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VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — 4. QUARTIER DES TUILERIES.
de pont de la République, qu’il changea en 1804 pour celui de pont desTuileries ; le nom de pont Royal lui a été rendu en 1815. — Le pontRoyal se compose de cinq arches à plein cintre, dont le diamètre moyenest de 22 m.; sa longueur totale e§t de 128 m., et sa largeur, y comprisles larges trottoirs qui régnent de chaque côté, est de 18 m. Il a étérécemment élargi, et l’abaissement en a été combiné avec l’élévationdes quais, de manière à rendre les pentes presque insensibles. Surchacune des piles les plus rapprochées du quai des Tuileries et du quaid’Orsay on a tracé une échelle divisée en mètres et en centimètres quimarque la hauteur de la rivière; le zéro de cette échelle indique l’étatdes basses eaux de la Seine en 1719, qui fut longtemps considéré commeétant à 33 m. au-dessus du niveau de l’Océan; mais, à la suite d’unnivellement récent et d’observations relatives à des travaux géodésiques,ii a été reconnu qu’il est seulement élevé à 24 m. 50 c.
Le pont de la Concorde. U est dans l’axe de la chambre des dé-putés, de la rue Royale, des Tuileries et de la Madeleine, et fait com-muniquer le faubourg St-Germain avec le faubourg St-Honoré. Un éditdu mois de septembre 1786 , qui ordonnait un emprunt de trentemillions dont une partie devait être consacrée aux embellissements deParis, autorisa la construction de ce pont, et affecta aux frais qu’elledevait nécessiter la somme de douze cent mille livres. U a été commencéle 10 juin 1787, d’après le dessin du célèbre Perromiet, auquel ondoit aussi le beau pont de Neuilly, et achevé vers la fin de 1790; onemploya dans sa maçonnerie une partie des pierres provenant de la dé-molition de la Bastille. Ce pont consiste en cinq arches surbaissées quioffrent une portion de cercle; l’arche du milieu a 31 m. d’ouverture,les,arches collatérales 27 m., les deux arches attenantes aux culées26 m. : la longueur totale entre les deux culées est de 150 m. Les pilesont 3 m. d’épaisseur ; leurs avant-becs et arrière-becs présentent descolonnes engagées au-dessus desquelles règne une corniche couronnéepar une balustrade divisée par des piédestaux à l’aplomb des piles, quisupportaient naguère les statues colossales'en marbre blanc de Bayard,Turenne, du Guescliq, Colbert, Dugay-Trouin, Coudé, Sully, Tourville,Duquesne, Sulfren, Richelieu et Suger, que l’on a transférées dans lagrande cour du palais de Versailles. — Ce pont porta dans l’origine lenom de Louis XVI, parce qu’il fut construit sous son règne; en 1790il fut nommé pont de la Révolution, nom auquel on substitua sous leconsulat celui de la Concorde; en avril 1814 on lui rendit le nom deLouis XVI, qui a été remplacé en 1830 par celui de la Concorde.
Lé pont des Champs-Elysées, pont d’Antin ou pont des In-valides. Il est dans l’axe de l’allée d’Àntin, et communique du quai dela Conférence au quai d’Orsay. Ce pont élégant, livré à la circulation en1829, se compose d’une travée de 67 m. 80 c. et de deux demi-travéesde 27 m. 33 c. et de 24 m. 70 c. d’ouverture ; le tablier est suspendusur toute la largeur du cours de la Seine par des chaînes en fer forgé ;sa longueur totale est de 119 m. 83 c., et sa largeur de 8 m. Il a étéconcédé pour quarante-cinq aimées, à partir du 1 er janvier 1831, etsert au passage des plus lourdes voitures.
Le pont du Carrousel ou des Sts-Pères. Il communique du quaiVoltaire au quai du Louvre, et se compose de trois arches en fonte por-tées par des piles en pierres. C’est un des ponts les plus élégants de Paris.La construction de ce pont a été autorisée en 1831, avec concession d’unpéage pendant trente-quatre ans et dix mois.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Les Tuileries. Nous avons déjà fait remarquer que plusieurs grandsseigneurs avaient, avant la révolution, des appartements aux Tuileries.Ces logements étaient très-recherchés, parce qu’ils affranchissaient dela nécessité d’avoir un grand état de maison, parce qu’on n’y payaitpoint de capitation, et parce qu’on ne pouvait point v être arrêté pourdettes , ce qui n’était point du tout indifférent à quelques grands per-sonnages. Entre autres personnes de marque qui y avaient leur loge-ment, il convient de citer le prince de Guémené , qui friponna toutParis pour fournir à l’extravagance des courtisannes qu’il entretenait,et dont la banqueroute scandalisa toute l’Europe en 1782 : le passif se
( montait à un million huit cent mille livres de rentes viagères et à quatrej millions de rentes perpétuelles ; l’actif n’était que de cinq cent mille livresde rentes perpétuelles. La princesse de Guémeué était gouvernante desenfants de France et commettait aussi des infamies dans cette place : elletouchait l’argent pour payer les fournisseurs de son département, gardaitcet argent, et leur donnait des contrats de rente viagère. — Sous l’em-pire, l’appartement qu’occupait le prince de Guémené était la salle d’at-tente du corps diplomatique, les jours de grande réception. Le généralThiard est né dans cet appartement, que Louis XV avait donné à sonpère, le comte de Bissy, mort en 1810 doyen de l’Académie française,dont il avait été membre pendant soixante ans, triste avantage qu’aucunautre académicien n’a partagé avec lui.
Rue St-Florentin, n° 2, est I’hotel de la Vrilliere, construit, en1767, sur les dessins de Clialgrin, pour le duc de la Vrilliere, ministrequi était fameux entre tous les courtisans sous le nom de St-FIorentin.Toujours de l’avis du maître, il se perpétua au ministèl e, où il prodiguales lettres de cachet, et où il semblait que son principal emploi fut d’an-noncer à ses collègues leur révocation. A la mort de Louis XV il futenfin à son tour congédié, et sa disgrâce aurait eu des conséquences plusfunestes pour lui, s’il n’eût été parent de M. deMaurepas, que Louis XVIplaça à la tète de son ministère. L’hôtel de la Vrilliere appartenait vers1776 au duc de Fitz-James, ami intime de Philippe-Egalité, qui le venditvers la fin de 1787 à la duchesse de l’Iiifantado, dont il avait pris lenom, qui l’occupa jusqu’à la révolution. En 1793 on y établit la fabri-que de salpêtre de la section des Tuileries ; plus tard il devint la pro-priété de H. Hervas , qui l’a vendu en 1812 à M. de Talleyrand dePérigord , petit-fils de la spirituelle princesse des Ursîns, qui dirigeales conseils de Philippe V ; homme d’esprit et de coterie, membre sousl’ancien régime de cette cohorte clergéenne qui exploitait les boudoirset les ruelles , évêque d’Autun et député aux états généraux, où il semontra le plus zélé protecteur de toutes les innovations. Après le 18brumaire, la commission provisoire le nomma ministre des relationsextérieures, poste dans lequel le confirma le premier consul. M. deTalleyrand épousa dans cet hôtel M ,le Grand , avec laquelle il vivaitpubliquement depuis son retour en France, ce qui fit dire alors queVévêque d’Autun avait pris femme. Les témoins de ce mariage furentle prince de Nassau , fameux par sa flottille dans la mer Noire et safaveur auprès de Catherine ; l’amiral Verhuel, le marquis de Saissevalet le comte de Choiseul-Gouffier. — A l’avénement de Napoléon à l’em-pire, M. de Talleyrand fut nommé grand chambellan, et, après la paixde Presbourg, prince de Bénévent. Remplacé au ministère par M. deChampaguy, il reçut pour fiche de consolation la dignité de vice-électeuravec cinq cent mille francs de traitement annuel, qu’il conserva jusqu’àla chute de l’empire, ce qui ne l’empècha pas, dès 1813, de se mettreen rapport avec les Bourbons et de conspirer contre Napoléon. Nomméau conseil de régence pour seconder Marie-Louise, lorsque cette prin-cesse, indigne de l’honneur que lui avait fait en l’épousant le plus grandcapitaine des temps modernes, prit la route de Blois, le prince de Tal-leyrand se fit arrêter à la barrière par un corps de cavalerie autri-chienne , et rentra dans Paris pour travailler en grand à la chute deNapoléon. Il eut assez d’ascendant sur l’esprit de l’empereur Alexandrepour l’engager à venir habiter son hôtel de la rue St-Florentin, où futassemblé le conseil qui décida du retour des Bourbons.
Rue Royale, n° 6, demeurait et est morte, le 14 juillet 1817, àl’âge de cinquante-deux ans, M n,e de Stael-Holstein, qui s’est placéeà la tète des auteurs de son sexe et a pris un rang élevé parmi les écri-vains français. La postérité, déjà commencée pour elle, lui ayant con-firmé ses justes titres à la célébrité, ne serait-il pas juste de placer surla maison où elle rendit le dernier soupir cette simple inscription.
Dans cette maisonest morte Mme de Stael-Holstbin,]e i4 juillet 1877.