Buch 
Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
Entstehung
Seite
44
JPEG-Download
 

44 VILLE DE PARIS. PREMIER ARRONDISSEMENT. N° 4. QUARTIER DES TUILERIES.

sous ses ruines six chanoines, dont trois seulement purent être rappelésà la vie. Ce tragique événement fut loccasion delà réunion des chapitresde St-Thomas et de St-Nicolas-du-Louvre en un seul chapitre, sous lenom de St-Louis-du-Louvre. Léglise St-Nicolas fut alors supprimée,et sur lemplacement de léglise St-Thomas on construisit une nouvelleéglise dont le célèbre orfèvre Germain fut larchitecte ; elle fut dédiéeen 1744, la veille de St-Louis, et reçut le nom de St-Lohis-du-Louvre.Parmi les objets darts dont elle était décorée on remarquait daus lachapelle de la Vierge un bas-relief de Lemoine représentant lAnnon-ciation ; et dans la chapelle opposée le mausolée du cardinal de Fleury,que le même artiste avait représenté expirant entre les bras de la Reli-gion. Lorsque lassemblée nationale eût décrété la liberté des cultes,léglise St-Louis-du-Louvre fut occupée par le culte protestant, et lonplaça au-dessus du portail cette inscription prescrite par la loi : Edificeconsacré au culte religieux par une société particulière. Sous lem-pire, léglise St-Louis fut abattue, ainsi que tous les bâtiments quilavoisinaient, pour agrandir la place du Carrousel.

Léglise St-Nicolas-du-Louvre était située de lautre côté de la rueSt-Thomas, vis-à-vis de léglise de ce nom. Elle devait son origine àun hôpital fondé par Robert de Dreux, qui était désigné au xm e sièclesous le nom d "'hôpital des écoliers St-Nicolas-du-Louvre. Cet hôpital,eu plutôt ce collège, était composé en 1350 de deux chapelains et dedix-huit boursiers. Eu 1541 lévêque de Paris supprima le maître etles boursiers, et érigea le collège en un chapitre de chanoines, qui ontété réunis en 1740 à ceux de St-Louis-du-Louvre. Léglise St-Nicolasfut démolie vers 1780.

Il y avait autrefois dans la rue St-Thomas-du-Louvre deux hôtelsfort remarquables : lhôtel de Rambouillet et lhôtel de Longueville.

Lhôtel de Rambouillet occupait autrefois tout lespace comprisdepuis les écuries du roi jusquà la place du Palais-Royal, et sétendaitsur lemplacement on a depuis percé la rue de Chartres jusquàlenclos des Quinze-Vingts. Cet hôtel célèbre, qui a laissé dans lhis-toire de la littérature française de si grands souvenirs, avait porté pri-mitivement les noms à'hôtel dO, de Noirmouticrs, de Pisani ; lemarquis de Rambouillet ayant épousé en 1600 Catherine de Vivonne,fille du marquis de Pisani, il reçut alors le nom d 'hôtel de Rambouillet,sous lequel il est plus particulièrement connu. Jeune et jolie, spirituelleet riche, mariée à lun des premiers gentilshommes du royaume, lamarquise de Rambouillet sut échapper à toutes les séductions qui len-vironnaient. Elle navait pas vingt ans lorsquelle séloigna par principe etpar goût dune cour vicieuse et corrompue. Ne voulant pas cependantrenoncer à la conversation et aux honnêtes plaisirs dune société choisie,elle prit la résolution dattirer près delle une compagnie de ce genre,et ce projet, presque aussitôt mis à exécution que formé, réussit au delàde ses idées. Elle commença dabord par faire reconstruire lhôtel queM. Pisani, son père, lui avait laissé. Sauvai, qui adonné dans ses An-tiquités de Paris la description de cet hôtel, le dépeint comme unegrande maison de briques rehaussée dornements darchitecture enpierre : à lentrée se trouvait une cour, d lon découvrait le jardin,placé à gauche le long des bâtiments, ce qui en rendait laspect très-gai. De on passait dans une basse-cour, se trouvaient toutes lessuperfluités nécessaires à une grande maison. A la grandeur des bâtimentset à lagrément des jardins, M ,nc de Rambouillet sut joindre la richesse etlélégance des ameublements. Voici ce que dit à ce sujet, en parlant de sademeure, M lle de Scudery. « Lordre, la régularité et la propreté sontdans tous ses appartements et dans tous ses meubles. Tout est magnifi-que chez elle, et même en particulier les lampes sont différentes desautres lieux : ses cabinets sont pleins de mille raretés qui font voir lejugement de celle qui les a choisies ; lair est toujours parfumé, dansson palais. Diverses corbeilles magnifiques pleines de fleurs font unprintemps continuel dans sa chambre, et le lieu on la voit est siagréable, quon croit être dans un enchantement lorsquon y est prèsdelle. «Lhôtel de Rambouillet, ce salon des beaux esprits, qui régentala littérature pendant la première moitié du xvii® siècle, fut pendanttout ce temps larbitre du goût, le sanctuaire de la morale et lacadémiedu beau langage. présidait la marquise de Rambouillet et sa fille, la

belle Julie dÀngennes, lobjet des hommages de tout ce quil y avaitalors de plus renommé pour lesprit et lurbanité, et ladmiration detout Paris pour sa conduite pendant la peste de 1632 : jeune, belle,délicate, elle sétait enfermée seule auprès de son frère mourant, etseule elle lavait disputé vaillamment contre la mort, qui malheureuse-ment avait prévalu. Ce fut pour elle que soupira pendant quatorze anscet austère Montausier, dont elle devint lépouse à lâge de trente-huitans ; ce fut en son honneur que fut composée cette guirlande de Julie,bouquet poétique auquel tous les beaux esprits de lépoque, et jusquàson époux lui-même, fournirent des fleurs dont léclat et le parfum ontdisparu depuis longtemps. on vit figurer successivement les car-dinaux de Richelieu et de la Valette, la princesse de Coudé, son filsle grand Coudé, et la duchesse de Longueville, sa fille ; M" ,M de La-fayelte et de Suze, M Iie de Scudery et son frère, le duc de la Rochefou-cauld, Chapelain, Colletet, Gombauld, Malherbe, Bois-Robert,Conrart,labbé Cotin, Pelisson, Voiture, Benserade, Tallement des Itéaux,Ra-can, Ménage, Vaugelas, le savant .Huet, depuis évêque dAvranches,Bossuet, FJéchier, des généraux, des ministres, des magistrats, enfintout ce quil y avait alors dhommes distingués par leur esprit et leursavoir. « on a vu, dit la Bruyère, un cercle de personnes desdeux sexes liées par la conversation et par un commerce desprit ; ilslaissaient au vulgaire lart de parler dune manière intelligible ; unechose dite entre eux peu clairement en entraînait une autre encore plusobscure, sur laquelle en enchérissait par de vraies énigmes, toujours sui-vies par de longs applaudissements. « Le facétieux Scaron, dont le styleoutrait le naturel ; le sévère Boileau et surtout Molière, dans ses Pré-cieuses ridicules et dans ses Femmes savantes, ont stigmatisé lhôtelde Rambouillet, son jargon et ses ridicules. Après avoir joui longtempsdune gloire incontestée, il a vu décliner son autorité sous le règne deLouis XIV ; et le xvm c siècle, qui lavait surnommé les Galères du belesprit , na plus eu pour lui que le sarcasme et le mépris. Lhéritagede lhôtel de Rambouillet fut recueilli parles duchesses de Montausier etdOrléans, et par M" ,e de Maintenon, qui conservèrent les traditions dela conversation spirituelle et polie, traditions qui se maintinrent auxviii* siècle à la petite cour de la duchesse du Maine et dans les salonsde M mes de Tencin et Geoflrin. Lhôtel de Rambouillet perdit dans lasuite jusquà son nom, pour prendre celui d 'hôtel dUzès , parce quildevint la propriété du duc dUzès, dont la mère était fille unique'duduc de Montausier ; plus tard il fut démoli, et il neu reste pas vestigesdepuis longtemps.

Lhôtel de Longueville portait dans lorigine le nom d 'hôtel dA-lençon , et avait été bâti par Nicolas NeulVille de Villeroi, qui le venditen 1568 à Henri de France, duc dAnjou, qui plus tard fut roi sous lenom de Henri III ; cest dans cet hôtel que ce prince reçut les ambassa-deurs que les Polonais lui envoyèrent après son élection. Il le gardajusquen 1573, époque il le donna à Marguerite de France, reinede Navarre, sa sœur. Plus tard cet hôtel porta les noms de Luynes etde Chevreuse , et devint le berceau de la Fronde et le foyer des intriguespolitiques de ce fameux cardinal de Retz, qui eut tant de grandes qua-lités, hors celles dun évêque, dun citoyen et dun honnête homme. Laduchesse de Chevreuse le vendit au duc dEpernon , qui lui donna sonnom ; il devint ensuite la propriété de la maison de Longueville , nomsous lequel il était connu avant la révolution. Il passa ensuite au comtede Soissons, et, par le mariage de sa fille, rentra dans la maison deLuynes et de Chevreuse. Lhôtel de Longueville avait été bâti par lar-cliitecte Métezeau, et orné de plafonds peints par Mignard ; il a étélongtemps occupé par le cardinal Jeanson, et ensuite par le cardinalPolignac, connu par les négociations importantes auxquelles il a été em-ployé. Cette suite de princes et de grands seigneurs semblait promettreà cet hôtel une destinée des plus brillantes. Après avoir servi pendantquelques années dentrepôt pour les voitures de la cour, il a été venduaux fermiers généraux, qui laffectèrent à la ferme générale des tabacs.Lhôtel Longueville a été en grande partie démoli pour agrandir la placedu Carrousel.

Rue de Chartres St-Honoré. Théâtre du Vaudeville. Entreles n os 14 et 16 se trouvait autrefois la salle de bal du Wauxhall