VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. N" 3. QUARTIER DE LA PLACE VENDOME.
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ministre Louvois, du maréchal de Créqui, de la marquise de Pompadouret de sa fille, et les tombes de Louise de Lorraine, femme de Henri III,du duc et de la duchesse de Mercœur. — Les capucines étaient aunombre de quarante ; leur règle était des plus austères, et, bien quelogées dans le quartier le plus mondain de Paris, elles marchaient tou-jours nu-pieds. — Après la suppression des ordres monastiques, en4790, le couvent des Capucines devint l’hôtel des Monnaies de la ré-volution ; c’est là que furent établies les presses de ces assignats d’unevaleur depuis dix sous jusqu’à dix mille francs, des mandats, des bonsterritoriaux et de tant d’autre papier-monnaie dont la somme s’éleva àprès de cinquante milliards. Après la chute des assignats, l’église surl’emplacement de laquelle a été percée depuis la rue de la Paix futoccupée par le célèbre physicien Robertson , qui y avait établi en l’anxi son théâtre de fantasmagorie, où l’on vit longtemps l’étonnant ven-triloque Fitz-James, tué le 30 mars 1814, dans les rangs de la l re légionde la garde nationale de Paris à la barrière de Monceau. Le cloître etles autres bâtiments furent remplacés par les bureaux du timbre. Lejardin fut transformé en jardin public, où l’on établit des jeux de toutesorte, le théâtre des Jeunes comédiens, deux panoramas et un cirque oùcommença en 1802 la fortune de Franconi; enfin ce jardin, sans êtrebeau, était une foire perpétuelle et un lieu de promenade pour les flâ-neurs. Tout cela a disparu lors du percement de la magnifique rue àlaquelle on donna le nom de Napoléon, qu’elle conserva jusqu’en 1814,où elle a reçu le nom de rue de la Paix.
Au n° 10 est I’hotel des anciens lieutenants généraux: de police ,dont le dernier fut M. Thiroux de Crosne, et l’avant-dernier M. Lenoir,qui s’est rendu recommandable par la fondation de-plusieurs établisse-ments philanthropiques, notamment par l’institution du Mont-de-Piété,et par la manière dont il exerçait la police intérieure secrète, sans agentsprovocateurs d’aucun genre : son nom s’associe honorablement à celuide M. de Sartine, qui fait époque dans les fastes de la police. Il est mortpaisiblement à Paris en 1807.—En 1789 l’hôtel des lieutenants générauxde police devint lamairie de Paris, et fut occupé par Bailly, premier mairede cette capitale, condamné à mort et exécuté au Champ-de-Mars. (V. 10°arrondissement, article Champ-de-Mars.) — Le second maire de Parisqui habita cet hôtel fut Pétion , qui eut une fin non moins déplorable.— L’ancien hôtel de la police et de la mairie est aujourd’hui occupé parles archives du ministère des affaires étrangères et habité par M. Mignet,directeur de ces archives, membre de l’Académie française et auteurd’une histoire de la révolution qui a obtenu un succès mérité, et dont ila été fait plusieurs éditions successives.
Au n° 16 est une maison qu’habitait le général Bonaparte après le13 vendémiaire. — Dans celte même maison demeurait en 1822 le vi-comte Mathieu de Montmorency . Il prêta, lui cinquième, le sermentdu Jeu-de-Paume, et fut un des quarante-sept membres de la noblessequ’on vit se réunir au tiers état le 14 août 1789; il avait soutenu lanécessité de placer en tête de la constitution une déclaration des droitsde l’homme et du citoyen. C’est sur sa proposition que fut décrétéel’abolition des droits féodaux. En 4791 il fut un des quinze membresqui assistèrent à la translation des restes de Voltaire au Panthéon, et cefut lui qui, un mois après, demanda que les mêmes honneurs fussentdécernés à J.-J. Rousseau. Peu de temps après il s’expatria, rentra enFrance sous l’empire, et fut un des premiers à aller au-devant des Bour-bons en 1814, ce qui lui valut la place de chevalier d’honneur de laduchesse d’Angoulème. Nommé en 1821 ministre des affaires étrangè-res, il défendit toutes les mesures liberticides proposées par le ministère,et prononça à la tribune de la chambre des députés, le 18 février 1822,une rétractation complète de ses anciennes doctrines, en donnant pourseule et unique raison qu 'il est difficile dans le jeune âge de se défen-dre des illusions; qu'alors /’histoire ne l’avait pas assez instruit, etquil ?i avait pas vu une l’évolution tout entière et ses abominablessuites. Celte rétractation lui attira une vigoureuse réponse du généralThiard, qui, s’élançant à la tribune, parodia avec esprit les paroles deM. de Montmorency, s’accusa d’avoir partagé un moment les erreurs del’émigration, en témoigna le plus sincère repentir, et termina ainsi.
« Mais quand j’ai vu la France, cette nation si généreuse, s’élever au
milieu de l’Europe, rayonnante d’une gloire immortelle ; quand j’ai vules triomphes de ses guerriers, les conquêtes de son génie, ses campa-gnes mieux cultivées, l'industrie florissante, le commerce honoré, lescitoyens ne connaissant d’inégalité que dans les talents et les vertus, touségaux devant la loi, ne réclamant d’autres privilèges que le mérite, etfournissant à l’administration, aux armées, aux sciences, à l’industrie deshommes supérieurs, qui honorent leur siècle et leur patrie, j’ai adoptéavec franchise , avec enthousiasme les principes qui ont amené cesgrands résultats. »
Au n* 20, formant l’angle de la rue Neuve et du boulevard des Ca-pucines, est l’hôtel Bertin, occupé aujourd’hui par le ministère desaffaires étrangères, dont les bureaux se trouvent dans la partie de cethôtel qui porte le n° 18. Il a été bâti par le ministre d’état Berlin, quiy avait rassemblé un riche cabinet d’histoire naturelle et de curiositéschinoises. Sous l’empire il devint l’hôtel Wagram, et fut habité par leprince Alexandre Berthier , qui commença sa carrière militaire enAmérique sous les ordres des généraux Lafayette et Rochambeau.
Rue Neuve-Luxembourg, n" 27 bis, demeurait et est mort Casi-mir Périer , athlète infatigable de la chambre septennale , où il harcelaconstamment le président du conseil, dont il mit souvent en défautl’assurance et l’habileté gasconnes. C’est dans sou hôtel que fut rédigée,le 27 juillet 1830, la protestation des députés contre les ordonnances deCharles X : il est vrai de dire que les billets de convocation avaient étéenvoyés à son insu, et qu’il ne fut pas médiocrement surpris quand ilvit arriver chez lui ses collègues.
Au n° 21 demeurait en 1793 le conventionnel Granet, l’un desmembres de la convention qui, dans leurs costumes, affichaient avecle plus d’ostentation le sanculotisme.
Au n° 15 demeurait Cambon, ancien premier président au parlementde Toulouse, membre de l’assemblée des notables et de la convention.Proscrit sous le règne de la terreur, il s’était réfugié chez un rémouleurdu faubourg St-Antoine, dont nous regrettons de ne pouvoir donner le.nom : l’épouse de Cambon, modèle de toutes les vertus, préféra portersa tête à l’échafaud plutôt que de découvrir l’asile de son mari, et péritle 8 thermidor, la veille de la chute de Robespierre. Cambon est morten 1808. Sur la proposition du maire de Paris Poche, le conseil généralde la-commune arrêta : « qu’attendu le besoin urgent de souliers où setrouvent nos frères d’armes, les bons citoyens seront invités à donner dessouliers, en proportion de leurs facultés, en portant des sabots ou desgaloches «n bois. >» De tous les députés, Cambon fut le seul qui se sou-mit à l’arrêté : il siégeait en sabots à la convention.
Au n° 14 a demeuré longtemps M. de Romieu, loustic buveur,bambocheur, casseur de réverbères, rosseur du guet, spirituel auteur duroman le Mousse; devenu préfet, pour prouver que tous les Français sontadmissibles aux emplois publics. Avant d’être fonctionnaire, M. de Ro-mieu fut un viveur, un homme qui s’amusait et amusait les autres. Ou-tre son aventure qui a fourni le sujet de la jolie pièce Portier, je ■veuxde tes cheveux , on en cite une autre, quelque peu apocryphe peut-être,mais qui est fort populaire et si répandue qu’elle est devenue plusqu’une vérité. La voici : M. de Romieu traversant Paris à pied enpleine nuit, après un souper copieux, soutenait d’un bras M. de Mon-talivet qui lui rendait le meme service. Après maints faux pas et maintesculbutes, M. de Romieu ne voulut plus faire un pas, et, dans sa résolu-tion d’immobilité, il s’étendit tout de son long dans la rue auprès d’uneborne, juraht qu’il restera là jusqu’à la fin de ses jours. Ne pouvant riencontre cette obstination, M. de Montalivet frappe à coups redoublés àla porte d’un épicier ; on ouvre ; il entre, paye vingt francs quatre lam-pions, les allume, les place autour de M. de Romieu endormi pour lepréserver des coups de pieds des passants, des chevaux et des voitures,et disparaît. Quand le soleil se leva, les lampions brûlaient encore prèsdu dormeur agité dans son sommeil.
Rue de Suresnes était le couvent des Bénédictines de la villel’Evêque. Les premiers numéros pairs de cette rue ont été bâtis surl’emplacement de ce monastère, fondé sous le titre de Notre-Dame deGrâce, le 12 avril 1613, par Catherine et Marguerite d’Orléans Lon-
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