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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE IÎE PARIS. DEUXIEME ARRONDISSEMENT. X* 5. QUARTIER DU PALAIS ROYAL.

diens représentaient ordinairement au théâtre du Marais ; lautre encontenait trois mille environ.

Le cardinal de Richelieu termina ses jours dans ce palais en 1 642.Parti de Lyon malade le jour même de lexécution de Cinq-Mars et dede Thou, il arriva à Paris dans un état dépuisement tel quon dut pré-voir sa fin prochaine. Il alla descendre au Palais-Cardinal, se trou-vait une foule de gens empressés, les uns de voir, les autres dêtre vus.Sur son visage, jauni par la maladie, on aperçut un rayon de joie lors-quil se vit dans sa maison, au milieu de ses parents et de ses amis, quilavait appréhendé de ne plus revoir, et encore maître de cette courses ennemis s'étaient flattés quil ne reparaîtrait plus. Louis XIII, ins-truit du danger qui menaçait le cardinal, lui rendit visite le 2 décembre1642 ; il mourut le 4 décembre, à lâge de cinquante-huit ans, et quel-ques mois après , le 14 mai 1643 , Louis XIII descendit lui-mème autombeau.

Après la mort du cardinal de Richelieu, le Palais-Royal devint lha-bitation ordinaire de la régente, Anne dAutriche ; Louis XIY, alorsâgé de cinq ans , occupa la chambre de Richelieu. Le 5 novembre1645, la régente donna dans ce palais une fête brillante à loccasion dumariage du roi de Pologne, Yladislas VII, avec la fille du duc de Ne-vers. Le 18 janvier 1650, le prince de Coudé, le prince de Conty etle duc de Longueville , qui sétaient rendus au conseil qui se tenait or-dinairement dans la galerie du Palais-Royal, furent arrêtés par ordre dela reine Anne dAutriche, et conduits au donjon de Vincennes, d ilsfurent transférés à Marcoussy et ensuite au Havre.

Le août 1648, Broussel, conseiller de la grande chambre du par-lement , et Blancmesnil, président aux enquêtes, ayant été arrêtés parordre de la reine, le peuple se porta en foule au Palais-Royal, en deman-dant la liberté des deux prisonniers. Le premier président Mole, suivide quelques conseillers, se rendit au Palais-Royal, lon nétait passans inquiétude. La reine, cédant à de pressantes sollicitations, enjoi-gnit aux membres du parlement daviser à ce quil était à propos defaire ; ils sassemblèrent dans la grande galerie , et le résultat de leurdélibération fut la mise en liberté des prisonniers.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1648, la reine quitta furtivement lePalais-Royal et se retira avec le roi à St-Germain, avec lequel elle jugeatoutefois prudent de revenir à Paris.

Dans la nuit du 9 au 10 février 1651, le bruit sétant répandu dansParis que la reiue voulait enlever le roi et le conduire une seconde foisà St-Germain , les rues se remplirent de bourgeois et dartisans quicriaient : Aux armes / Le duc dOrléans envoya de Souches , un de sesfamiliers , supplier la reine de faire cesser le tumulte en renonçant àson dessein. La reine fit passer de Souches chez le roi, quil trouvaplongé dans un profond sommeil. En retournant près du duc dOrléans,de Souches fit ce quil put pour apaiser les Parisiens, qui répondirentquils voulaient voir eux-mêmes le roi ; il y en eut donc qui entrèrentjusque dans le Palais-Royal, criant quon leur montrât le roi. « Lareine, dit M me de Motteville, commanda aussitôt quon ouvrît toutes lesportes et quon les menât dans la chambre du roi. Ravis de cette fran-chise , ils se mirent tous auprès du lit du roi, dont on avait ouvert lesrideaux , et, reprenant alors un esprit damour, lui donnèrent millebénédictions. »

Le roi reviut de St-Germain à Paris après les troubles de la Fronde,le 21 octobre -1652, et, le même jour, abandonna la résidence du Palais-Royal pour aller habiter le Louvre.

En 1652, Henriette de France, veuve de Charles I er , roi dAngle-terre, vint habiter le Palais-Royal ; mais elle y faisait rarement un longséjour, parce quelle passait la plus grande partie de son temps dans lecouvent de Chai Ilot. Au mois de février 1672, Louis XIV constituala propriété du Palais-Royal à son frère, Monsieur, à titre dapanage.Ce palais devint alors le séjour dune cour brillante, dont Henriette-Anne dAngleterre, première femme de Monsieur, faisait le charme etlornement.

Sous le régent, dont les orgies sont connues , les soupers du Palais-Royal devinrent une école de libertinage. Quand lheure de ces soupersavait sonné, le prince et ses acolytes se barricadaient pour ainsi diredans lappartement, et le régent faisait défense de le déranger de toute

. la nuit, quelle que fut la gravité de laffaire ou limminence du danger,i «c Les soupers du régent, clit St-Simon, étaient toujours avec des com-; pagines fort étranges, avec ses maîtresses, quelquefois des filles delO-| péra, souvent avec la duchesse de Berry, quelques dames de moyenne| vertu et quelques gens sans nom, mais brillant par leur esprit et leurdébauche. La chère y était exquise; les galanteries passées et présentesde fa cour et de la ville, les vieux contes, les disputes, rien ni personneny était épargné. On buvait beaucoup et du meilleur vin ; on séchauf-fait , on disait des ordures à gorge déployée, des impiétés à qui mieuxmieux, et quand on avait fait du bruit et quon était bien ivre, on allaitse coucher. »

Le 15 juillet 1720, lIrlandais Law, intimidé par les menaces desporteurs de billets, se réfugia au Palais-Royal, le régent lui donnaun asile. Le peuple se porta dans la cour de ce palais, demandant àgrands cris et avec menaces la mort de limposteur qui avait causé saruine. Le régent garda Law dans son palais pendant tout le mois dedécembre ; puis il le fit conduire secrètement dans une de ses terres,des princes enrichis favorisèrent son évasion en lui fournissant des re-lais jusquà la frontière.

Le 24 août 1773 le duc dOrléans, petit-fils du régent, épousa, duconsentement de Louis XV, M mc deMontesson, dans la chapelle de lhôtelde Cbâtillon, contigu au Palais-Royal, et dont il faisait alors partie. Peuaprès ce mariage, M me de Montesson détermina le duc dOrléans à ne plushabiter le Palais-Royal, et à fixer sa résidence dans une maison qu : ilavait fait bâtir rue de Provence, contiguë à celle quil avait donnée àM'" e de Montesson, et dont lissue était dans laChaussée-dAntin.

En 1778 Franklin v isita le Palais-Royal, et fut reçu du duc dOrléans ;Voltaire y vint aussi dans la même année, quelques jours avant de jouirde son dernier triomphe.

Après la mort de son père, le duc dOrléans Louis-Philippe-Joseph,qui habitait le Palais-Royal depuis 1780, forma le projet dagrandir etdembellir ce palais. La forme désagréable, et l'irrégularité des habita-tions qui bordaient le jardin de trois côtés, fit naître lidée disoler la pro-menade, et de lentourer de portiques surmontés de bâtiments dont ladécoration et lordonnance devaient saccorder avec celles de la grande fa-çade du palais. Les propriétaires des maisons qui environnaient le jardindu Palais-Royal, et qui avaient toutes des vues, des terrasses, des portes,des escaliers, contestèrent au duc dOrléaus le droit de les priver de leursjouissances; ils le citèrent devant le parlement de Paris, qui jugea leprocès contre eux.

Voilà, suivant les on dit du temps, quelle fut lorigine de la construc-tion des galeries du Palais-Royal. Le duc dOrléans, quoique possesseurdune fortune immense, ayant contracté des dettes, des engagementsonéreux le jetèrent dans des spéculations qui faillirent lui enlever laf-fection publique, à laquelle il attachait le plus grand prix. La nécessitéde se créer des ressources nouvelles et daugmenter son revenu lui fitfaire autour du jardin du Palais-Royal des constructions élégantes des-tinées à être louées. Il ouvrit ensuite ce vaste bazar à tout le monde,et on vit bientôt la populace envahir les belles allées que remplissaientnaguère un monde élégant et une société délite. Les maisons voisinesperdirent ainsi une partie de leur valeur, ce qui exaspéra quelques pro-priétaires, dont la colère se trahit par des satires assez piquantes contrele duc, quune caricature du temps représente dans le costume dunchiffonnier ramassant des loques à terre (des locataires). Le duc dOr-léans rit du jeu de mots quil trouva excellent, et nen persista pasmoins dans lexécution de son plan.

Lancien jardiu du Palais-Royal, plus vaste que celui daujourdhui,comprenait, outre le jardiu actuel, tout lemplacement quoccupent lesrues de Valois, de Montpensier et de Beaujolais , et lemplacement desbâtiments qui entourent les trois côtés du jardin quon voit aujourdhui.Son plus bel ornement était une large allée de marronniers plantés parle cardinal de Richelieu, dune grosseur et dune hauteur extraordi-naires, vieux, touffus, toujours peuplée doisifs, de nouvellistes et defilles publiques. Le fils du régent fit replanter ce jardiu sur un dessinnouveau. Deux belles allées, bordées dormes en boules, accompagnaientde chaque côté un grand bassin placé dans une demi-lune ornée de treil-lages et de statues en stuc. Au-dessus de celte demi-lune régnait un