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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 3. QUARTIER DE LA PLACE VENDOME.
gage, où il affectait de ne pas prononcer les r. Sous ce rapport Ga-atdonna le ton et fut chef d’école. Avec sou habit carré, sa grosse cravateet ses cheveux eu oreilles de chien, c’était le modèle des incroyables.Il a été inhumé au cimetière de l’Est près de Grétry, de Méhul, de De-îille et de Ginguené.
Rue Neuve-St-Augustin, n° 55, demeurait et est mort en 1824 lecélèbre peintre Girodet Triosson, que David appelait son plus bel ou-vrage.
Rue St-Honoré, n° 404 ou 406, demeurait Maurice Duplay,juré au tribunal révolutionnaire, dont Maximilien Robespierre futl’hôte et le commensal depuis le jour où la loi martiale fut proclaméeau Champ-de-Màrs jusqu’à sa mort. Son appartement n’était certes passomptueux, et pourtant, dans cet appartement presque misérable, ilrecevait ce que la France avait de plus redoutable après lui, St-Just,Couthon, etc., etc. On connaît l’issue fatale pour Robespierre de laséance du 9 thermidor ; on sait qu’il succomba avec St-Just, Couthon,Lebas , et tous ceux qui s’étaient déclarés ses partisans. — Le jour deson supplice , le peuple fit arrêter la fatale charrette devant la maisonqu’il habitait, où des femmes, indignes de ce nom, exécutèrent des dan-ses aux battements de mains de la multitude. Trois ans auparavant, ilavait parcouru cette même rue St-Honoré sur un char de triomphe : le30 septembre 1791, le jour de la dernière séance de la constituante, aumoment où il sortait de l’assemblée, la foule, qui l’attendait à la porte,lui posa sur la tête une couronne de chêne, et le porta en triomphejusque dans une voiture qui stationnait à la cour des Feuillants ; il y futplacé avec Pétion, et le peuple, attelé au char des deux triomphateurs ,le reconduisit à sa demeure aux cris redoublés de : Vive Pétion / ViveRobespierre/....
Rue St-Honoré demeurait aussi à la même époque, dans la partiede cette rue comprise dans le quartier qui uous occupe , Robespierrejeune , Panis, Soubrany, Robert Lindet, Jean Debry, Antoine , etc.— Vis-à-vis de la rue St-Florentin demeurait et est mort, en 1803, lecélèbre mais non impartial critique Laharpe, que Delille qualifiait del’épithète de chien hargneux qui mord sans relâche, et qui voudra mor-dre encore quand il n’aura plus de dents.
Rue Neuve-des-Mathurins demeurait, en 1783 , le marquis deL ouvois, un des seigneurs les plus scandaleux de la cour de Louis XVI.Devenu veuf de sa première femme , dont il avait dissipé toute la for-tune , il se remaria avec une laide et riche Hollandaise, qui le renditveuf une seconde fois en lui laissant une fortune considérable, dont ilvit promptement la fin ; le marquis de Courtenvaux lui laissa à sa mortune succession immense , qui fut bientôt dissipée ; s’étant remarié entroisièmes noces, et ayant plus de dettes que jamais, Louis XVI prit leparti de l’exiler pour ne plus entendre parler de ses excès.
Rue de la Ferme-des-Mathurins, n° 24, habite l’honorable dé-puté Odillon Barrot, préfet de la Seine en 1830, et l’un des trois com-missaires qui accompagnèrent Charles X à Cherbourg.
Rue Louis-le-Grand, n° 33, a longtemps demeuré M. Labat,opulent gentilhomme , qui dépensait annuellement à Paris une dizainede mille francs le jour du mardi gras. Il se promenait sur les boule-vards à la tète d’une nombreuse cavalcade montée à ses frais, remplis-sait de masques éblouissants trois calèches attelées chacune de six che-vaux, et en le voyant passer la foule ignorante disait : « Voilà lord Sey-mour et sa bande joyeuse. » Il se ruinait pour se faire un nom, et ja-mais le sien n’a dépassé le cercle de ses intimes amis : humilié, accabléd’ennui, désespéré, il alla mourir à Florence.
Place Vendôme, n° 7, est l’hôtel de l’état-major de la place deParis, construit par Bullet. — Vergniaud, l’un des plus grands ora-teurs qui aient illustré la tribune française, demeurait dans cet hôtelen 1793. Député à l’assemblée législative et à la convention natio-nale, il occupa le fauteuil le jour du jugement de Louis XVI, dontil vota la mort sans sursis, avec l’appel au peuple. Il s’opposa à la créa-tion du tribunal révolutionnaire, résista avec courage aux accusationsdes sections de Paris, fut décrété d’accusation après le 31 mai, con-
damné à mort par le tribunal révolutionnaire , et exécuté avec vingt deses collègues le 30 octobre 1793.
Au n° 9 est un autre hôtel construit par Bullet pour le comte d’E-vreux , gendre du receveur des finances Crozat. Le maréchal d'Estréesa habité longtemps cet hôtel, qui est occupé aujourd’hui par I’inten-
DANCE DE DA LISTE CIVILE.
Auxn os llet 13 est I’bôtel de la Chancellerie, construit en 1702par le fermier général Luillier, et vendu en 1706 au traitant Bourva-lais, sur lequel il fut saisi pour payement de la taxe que la chambre dejustice avait imposée à ce traitant, ainsi que l’hôtel contigu, qui appar-tenait à un autre traitant du nom de Willemarec. Ces deux hôtels réu-nis sont occupés aujourd’hui parla Chancellerie et par le ministère descultes. Sous le directoire et le consulat, l’hôtel de la Chancellerie futaffecté à la préfecture de Paris ; la société d’agriculture y tiut sa pre-mière séance en l’an vi, sur l’invitation du directoire.
Au n° 19 est un hôtel qui a été pendant longtemps affecté au loge-ment du président de la chambré des députés.
Au n° 21 habitait, en 1788, le trésorier des états de LanguedocJoubert, amateur éclairé des arts et des sciences, qui avait formé danscet hôtel un riche cabinet d’histoire naturelle. — Dans ce même hôteldemeurait et est mort, en 1807, le célèbre Berthoud, membre de l’Ins-titut , qui a porté à un haut degré l’art de l’horlogerie. — Là habitait,vers 1808, le marquis deMéjanes, le plus fameux bouquineur des tempsmodernes (après M. Boulard toutefois). Il avait formé des dépôts delivres à Aix, à Arles, à Avignon, et avait tellement encombré de livresson appartement de Paris, que sa femme était obligée de passer avecpeine entre deux longues palissades de livres pour aller se coucher dansune alcôve entourée de rayons garnis de bouquins. Tous ces livres for-ment aujourd’hui la bibliothèque publique d’Aix , l’une des plus con-sidérables des départements ,' à laquelle ils ont été légués parM. deMéjanes.
La rue Neuve - des - Capucines doit son nom au couvent desCatucines, qui était situé rue St-Honoré en face de celui des Capucins.Il dut sa fondation à Louise de Lorraine , veuve du roi Henri III, quilaissa par son testament en 1601 la somme de soixante mille livres pourfonder à Bourges un couvent de capucines, dont elle fit choix pour lelieu de sa sépulture. Marie de Luxembourg, duchesse de Mercoeur, sabelle-sœur, se chargea de l’exécution du testament, et suppléa à lasomme insuffisante laissée par la reine ; mais des difficultés ayant étéélevées pour la fondation d’un couvent de capucines à Bourges , elleobtint la permission de le fonder à Paris, et acheta à cet effet l’hôtel deRetz, appelé alors l’hôtel du Perron, situé vis-à-vis du couvent desCapucins , dans un quartier qui portait alors le nom de faubourg St-Honoré. On posa en 1604 la première pierre de ce monastère, qui futachevé en 1606, et consacré le 18 juin de la même année par l’évêquede Digne. Vers la fin du mois de juillet, la duchesse de Mercoeur fitvenir les douze novices qui devaient former le noyau delà communauté,à l’hôtel de Mercoeur, qui prit plus tard le nom d’hôtel de Vendôme, oùse trouvait le cardinal de Gondi, assisté de l’évêque de Paris. Le car-dinal mit à chacune une couronne d’épines sur la tête, et présenta àchacune des dames les plus qualifiées qui assistaient à cette cérémonieune religieuse à conduire au nouveau monastère. Les capucins, au nom-bre de quatre-vingts , et ayant à leur tête le P. Ange de Joyeuse , alorsgardien du couvent des Capucines, allèrent les prendre en processionet les conduisirent à l’église, où le cardinal officia pontificalement, etles introduisirent dans leur couvent, où elles firent profession le âljuillet 1607. La construction de la place Vendôme ayant nécessité lasuppression du couvent des Capucines , Louis XIV en ordonna la démo-lition, et en fit ériger un nouveau, plus vaste et plus commode , à l’en-droit où finit la rue Neuve-des-Petits-Cliamps, et où commence au-jourd’hui la rue de la Paix et la rue Neuve-des-Capucines , dont lesreligieuses prirent possession en 1688* La façade de l’église correspon-dait à l’axe de la place Vendôme, et servait de perspective et de déco-ration à cette belle place ; elle n’était pas très-grande, mais somptueuse,surtout les chapelles, qui renfermaient les magnifiques mausolées du