairé par en haut, aucun jour n’est pra-tiqué dans les murs ; mais des niches placées dans l’axe de chaque entre-colonnement sont destinées à recevoir des statues. La frise, qui règnetout autour de l’édifice, offre sur tout son développement des anges quitiennent des guirlandes entremêlées d’attributs religieux. La cymaise su-périeure ou la partie qui est à l’extrémité de la corniche est ornée detètes de lions et de palmettes ; un bas-relief de dix-neuf figures décorele fronton. Ce bas-relief a 40 m. de longueur sur 7 m. 33 c. de hauteurà l’angle ; il représente le Christ accordant le pardon à sainte Madeleine ;cette pécheresse, à genoux aux pieds du Sauveur, est plongée dans la dou-leur de la pénitence, et reçoit de la clémence divine la miséricorde de sesfautes. A la droite du Christ, l’ange des miséricordes, appuyé sur letrône de Dieu, contemple avec satisfaction la pécheresse convertie. Char-gé d’appeler les justes, il laisse approcher l’Innocence, que la Foi et l’Es-pérance soutiennent. La Charité, assise et groupée avec deux enfantsdont elle prend soin, ne peut suivre ses sœurs; mais elle indique d’unregard la place réservéedans les demeures célestes à la vertu triomphante.Dans l’angle, un ange accueille une âme pieuse sortant du tombeau ;il lui lève son voile et lui montre le séjour qui l’attend, la vie éternelle.Celte partie du bas-relief, remarquable par la douce sénérité de toutesles figures, se termine par cette inscription : Ecce dies salmis. A gauchedu Christ, l’ange des vengeances repousse les vices ; l’Envie au regardsombre; l’Impudicité, représentée par un groupe qu’on reconnaît audésordre de ses vêtements, et qui entraîne l’objet de sa passion impure ;l’Hypocrisie, au maintien équivoque, et dont la tête est surmontée d’unmasque qui est levé ; l’Avarice, pressant contre elle-même ses inutilestrésors ; tout ce cortège s’enfuit devant la flamboyante épée. Un démon,qui précipite dans les flammes éternelles une âme impie, termine avecvigueur cette partie du fronton, au bout de laquelle on lit sur un socle :Vœ impio . Au bas du fronton est placée l’inscription suivante :
;D. O. M. SUB INVOCATIONS SANCTÆ MAGDALENÆ.
L’autre fronton est resté lisse ; un espace, ménagé intérieurement danscette partie de l’édifice, est destiné à recevoir la sonnerie; nouveaumoyen reconnu très-ingénieux pour remplacer le clocher.
L’intérieur de l’église est une nef simple, éclairée par trois cou-poles ; on y arrive par un porche intérieur dont les extrémités serontoccupées par deux chapelles : celle des fonts baptismaux et celle desmariages. Un petit ordre ionique orne les divisions de la nef, quiprésente six chapelles latérales, trois de chaque côté : ce petit ordregarnit également le rond-point par lequel la nef se termine et dontle centre est occupé par le maître-autel. — Le parti pris de troisgrands arcs rappelant par leurs dimensions ceux du temple de la Paix àRome, est d’un effet puissant. Les dorures multipliées avec prodigalitésur la voûte, sur la frise du grand entablement et sur les colonnes, don-nent à ce vaste vaisseau non pas assurément le caractère austère des édi-fices gothiques, mais du moins une physionomie splendide qui s’alliebien avec les pompes du catholicisme. Des plaques de marbre de diver-