Buch 
Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
Entstehung
Seite
37
JPEG-Download
 

VILLE DE PARIS. PREMIER ARRONDISSEMENT. X° 4. QUARTIER DES TUILERIES.

37

offrait un coup doeil vraiment fantastique un soir de grand concert,lorsque les deux côtés étaient garnis de trois rangées de femmes presqueToutes jeunes et jolies , couvertes de fleurs , de diamants et de plumesflottantes, et derrière elles cette haie formée par les officiers de la mai-son de lempereur , ceux des princesses, puis les généraux aux habitsétincelants dor, les sénateurs, les conseillers dEtat, les ministres, tous re-vêtus de riches costumes. Ajoutez les princes de la confédération du Rhin,tout ce que lAllemagne, la Russie, la Pologne, lItalie, le Danemarck,lEspagne, lEurope enfin, lAngleterre excepté, avait alors envoyé à Paris.

Il est utile toutefois de faire remarquer que la toute-puissance deNapoléon ne sexercait pas sans provoquer de temps eu temps quelquesvelléités dopposition. Nous avons dit quaprès le 10 août 1792 on plaçaà lentrée de la cour des Tuileries une inscription portant que la royauténe serait plus rétablie en France. Cette inscription fut enlevée à lépoque le premier consul établit sa demeure aux Tuileries. Lorsque lempe-reur eut labsurde idée dimproviser des trônes pour ses frcres, on lut«ri beau matin , à lendroit même avait subsisté si longtemps lins-cjiption qui consacrait labolition de la royauté, ces mots tracés en groscaractères : Fabrique de sires, qui provoquèrent des réflexions mor-dantes sur la conduite ambitieuse de ce grand fabricaieur de rois.

Les fêtes du mariage de Napoléon et de Marie-Louise furent célébréesau palais des Tuileries avec une grande magnificence; mais une tradi-tion qui demeurera éternellement vivante sera celle du 20 mars '1811,lorsquà six ou sept heures du matin le premier coup de canon annonçaque limpératrice était mère. Comme lévénement était prévu, les quais,les rues, les places publiques étaient couverts de monde comme dansun jour de grande fête. Au premier retentissement de lairain, tout cequi marchait sarrêta.... tout.... Dans une seconde la grande ville futfrappée du silence comme par enchantement. Le mot daffaires le plus

important, la parole damour la plus délirante, tout fut suspendu.

et sans le retentissement du canon , on aurait cru ctre dans cette villedes Mille et une Nuits , quun coup de baguette pétrifia,... Puis unvingt-deuxième coup tonna dans le silence !.... Alors un seul cri, uuseul!... mais poussé parmi million de voix, retentit dans Paris et fittrembler les murs de ce même palais venait de naître le fils du héros.Et les chapeaux volaient en lair, les mouchoirs flottaient... on courait,ou sembrassait, on sannoncait la grande nouvelle avec des larmes dejoie. A onze heures, M me Blanchard monta en ballon et partit de lEcolemilitaire pour aller annoncer autour de Paris la naissance du fils delempereur. Trois ans après, le 29 mars 1814, à dix heures du ma-tin, Marie-Louise et le fils de Napoléon sortaient du palais des Tuileriespour ny jamais rentrer. Le 23 avril 1814, le comte dArtois, nommépar le gouvernement provisoire lieutenant général du royaume, signadans ce palais avec les souverains alliés la convention par laquelle ilabandonna cinquante-trois places fortes au delà des anciennes limites dela France, avec un matériel de douze cents bouches à feu, trente et unvaisseaux de guerre et douze frégates ; perte qui a été évaluée à plus de260 millions de francs. Le 3 mai, Louis XVIII lit son entrée à Pariset vint habiter les Tuileries, entouré dun cortège danciens émigrés, etle 30 du même mois il signa dans ce palais linfâme convention du23 avril, et consomma la honte de la France en lui enlevant ses limitesnaturelles. Une comédie ridicule fut jouée dans ce palais à lépoque Napoléon poursuivait sa marche triomphale du golfe Juan à Paris ;le 10 mars 4815, au moment le jardin des Tuileries était encombréde promeneurs discourant sur les curieuses nouvelles qui arrivaient cha-que jour du midi de la France, parut au grand balcon de la salle desMaréchaux un officier des gardes du corps, qui annonça à haute voixà la loule assemblée que Buonaparte avait été complètement défait,lui et sa bande , dans la plaine de Bourgoing, par monseigneur le ducdOrléans!... Le dénouement de cette parade, à laquelle personne nemit, ne se fit pas longtemps attendre. Le 19mars 1845, Louis XVIIIquitta les Tuileries , après avoir fait dans une proclamation ses adieuxà. la France. Accompagné dun seul officier et de quelques gardes ducçj'ps qui lescortaient à cheval, il monta en voiture et partit au galop.Minuit venait de sonner ; dans le trouble inséparable dune telle fuite,il oublia son portefeuille de famille qui renfermait un grand nombre deh'Ui-vs; mais il noublia pas demporter les diamants de la couronne.

Une heure après, le comte dArtois et le duc de Berry partirent, suivis: de la maison militaire et de quelques volontaires de tout âge et de toutes conditions. Le lendemain 20 mars, à neuf heures du soir, Napoléon, entra aux Tuileries. Ses officiers accoururent aussitôt. En un moment lepalais impérial fut rempli duniformes. Applaudi par mille bouches,: pressé par mille mains , lempereur ne fit que passer des rangs de sesgrenadiers dans les bras de ses anciens lieutenants ; ce fut de renlhou-| siasme, de livresse, comme au départ de iîle dElbe.Le 12 juin 1815.; lempereur quitta, à trois heures du matin, pour ny plus rentrer, lepalais des Tuileries pour aller se mettre à la tète de larmée. Après la: perte de la bataille de Waterloo, il fut habiter le palais de lEJysée.

Après labdication de Napoléon, un gouvernement provisoire, com-; posé de Fouché, Carnot, Caulinconrt, Grenier et Quinelte, se réunit aux| Tuileries le 23 juin 4 815 : il y siégea jusquau 7 juillet, jour il fut! dissous de fait par loccupation du palais .par les troupes étrangères. Lelendemain Louis XVIII fit son entrée à Paris, et revint habiter les Tui-leries, escorté dun détachement de gardes du corps et de quelques autrespersonnes à cheval, au milieu dune population attristée et muette.Quinze années après, la résistance du peuple aux ordonnances Liberti-cides du ministère Polignac força les ministres de Charles X, que lacrainte avait chassés de leurs hôtels, à se réunir dans laile des Tuile-ries, occupée aujourdhui par létat-major delà garde nationale,, deconcert avec le maréchal Marmont, ils luttaient contre un orage quilscroyaient passager. Cest de ce palais que, dans la sanglante journée du28 juillèt 1830, ils donnaient des ordres contre le peuple; cest quilsmandaient le procureur général, et quils voulaient installer la courroyale pour lui faire rendre des arrêts de mort contre les principauxpatriotes ; cest enfin que le maréchal Marmont reçut la députationcomposée de MM. Lafitte, Àrago, Mauguin et quelques autres députés,chargés daller demander le retrait dos ordonnances. Le lendemain 29,les vainqueurs du Louvre, après avoir fait leur jonction avec la cohortedes patriotes du faubourg St-Germain, commença lattaque des Tuileries.La défense fut opiniâtre et acharnée ; les troupes qui garnissaient cetteimportante position étaient nombreuses; des pièces dartillerie étaientbraquées à l'embouchure de la rue de lEchelle, de la petite rue St-Louis et des différentes rues qui aboutissent au château. Bientôt lafusillade seugage, le canon vomit la mort, le carnage devient effroya-ble. Au moment le feu est le plus terrible, M. Jouhert, portant kdrapeau tricolore, savance au pas de charge, à la tête dune forte co-lonne, vers larc de triomphe du Carrousel. La grille est enfoncée, etenfin, après une heure et demie dun combat horrible, les défenseursdelà liberté sont maîtres du château, MM. Jouhert, Gauja, Picard.Thomas et Guinard font flotter le drapeau tricolore. Les vainqueurs serépandent comme un torrent dans le palais abandonné, ils brisentles portraits de Charles X, de la famille royale et le tableau du sacre. se borna tout le désordre; aucun objet de valeur ne fut détourné;tous les objets précieux, en or, vermeil ou argent, furent, déposés, soit àla Bourse, soit à lTlôlel-de-Ville.

Le Jardin des Tuileries fut tracé à la même époque commen-cèrent les constructions du palais. En 1566, lorsquon étendit lenceintede Paris du côté de louest, on y comprit le jardin des Tuileries : cettepartie denceinte fut nommée boulevard, des Tuileries. Lextrémité oc-cidentale du jardin fut alors fermée par uu large bastion dont Charles IXposa la première pierre le 6 juillet 1566, qui protégeait la ville du côtéde la rivière. Entre ce bastion et la Seine on établit ensuite une porteappelée de la Conférence. Dans lorigine, ce jardin était séparé duchâteau par une rue, dite des Turleries, qui conduisait des écuries auquai de la Conférence : selon plusieurs plans anciens, la façade au cou-chant sur le jardin aurait été celle dentrée; les jardins, qui par suiteont paru insuffisants, auraient occupé tout lespace entre la façade dulevant et le mur des fossés de la ville sur lemplacement duquel futpercée la rue St-Nicaise. La description qui nous reste du jardin com-mencé sous Catherine de Médicis fait connaître quil renfermait unLois, un étang, lhôtel de M lle de Guise, une volière, une orangerie,des parterres, des théâtres, des labyrinthes, un écho, une ménagerie, unchenil, etc., etc. La volière, située vers le milieu du quai des Tuileries,