VILLE DE PARIS. — PREMIER ARRONDISSEMENT. — N° 4. QUARTIER DES TUILERIES.
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A l’extrémité de la rue St-Honoré et de la rue Royale des Tuileriesétait la porte St-Honoré, construite de 1631 à 1633, lors de l’agran-dissement de l’enceinte de Paris sous Louis XIII. Elle était bâtie enpierres de taille, en forme de pavillon couvert d’ardoises ; c’était la seuledes anciennes portes de Paris qui fût restée sous les règnes de Louis XIVet de Louis XV. On en commença la destruction en 1733.
Rue de Rivolî, entre la rue des Pyramides et la rue Castiglione,était la cour du Manège , qui devait son nom au manège contigu à laterrasse des Feuillants. C’est dans ce manège que l’assemblée constituantetermina sa session, que l’assemblée législative tint la sienne tout entière.C’est dans la salle du manège que Louis XVI et Marie-Antoinette pas-sèrent la journée du 10 août 1792, dans la loge du Logographe , où l’onservit à ce monarque un dîner copieux qu’il mangea avec appétit, ou-bliant en quelque sorte son danger personnel, le sort de sa famille etcelui de ses malheureux serviteurs massacrés quelques heures avant. —L’assemblée législative fut remplacée au manège par la convention na-tionale, qui y siégea jusqu’en avril 1793. C’est dans la salle du manègeque le président Vergniatid prononça, dans cette même journée du 10août aux cris de Vive la nation! Vive la liberté ! Vive Végalité ! lecélèbre décret qui suspendait Louis XVI de la royauté; c’est dans cettesalle que le 21 septembre 1792, jour de l’installation de la convention,Pétion, président de celte assemblée, prononça le décret, rendu à l’una-nimité, qui abolissait la royauté en France, décret qui fut proclamédans toutes les sections de Paris au milieu des applaudissements univer-sels : tous les citoyens à l’envi illuminèrent le devant de leurs maisons,comme à l’occasion d’une grande victoire. C’est encore dans cette salleque fut prononcée, le 17 janvier 1793, la sentence par laquelle la con-vention condamna à mort Louis XVI. La salle du manège, souvent ré-parée, servit encore aux séances du conseil des cinq cents, qui l’occupajusqu’au 21 janvier 1798, époque où il fut s’installer au palais Bourbon.— Après les élections de l’an vn, deux cent cinquante députés dq con-seil des cinq cents organisèrent, dans le but de ramener le gouvernementdans les voies de la liberté, le club du manège, qui s’ouvrit le 18 mes-sidor, et où se réunirent tous les patriotes sincères, au nombre desquelsétaient Lucien Bonaparte, son frère et Salicetti. La salle du manègeétait alors fameuse par ses séances; c’était là que se réchauffaient leséléments de la constitution de 93. Le club du manège ayant été dénoncéau conseil des anciens, le conseil retira l’autorisation de se réunir dansla salle du manège, qui dépendait de l’enceinte où il tenait ses séances,et qui fut fermée le 7 thermidor. Les membres du club du manège al-lèrent s’installer dans l’ancienne église des Jacobins de la rue du Bac,nommée alors le temple de la Paix. Cependant le mauvais vouloir dudirecteur et du conseil des anciens Finit par triompher, et le club dutemple de la Paix fut définitivement fermé le 26 thermidor. — Plusieurslégislateurs habitaient cour du Manège en 1793 et en 1794. Les plusconnus étaient Bernard, Bordas, Borie-Cambort, Couthon, etc., etc.
Le manège des Tuileries était une des trois académies royales établiepar le roi, sous les ordres du grand écuyer de France, pour l’éducationdes gentilshommes. On y apprenait les mathématiques, à monter à cheval,la voltige, la danse, à faire des armes, et divers autres exercices.
Les deux autres manèges étaient rue de l’Université et rue des Ca-nettes. Le prix, du premier était de 3,428 liv.; celui du second de3,406 liv.
La rue Castiglione a été percée sur l’emplacement de l’ancien mo-nastère des Feuillants. Les feuillants étaient autrefois des religieux del’ordre de Cîteaux que Jean de la Barrière, abbé des feuillants dans lediocèse de Rieux, réforma vers 1575. Henri III, étonné de l’éloquencede cet abbé, qu’il avait entendu prêcher en 1583, le décida à venirse fixer à Paris, où il donna ordre de lui faire bâtir un monastère aufaubourg St-Honoré, qui fut achevé en 1587. Jean de la Barrière ar-riva avec soixante-deux religieux de sa réforme, à la tête desquels il fitprocessionnellement son entrée à Paris le 9 juillet. L’Estoille parle ainside l’arrivée de ces religieux : « Venue des feuillants à Paris, espèce demoines aussi inutiles que les autres.« Henri IV accorda à ce monastère lesprivilèges et prérogatives dont jouissaient alors les maisons de fondationroyale. L’église et les bâtiments conventuels furent rebâtis par les libé-
ralités de ce monarque, auxquels on ajouta le produit des dons faits àl’occasion du jubilé en 1601. Le portail qui faisait face à la place Ven-dôme ne fut achevé qu’en 1676 ; il était décoré de quatre colonnes co-rinthiennes isolées, d’un entablement et d’un fronton où l’on voyait unbas-relief représentant Henri III recevant Jean de la Barrière et sescompagnons. —L’église, dont le portail avait été élevé sur les dessinsde François Mansard , était élégante et très-ornée ; le maître autel étaitdécoré de colonnes torses et de plusieurs figures. Autour de celte églisese trouvait quatorze,chapelles. Dans la première, à droite en entrant, setrouvait le mausolée en marbre blanc de Raymond Philippeaux, posé surun piédestal de marbre noir et blanc ; la seconde appartenait à la maisonPelletier ; la troisième à celle de Vendôme; la qualrièmerenfermait lebuste de Guillaume de Monthelon, placé entre deux Vertus ; daus lacinquième était le mausolée du maréchal de Marillac , décapité enplace de Grève le 10 mai 1631 ; vis-à-vis de la chaire était le cénotaphede Henri de Lorraine, comte d’Harcourt; la chapelle suivante renfer-mait un saint Michel, de Simon Vouét, regardé comme le chef-d’œuvrede ce peintre. Entreles sept autres chapelles, faisantlace aux premières,on eu distinguait principalement trois : l’une où l’on voyait un tombeauen marbre blanc en forme d’urne de 4 m. de longueur sur 4 ni. de hau-teur, l’enfermant les restes mortels d’Anne de Rohan, princesse deGuémené ; une autre où se trouvait le tombeau du maréchal d’Uxelles ; etla troisième renfermant le mausolée en marbre noir surmonté de deuxfigures à genoux de Tristan et Charles de Rostaing. — Le cloître avaitété peint par Aubin Youet, qui y avait représenté les traits édifiants dela vie de Jean de la Barrière. Le réfectoire était très-orné ; la pharmacieétait citée pour son élégance. —Le monastère des Feuillants fut sup-primé en 1790. Après la journée du 17 juillet 1791, où la municipalitéde Paris et Lafayette avaient fait au Champ-de-Mars un usage si cruel dela loi martiale, une scission eut lieu dans la société des amis de laconstitution. La partie républicaine de cette société continua de siégerdans le local des Jacobins, dont elle prit le nom. Les membres qui ap-prouvaient la conduite de la municipalité se réunirent dans les bâtimentsdes Feuillants, où ils formèrent le club de ce nom, qui eut un instantune grande influence, et donna son nom au parti constitutionnel toutentier. Mais cette société, dont Lafayette était l’âme, ne tarda pas às’apercevoir qu’elle était débordée par des faux frères, par des royalistesquand même , qui s’étaient glissés dans leurs rangs ; Lafayette et lesvrais amis de la liberté se retirèrent, et peu après le club fut fermé.— C’est dans un appartement de l’ancien couvent des Feuillants queLouis XVI etsa famille couchèrent dans la nuit du 10 au 11 août 1793 ;et c’est de là que le 13 au soir ils furent transférés dans la tour duTemple. — L’enclos du couvent des Feuillants occupait l’espace com-pris entre la rue St-Honoré et la cour du manège qui régnait le longde la terrasse du jardin des Tuileries, qu’on nomme encore terrasse desFeuillants ; à l’est, il était contigu à l’enclos des Capucins. Les Feuillantsont été démolis en 1804, pour le percement des rues de Rivoli et deCastiglione. — Sous la minorité de Louis XV on avait ouvert dansl’enclos des Feuillants un passage qui communiquait aux Tuileries,pour faciliter à ce monarque le moyen de venir à l’office des Feuillants.C’est dans ce passage que demeurait en 1789 J.-F. Marmontel, histo-riographe de France, membre et secrétaire perpétuel de l’Académiefrançaise, mort à Abloville ( Eure ) le 31 décembre 1799, à l’âge desoixante-treize ans.
La rue St-Thonaas-du-Louvre doit son nom à I’église collégialeet paroissiale de St-Thomas-du-Louvre, qui était située au coin de larue du Doyenné, dont il ne reste aujourd’hui qu’une partie en formed’impasse. Elle fut fondée par Robert, comte de Dreux, quatrième filsde Louis le Gros, ainsi que le prouve une bulle du pape Urbain III de1187, où il est dit que Robert de Dreux fonda avec cette église quatreprébendes et un hôpital pour les pauvres écoliers, lequel est devenudepuis i’église St-Nicolas-du-Louvre. En 1733, l’église St-Thomas,dont l’existence datait de près de six siècles, menaçant ruines, ous’occupa de la reconstruire, et les fondations en étaient déjà jetées lorsque,le 15 octobre 1739, le clocher tomba, écrasa la voûte, fit écrouler un desbas côtés du chœur et la salle capitulaire qui était au-dessus, et ensevelit