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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 4. QUARTIER DES TUILERIES.
consistait en plusieurs bâtiments ; l’écho était au bout de la grande allée,caché par des palissades : c’était là que les galants de l’époque se ren-daient pour donner des sérénades à leurs maîtresses. A peu de distancede cet ccho, du côté de la porte St-Honoré, était, placée l’orangerie, prèsde laquelle se trouvait une ménagerie. Dans la portion qui tenait à laporte de la Conférence, on avait ménagé un grand terrain qui servaitde garenne, et à l’extrémité de ce terrain, entre la porte de la Confé-rence et la volière, était un chenil, que Louis XIII donna, en 1630, àRenard, valet de chambre du commandeur de Souvré, à la condition dedéfricher le terrain des alentours et d’y rassembler des fleurs rares. Re-nard fit de cet enclos un superbe jardin, au milieu duquel il bâtit unjoli pavillon, qui a joui pendant longtemps d’une certaine célébrité:l’isolement du jardin, les agréments de toute espèce qui en faisaient unlieu de délices, et l’humeur commode du propriétaire, rendirent le jardinRenard le but des rendez-vous clandestins des roués et des grandes damesde l’époque. Cette habitation servait de rendez-vous, après les pro-menades du cours, aux seigneurs du bon ton pendant la minorité deLouis XIV ; elle devint célèbre dans les guerres de la Fronde, par lesquerelles et les petits combats dont le duc de Beaufort était le héros, etdont la maison Renard était le théâtre. Mais la plus grande illustra-tion de la maison Renard est d’avoir logé le Poussin, qui y fut installéà la lin de 1640, par ordre de Louis XIII.
Vers 1665, Louis XIV chargea Lenôtre de dessiner le jardin des Tui-leries sur un nouveau plan , et cet habile artiste en fit un chef-d’œuvrede bon goût, d’adresse et de génie. Lenôtre fit abattre l’hôtel de M"' deCuise, la volière et les autres bâtiments qui s’étendaient du côté de larivière jusqu’à la barrière de la Conférence. Il environna le jardin dedeux terrasses plantées d’arbres, celle du bord de l’eau et celle desFeuillants, qui encadrent le jardin dqs deux côtés de sa longueur, etqui, après un retour, s’inclinent en se rapprochant à l’extrémité occi-dentale, où chacune, décrivant une courbe, s’abaisse par une rampe àpente douce jusqu’au niveau du sol : ces deux terrasses laissent entreelles une vaste ouverture fermée d’une grille par laquelle la vue pénètredans les Champs-Elysées, et en découvre la magnifique avenue. Au pieddu palais est pratiquée une terrasse, qui, avec les deux autres terrasseslatérales, semble contenir le jardin entier dans une espèce de boulin-grin. Chacune de ces terrasses est accompagnée d’escaliers en pierred’un beau dessin ; on y arrive aussi par des pentes douces, dont les mursde revêtement sont remarquables par leur belle exécution ; des char-milles couvrent agréablement tous les murs de soutènement. — Devantle château se développe un parterre de 240 m. d’étendue , formé decompartiments de gazons séparés par des allées, entourés d’une grille àhauteur d’appui, et autour desquels croissent, sur de légers ados, desarbustes et des fleurs. Ces parterres sont disposés de manière qu’on a puplacer entre eux trois bassins circulaires, formant un triangle terminépar le plus grand des trois ; celui-ci s’aligne avec le grand bassin situéà l'extrémité de la grande allée percée directement en face du pavillondu milieu du château, à travers un vaste couvert qui s’étend au delàdu parterre et se prolonge jusqu’à l’extrémité occidentale du jardin. Auxdeux côtés de cette allée, dont la longueur est de 240 m., étaient distri-buées des pièces de verdure entourées d'arbres à hautes tiges, de boisplantés régulièrement en quinconces, de bosquets, etc. Ces dispositionsintérieures ont éprouvé divers changements, et ne ressemblent plus auxdessius de Lenôtre; mais la masse entière du couvert est restée toujoursla même, et conserve l’aspect majestueux que lui donnent la beauté desarbres ainsi que les belles proportions qu’a tracées ce grand décorateur.— Le long de la terrasse des Feuillants régnaient autrefois de grandstapis de gazon entourés de plate-baudes de fleurs, qui furent détruits en1793, et plantés en pommes de terre, ainsique tous les autres parterresdes Tuileries , par suite du décret qui ordonnait de semer et de planteren blé et en légumes tous les grands terrains affectés aux jardins de luxeet d’agrément ; c’est sur la terrasse des Feuillants que se réunissaient,au commencement de mars 1815, tous ceux qui étaient restés fidèles àla mémoire de l’empereur, qui se distinguaient des autres promeneurspar le bouquet de violettes dont ils paraient ostensiblement leur bouton-nière. Sur l’emplacement de ces tapis de gazon, on a formé depuis l’alléela plus fréquentée du jardin, désignée sous le nom d’allée des Orangers,
du double rang de ces arbres en caisse que l’on y place dans la bellesaison. C’est dans cetle allée, l’Eldorado de la fashion et du dandysme,que Paris élégant se donne rendez-vous ; là se réunissent tous les genresd'aristocratie, où une seule toutefois domine, celle du luxe et de l’élé-gance; mais, comme chaque chose a son bon et son mauvais côté, sil’on brille aux Tuileries, si l’on y goule quelques jouissances de vanitéou d’amour-propre, le plus ordinairement on s’y ennuie ; et, à l’excep-tion de l’enfance folâtre qui trouve du bonheur partout où il y a de l’airà respirer, de la verdure à voir et des jeux à partager, les nombreuxpromeneurs s’en vont le corps fatigué, la tête lourde et le cœur vide.
Avant la révolution on entrait au jardin des Tuileries par un ponttournant, construit sur les anciens fossés de la ville. Anciennement, lesrois donnaient tous les ans dans ce jardin, le soir de la St-Louis, unconcert, et de tout temps il fut destiné à des fêtes publiques. Une de cesfêtes fut attristée, le 1 er décembre 1783, parun événement malheureux :les physiciens Charles et Robert s’y élevèrent en ballon, et l’un d’euxfut victime de cette expérience ; il tomba d’une hauteur prodigieuse, etse fracassa le corps daus le jardin même. — Dans le cours de la révo-lution, le jardin des Tuileries fut le théâtre de divers événements poli-tiques. Le 12 juillet 1789, le prince de Lambesc, employé dans l’arméeque la cour avait voulu former près de Paris, se porta sur la placeLouis XV, franchit le pont Tournant, et pénétra dans le jardin desTuileries avec un détachement du régiment de cavalerie de royal alle-mand , pour balayer la foule qui s’y trouvait, et frapper de son sabre unmalheureux vieillard trop lent à se retirer. Cet acte de violence excitacontre le prince une indignation générale, et il eut à peine le temps debattre en retraite pour éviter un engagement avec les gardes françaisesqui s’approchaient. En février 1790, le jardin des Tuileries fut envahiviolemment par une émeute occasionnée par 1e départ des tentes du roi.Le 25 juin 1791, Louis XVI, arrêté à Varennes et ramené à Paris,rentra aux Tuileries par le pont Tournant à 7 heures du soir ; les grillesdu jardin furent aussitôt fermées sur lui, et l’entrée en fut interditejusqu’au 3 septembre, jour de l’achèvement de la constitution. Cependant,dans l’intervalle, l’assemblée constituante ayant déclaré que la terrassedes Feuillants était nécessaire à ses communications, se la réserva. Il yeut dès lors deux parties distinctes dans le jardin : la terrasse des Feuil-lants, qu’on appela Terre nationale, et le reste du jardin, à l’usage duroi et de sa famille, qu’on appela Terre de Coblentz. Pour marquer lalimite de ces deux parties, on tendit, d’une extrémité à l’autre de la ter-rasse, un ruban tricolore supporté par les arbres qui la bordaient du côtédu jardin ; ce fut comme une muraille de convention que personne n’eutjamais l’idée de franchir. — Le 18 septembre, en mémoire de l’achève-ment de la constitution, le roi donna une grande fête dans le jardin desTuileries, qui fut illuminé avec des bougies. — Dans la matinée du10 août 1792, Louis XVI passa en revue les gardes nationales qui oc-cupaient le jardin, et se rendit jusqu’au pont Tournant ; mais il ne reçutque des démonstrations de haine mêlées d’injures, et son retour ne futmême pas sans danger. Nous avons dit que, sur les représentations deRœderer, il se décida à se rendre dans la salle des séances de l’assembléelégislative, en traversant le jardin, où il fut en butte aux outrages dupeuple, qui obstruait l’entrée de cette assemblée. Après les massacres decette journée, commencés vers midi et terminés avant deux heures, oune pouvait traverser sans horreur le jardin des Tuileries, où de dix endix pas on rencontrait des cadavres entiers ou des portions de cadavresdans un état complet de nudité ; il semblait que les Furies eussent choisile plus beau jardin de Paris pour en faire le théâtre de leurs affreuxexploits. — Le 2 juin 1793, la convention nationale, assiégée parquatre-vingt mille hommes qui entouraient les Tuileries, essaya sanssuccès de sortir du jardin par les issues du pont Royal et du pont Tour-nant, et fut obligée de rentrer dans la salle où elle tenait ses séances. Onsait que ce fut dans cette journée que les jacobins et la commune enle-vèrent le décret d’arrestation contre vingt-deux girondins et contre lesmembres de la commission des douze. — Le 10 août 1793, anniversairede la chute du trôné, une fête imposante fut célébrée dans le jardin desTuileries pour l’acceptation de la constitution de 1793 ou de 1 an i tr déjàrépublique.—Le 20 prairial ann (9 juin 1794) fut célébrée dans ce jardinla fameuse fête de l’Etre suprême, au milieu d’un concours immense