VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N” 3. QUARTIER DE LA PLACE VENDOME.
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justice revint de nouveau à la couronne, appartint ensuite au maréchalde Bassompierre, et entin aux religieuses de la Visitation de Ste-Mariede Chaillot.
Chaillot fut érigé en faubourg de Paris en 16‘>9, sous le nom de Fau-bourg de la Conférence, et enclavé dans l’intérieur de cette capitalelors delà construction du mur d’enceinte par les fermiers généraux, en1786, 1787 et 1788. C’est aujourd’hui, pour ainsi dire, une petiteville comprise dans l’intérieur de Paris, et séparée de la grande cité,d’un coté par la Seine et de l’autre par les Champs-Elysées; il sembleque cet espace d’arbres et d’eau mette plusieurs lieues entre.le Palais-Royal et lui. C’estau point que les habitants de Chaillot disent ; Je vaisà Paris, et font vraiment un voyage pour venir dans l’intérieur de la ville;tandis que le Parisien proprement dit loue une chambre à Chaillot pouraller le dimanche à la campagne. C’est du reste un joli quartier à ha-biter ; l’air y est vif, les points de vue charmants ; presque toutes lesmaisons ont des jardins où l’on trouve le calme que permet trop rare-ment dans les cités une vie active et laborieuse.
Plusieurs personnages célèbres ont illustré Chaillot par leur séjour,entre autres le président Jeannin, l'historien Mézerai.—Le 1" juin 1838,h huit heures du matin, une femme, plus affaiblie par les souffrances quepar l’âge, franchissait péniblement le seuil d’une maison modeste de larue de Navarriu, et montait dans un fiacre qui vint s’arrêter à la ported’une maison de santé de Chaillot, et huit jours après les nombreuxamis que cette femme avait conservés parmi les artistes et parmi les gensde lettres apprirent qu’elle était morte ; cette femme c’était la duchessed’Abrantès. A l’exception du général Lallemand, pas un des frères d’ar-mes de son mari , pas un des généraux de l’empire n’assistèrent à sesfunérailles! Les artistes seuls furent fideles au triste et dernier rendez-vous qui leur était donné eu son nom. — Trente aus auparavant, à lamême époque de l’année , la même femme avait fait une entrée quasiroyale dans la capitale du royaume de Portugal ; sa voiture était traînéepar six chevaux magnifiques ; on la conduisit au palais des Necessitades,au palais Bragance, en possession du même appartement qu’habite au-jourd’hui la reine doua Maria. Qui eût pu prévoir alors que cette pau-vre femme, qui avait habité tant de palais, serait mise hors de chez elle,à la fin de ses jours, par autorité de justice, et qu’elle serait forcée dechercher un refuge dans une maison de santé d’où elle ne devait sortirque pour être conduite à sa dernière demeure. — M“' la duchesse d’A-brantès était une femme de tète, une femme de cœur et une femmed’esprit ; les livres qu’elle a publiés et sa conduite le prouvent. On saitqu’elle se refusa énergiquement à ce que ses fils fussent naturalisés prus-siens, et cependant à cette condition on leur conservait les immensesdomaines que l’empereur Napoléon avait donnés à Junot.
Barras mourut à Chaillot le 29 janvier 1829. A sa mort, les minis-tres de Charles X renouvelèrent la scandaleuse histoire des papiers deCambacérès ; les scellés furent brisés et les papiers enlevés. Mais cettefois la chose fût moins paisible que lors de celle de Cambacérès. Unprocès en fut le résultat, et le gouvernement a eu la honte de voir infir-mer la décision des premiers juges, qui avaient eu la bassesse d’autoriserle bris des scellés pour recouvrer de prétendus registres de l'Etat.
Rue Ste-Marie à Chaillot était le couvent de ï.a Visitation deSte-Marie. Dès le xvT siècle il y avait à Chaillot, à l’extrémité de l’a-venue qui porta plus tard le nom de Cours-la-Reine, une maison somp-tueuse que la reine Catherine de Médicis avait fait bâtir, et à laquelleMai'ie de Médicis, qui en devint plus tard propriétaire, fit faire degrands embellissements. Le maréchal de Bassompierre , un des sei-gneurs les plus magnifiques et les plus polis de son temps, posséda en-suite cette maison, qu’il prêtait souvent au cardinal de Richelieu, quivenait y iaire des retraites politiques et y méditer sur ses grands pro-jets ; c’est lui qui fit commencer le quai de la Contérence, qu’il avaitfait border de bornes en pierres liées entre elles par des chaînes de fer.Dans la suite, cette maison fut vendue par décret sur le comte de Til-iiers et acquise par Marie de France, fille de Henri IV et épouse deCharles T r , roi d’Angleterre. Cette princesse malheureuse, dont le pèrefut assassiné, et le mari détrôné et décapité en 1649, y établit en 1651un monastère de religieuses de la Visitation de Ste-Marie, qui a été'supprimé en 1790. L’église avait été bâtie eu 1704, sur les dessins dé
l’architecte Gabriel, aux frais de Nicolas Fremont, garde du trésor royal.
Palais du roi de Rome. Sur les hauteurs où s’élevaieut le monas-tères et les jardins de l’ancien couvent des religieuses de la Visitation deSte-Marie, Napoléon fit commencer la construction d’un palais dont l’é-tendue et la beauté auraient éclipsé les plus magnifiques habitations de tousles souverains de l’Europe. Il était difficile de trouver dans Paris un plusbeau site et une position plus admirable que celle qui avait été choisie.Du rez-de-chaussée de l’édifice qui aurait été élevé sur trois rangs desoubassements : du côté du midi, en face de l’école militaire, en face duChamp-de-Mars , et dans l’axe du pont d’Iéna, on aurait découvert lesquatre extrémités du Champs-de-Mars et ses belles avenues d’enceinte :au levant, près de la rivière devaient être placées les archives de l’Etat, lepalais des Arts, l’Université, le palais du grand maître, les habi.ationsdes professeurs émérites, des savants et des hommes célèbres qui, pardes services importants ou par leurs talents ont mérité les respects et lareconnaissance nationale ; au couchant, de l’autre côté du Champ-de-Mars, une caserne de cavalerie et des magasins pour les dépôts dessels, des tabacs et autres marchandises de l’octroi ; à l’extrémité, versVaugii ard, un hôpital militaire et une caserne d’infanterie ; plus loin,vers le boulevard neuf, l’abattoir de Grenelle, des maisons de retraiteset d’autres monuments d’utilité publique. Ces différents édifices réunis àceux des Invalides, du Corps législatif et aux belles habitations de cequartier, auraient fait du Gros-Caillou et de la plaine de Grenelle,comme le voulait l’empereur, la ville nouvelle, le quartier des monu-ments, au-dessus desquels devait s’élever le palais du roi de Rome. Delà on aurait joui du coup d’œil de la Seine qui, vers le levant, semblese replier pour laisser apercevoir les ponts nombreux qui la traversent,les beaux quais qui bordent son cours et la longue perspective des édi-fices magnifiques, parmi lesquels brillent le château des Tuileries et sonjardin, la colonnade avec les statues de la place de la Concorde, les nou-velles rues qui y aboutissent et la superbe promenade des Champs-Ely-sées. De l’autre côté, au couchant, la Seine offrait un tableau nonmoins magnifique et beaucoup [dus riant. Toujours aperçue dans sesdifférents détours, on la voyait serpenter jusqu’au pied des riches coteauxde Sèvres, de Meudon et de St-Cloud. Des appartements du palais, surla face nord , on aurait eu pour point de vue le bois de Boulogne quiaurait été lié aux plantations de la plaine pour former le grand parc ; aucouchant, on aurait vu les belles allées qui environnent Paris de ce côté;enfin, le devant de ce magnifique tableau aurait été terminé par l’arccolossal de l’Etoile. Le château de la Muette serait devenu le chef-lieude la vénerie; le pavillon de Bagatelle aurait servi de rendez-vous dechasse. — Ou serait arrivé au palais du coté du midi par trois rangs depentes douces à droite et à gauche du pont d’Iéna jusqu’au sol de lacour d’honneur. La construction de ce palais, qui aurait été aussi étenduque celui de Versailles, aurait été l’ouvrage le plus vaste et le plusextraordinaire de notre siècle.
S° g. QUARTIER DE LA PLACE VENDOME.
Ci-devant section des Piques.
Les limites de ce quartier sont ; rue de la Madeleine n° ! pairs, ruede l’Arcade iT‘ pairs, rue St-Lazare n“’ impairs, rue de la Chaussée-d’Autin 11 '“ impairs, rue Louis-Ie-Grand n°‘ impairs, rue Neuve des Pe-tits-Champs n"' impairs, place Vendôme n” impairs jusqu’à la moitié dela place, rue St-Honoré u“ pairs, rue du faubourg St-Honoré n" pairsjusqu’au point de départ. — Superficie 630,000 m. carrés, équivalantà 0,019 de la superficie totale de Paris.
Les édifices, monuments, établissements et emplacements les plus re-marquables de ce quartier, sont ;
L’église de la Madeleine, située place et boulevard du même nom.
Cet édifice «'était dans le principe qu’une chapelle de confrérie, dontCharles VIII posa la première pierre en 149a. Cette chapelle, érigée enparoisse en 1639, étant devenue trop petite pour la population croissantedu faubourg St-Honoré, Anne-Marie-Louise d'Orléans, princesse sou-veraine de Dombes, posa en 1660 la première pierre d’une église plusgrande, qui a subsisté au coin des rues de Surène et de la Madeleine, etqui fut vendue nationalement en 1795 , démolie et convertie en chan-