VILLE DE PARIS. — DEUXIEME ARRONDISSEMENT.
X u o. QUARTIER DU PALAIS-RO VAL.
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quinconce de tilleuls offrant de charmants ombrages ; la grande alléesurtout formait un couvert délicieux et impénétrable au solfeil ; toutesles charmilles étaient taillées en portiques. Parmi les beaux marronniersplautés par le cardinal de Richelieu, il en restait un fort remarquablepar l’étendue de son feuillage : on l’avait surnommé Y arbre de Cra-covie, parce que, lors des premières tentatives de la Russie pour subju-guer la Pologne, on prenait à Paris un grand intérêt aux efforts que fai-saient les Polonais pour défendre leurs droits politiques et leur indé-pendance nationale. On se réunissait autour de cet arbre pour entendrela lecture du Courrier de l’Europe et de la Gazette de Lerde, quiétaient les journaux les plus répandus en ce temps-là.
Le jardin du Palais-Roval n’était public que pour les habitués dupalais du duc d'Orléans ; mais on v entrait par les diverses maisonsdonnant sur la rue de Richelieu, et en payant une rétribution aux pro-priétaires de ces maisons, qui n’admettaient que ce que l’on considéraitalors comme l’élite de la société. Ce jardin était principalement fréquentéaprès la sortie de l’Opéra, qui finissait à neuf heures du soir, par la no-blesse, les abbés, les hommes de lettres , les femmes entretenues ou quidésiraient de l’être. Le dimanche l'affluence était surtout considérable.De même que dans tous les palais royaux, il n’était pas permis à la policed’v entrer; mais, comme les bosquets ombragés de ce jardin étaientsouvent le théâtre du libertinage, un piquet des gardes françaises y fai-sait de fréquentes rondes pour réprimer ces excès.
Louis-Pliilippe-Joseph fut arrêté au Palais-Royal, le 4 avril 1797,avec son troisième fils le duc de Beaujolais, âgé seulement de treize anset demi. — Le 20 juillet 1793, les mandataires des créanciers du ducd’Orléans mirent en vente le Palais-Royal, qui fut adjugé pour la sommede huit cent seize mille livres en assignats. Les autres maisons et dépen-dances furent vendues le 22 octobre 1793; Gaillard et Dorfeuil, direc-teurs de la salle de spectacle, furent déclarés adjudicataires pour lasomme d’un million six cent mille francs en assignats, non-seulement duthéâtre dont ils étaient locataires, mais encore de la partie du palais quis'y trouvait adossée.
Lorsque le gouvernement consulaire eut remplacé le directoire, lepremier consul donna le Palais-Royal au tribunal pour en faire le lieude ses séances. On expulsa des appartements du palais les tripots et lesétablissements de corruption qui l’avaient envahi, et l'on construisit lasalle où siégea le tribunal depuis 1801 jusqu’à sa suppression en 1807.Cette salle fut démolie en 1827, pour la continuation des grands appar-tements, après avoir servi pendant treize ans de chapelle au palais. —Après la dissolution du tribimat, le Palais-Royal fut réuni au domaineextraordinaire de la couronne, dont il fit partie jusqu’en 1814. — Labourse et le tribunal de commerce y furent installés ; ils occupaient levestibule à colonnes de l’aile du milieu du rez-de-chaussée, sous la salledu tribunal.
En 1814 le duc d’Orléans fut réintégré dans la propriété du Palais-Royal, à l’exception de toutes les parties de ce palais qui avaient étéaliénées à des particuliers, parmi lesquelles se trouvait la salle de spec-tacle. Le prince racheta le théâtre et ses dépendances pour le prix dede douze cent mille francs, et s’occupa de la'restauration du palais,entièrement achevée aujourd’hui, restauration qui occasionna une dé-pense de plus de douze millions.
Le 31 mai 1830 le duc d’Orléans donna, dans les appartements duPalais-Royal, une grande fête au roi de Naples François r% frère de laduchesse d’Orléans, aujourd’hui reine des Français, qui venait de con-duire sa fille Christine à Madrid, où elle avait épousé Ferdinand VII.Cette tête fut terminée par un grand bal, où assista le roi Charles X, ledauphin son fils, la dauphine et la duchesse de Berry, et où avaient étéinvitées toutes les notabilités, sans distinction d’opinion. Le roi de Naples,un peu fatigué, se retira de bonne heure avec la reine son épouse.Charles X ne tarda pas à le suivre, mais la duchesse de Berry, aprèsavoir assisté à un souper de douze cents couverts, servi dans les grandsappartements de la duchesse d’Orléans, se mêla aux danses, qui ne fini-rent qu’avec le jour. Cette fête fut la plus remarquable qui ait été donnéedepuis 1814; mais l’inquiétude occasionnée par les envahissements con-tinuels du pouvoir fermentait alors sourdement dans tous les esprits;aussi, même au milieu de la fête, quelques personnes semblèrent-elles
préoccupées de sentiments pénibles ; et plusieurs fois on entendit circulerce mot devenu célèbre : « C’est bien un bal napolitain, car nous dansonssur un volcan. •»> Pendant la fête, le peuple rassemblé dans le jardin donnaquelques signes des sentiments dont l’explosion eut lieu deux mois après.
Le 30 juillet 1830 le duc d’Orléans arriva à dix heures du soir auPaIais-Ro\al, où il entra par la maison de la rue St-Honoré n° 216.Le 31 le prince, auquel les députés avaient offert la lieutenance géné-rale du royaume, partit du Palais-Royal, et se rendit au milieu d’unefoule immense à l’hotel de ville ; son retour fut, comme son départ, unemarche triomphale, et, lorsqu’il arriva sous la voûte du grand escalier,il fut enlevé de sou cheval et porté dans ses appartements.
Le Palais-Royal fut pendant dix-huit mois l'hôtel provisoire de laroyauté citoyenne, dont le trône s’apercevait facilement de la cour dupalais que ferme d’uu côté la belle galerie vitrée. Qui ne se rappelle avoirvu, dans les premiers jours d’août 1830, la foule immense des citoyensqui se réunissaient à cinq heures du soir dans cette cour pour y entendrechanter la Marseillaise? Qui n’a pas acheté les pamphlets concernant lanaissance du duc de Bordeaux, que l’ouvendait publiquement à toutesles issues du palais, et que les aboyeurs colportaient en criant : Voilàle bâtard. Qui ‘veut le bâtard? Achetez le bâtard.
La façade de ce palais sur la rue St-Honoré fut bâtie en 1763 par l’archi-tecte Moreau. Elle présente deux pavillons ornés de colonnes doriques etioniques, couronnés de frontons, sculptés par Pajou, dans lesquels lesarmoiries de la maison d’Orléans sont accompagnées, sur celui de lagauche, de la Prudence et de la Libéralité ; sur celui de la droite, de laJustice et de la Force. Ils sont unis par un mur formant terrasse, danslequel sont percées trois portes d’entrée. Les deux ailes des bâtimentsde la première cour sont ornées de pilastres doriques et ioniques. Sonavant-corps est décoré de colonnes des mêmes ordres, supportant unfronton semi-circulaire, dans lequel est un cadran supporté par deuxfigures. Au-dessus de l’attique sont des trophées d’armes soutenus pardeux génies. La façade du palais tournée vers le jardin est beaucoupplus étendue que celle du côté du château d’eau : deux avant-corps s’yprésentent; ils sont ornés chacun de huit colonnes supportant huit sta-tues. À droite et à gauche deux ailes s’avancent en retour d’équerre etjoignent la façade à la galerie du fond en formant ainsi une cour carrée.Ces deux ailes présentent en saillie une terrasse supportée par des co-lonnes doriques de niveau avec le premier étage du château. A l’aplombdes colonnes sont placés des vases de fleurs. Sous la terrasse règne unegalerie où le public circule , et dont le fond est occupé par des bouti-ques : ces ailes se terminent par deux pavillons carrés. La galerie àdroite est décorée par des proues de navire, genre d’ornement qui exis-tait sur la façade de l’aile avant la construction de la terrasse, et quel'on n’a pu reproduire dans la galerie de gauche où tout l’espace a étéemployé en boutiques. Sous l’ancien régime, le rez-de-chaussée de celtegalerie était habité par ie comte de Bissy, membre de l’Académie fran-çaise, dont le salon était journellement fréquenté par les grands seigneursde la cour, qui venaient y apprendre ou y raconter les nouvelles du jour.
Trois corps de bâtiments élevés de quatre étages, percés de cent qua-tre-vingts arcades, donnant le jour à une galerie étroite, environnentrégulièrement trois côtés du jardin. Des pilastres corinthiens s’élèvententre chacune de ces arcades. Une balustrade règne sur tout l’édifice ;elle est ornée de vases à l’aplomb des pilastres. Des grilles pareilles fer-ment sur le jardin chacune de ces arcades; entre elles est un banc depierre. La régularité de cet ordre n’est interrompue extérieurement quepar une rotonde semi-circulaire, affectée à un calé.
La galerie d’Orléans complète l’ordonnance de la seconde cour du pa-lais : son intérieur est un large promenoir couvert d’une toiture vitrée,qui éclaire deux rangs de boutiques placées sur les côtés : l’ordonnancede ces boutiques séparées par des pilastres, leur décoration extérieure,leur grandeur sont pareilles ; chacune d’elles possède une double façade,l’une sur la galerie, l’autre sur la cour ou sur le jardin. Le vestibule quisépare les deux cours est décoré de colonnes doriques. A gauche est unvaste corps de garde ; à droite se trouve le grand escalier, placé dans uneespèce de dôme fort élevé et décoré de peintures.
La galerie d’Orléans remplace ce que l’on appelait autrefois les gale-ries de bois. Le duc d’Orléans, Louis-Philippe-Joseph, s’étant vu con-
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