VILLE DE PARIS. — DEUXIÈME ARRONDISSEMENT. — N° 6. QUARTIER DE LA CHAUSSFÆ-D’ANTXX.
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on abattit le fameux arbre de Cracovie, à l’ombre duquel il avait pen-dant quarante ans fait de la stratégie sur le sable, gagné des batailles etréglé le sort de tous les Etats de l’Europe. Au docteur Metra succéda lespirituel Journiac de St-Méard, connu par son agonie de trente-sixheures pendant les massacres de septembre, et plus connu encore commeprésident de la société des gobes-mouches qu’il avait fondée. St-Méardétait chevalier de St-Louis et capitaine au régiment du roi ; il fit lesbeaux jours du café Valois par la gaieté de son caractère et l’origina-lité de son esprit jusqu’à sa mort, arrivée en 1S27. —Le café Valoiscompta aussi parmi ses habitués un grand nombre d’illustrations : lti-varol, Champcenez, le journaliste Peltier, le comte de Lauraguais, etdes royalistes très-prononcés, tels que MM. d’Aubonne, Barruel-Bau-vert, Beaulieu, Bergasse, l’abbé de la Bintinaye, etc., etc. Après le18 brumaire, le café Valois devint le rendez-vous des émigrés rentrés etdes débris de l’armée de Condé ; le marquis de Chauvron s’y faisait re-marquer par la véhémence et la hardiesse de ses opinions. Sous l’empirele café Valois devint une succursale des frondeurs du faubourg St-Ger-main. Sous la restauration il était le centre des réunions de royalistespurs, qui désertèrent pendant les premiers mois qui suivirent la révolu-tion dé juillet. Dans ces derniers temps il n’était plus fréquenté que parquelques vieilles perruques, qui venaient y méditer les élucubrations dela Gazette de France et de la Quotidienne .
Le Palais-Royal a toujours été et doit rester le centre des mouve-ments politiques populaires : le café de Foy est célèbre par les discoursde Camille Desmoulins ; celui de Chartres par les luttes violentes desdeux cocardes verte et blanche, et ensuite des montagnards et des giron-dins ; le café Montansier par les réunions patriotiques des cent jours etpar les vengeances du retour de Gand; le café Lamblin par l’affluenceconstante, sous la restauration, de la jeunesse libérale et des militairesproscrits ; le café Valois comme le sanctuaire des tètes poudrées de l’an-cien régime. C’est dans le cirque qui existait au milieu du jardin que lafameuse société des amis de la constitution, plus connue depuis sous lenom de jacobins, tint ses premières séances ; c’est de là que partirentles premières étincelles de la révolution de 1830. — Ce cirque, cons-truit en 1787, s’étendait dans un espace équivalant à peu près à lamoitié de la longueur et de la largeur du jardin ; la partie souterraineprésentait une arène éclairée par le haut et séparée par soixante-douzecolonnes d’une galerie qui communiquait à une autre par des portiques.La partie supérieure offrait une terrasse élevée de 7 m. au-dessus dusol, formant, au moyen de soixante-douze autres colonnes, un portiquegarni de treillage. Le cirque du Palais-Royal fut d’abord destiné à desaxercices d’équitation qui n’eurent jamais lieu ; plus tard on y donnades fêtes, des repas, des jeux, des bals, des représentations scéniques,qui augmentèrent encore la foule dont le Palais-Royal se remplissaittous les jours. —Loué d’abord à Rose, restaurateur, au commencementde la révolution, le cirque du Palais-Royal fut loué ensnite à divers en-trepreneurs qui y établirent un restaurant, une maison de jeu et desfilles publiques. C’est en 1790 que le club du cercle social ou des amisde la vérité, dont l’évêque Fauchet était le principal orateur, vint s’yinstaller. Un théâtre y fut établi en 1791 et ne put s’y soutenir que quel-ques mois. L’année suivante, Desaudray y fonda le Lycée , établisse-ment littéraire devenu Y Athénée des arts. En 1793, un théâtre y fut denouveau installé sous le nom de Lycée des arts , et s’y soutint jusqu’en1798, époque où le cirque devint la proie des flammes pendant la nuitdu 25 frimaire an vin.
Rue d’Argenteuil, n° 18, est la maison qu’habitait et où mourutPierre Corneille, en 1684. C’est là où cet homme célèbre a composédes chefs-d’œuvre qui ont fait la fortune de tant de comédiens et de tantde libraires, en laissant à sa famille un nom glorieux pour tout héritage.C’est de cette maison qu’il sortait quelques jours avant sa mort, avec unde ses compatriotes qui nous a conservé ce fait singulier, quand il s’ar-rêta devant l’échoppe d’un savetier de la rue Neuve-St-Roch pour y faireraccommoder sa chaussure. Eu attendant que le conseil municipal deParis fasse élever un monument au père de la tragédie française, nousproposons de placer au-dessus de la principale porte de cette maison,une inscription indiquant la dernière demeure de l’auteur du Cid.
Ici est mort
PIERRE CORNEILLE,Le im octobre i684-
Boulevard Montmartre, n" 10, demeurait et est mort, en 1831,le célèbre compositeur de musique Boieldieu, auquel Rouen, sa villenatale, plus reconnaissante que ne l'est la ville de Paris envers seshommes célèbres, vient d’élever une statue.
Hue du Faubourg-Poissonnière, n" 19, demeurait et est mort,en 1842, Ciiérubiki, savant compositeur de musique, qui a dirigé avectalent pendant dix ans le conservatoire de musique.
Au n“ 4 habitait, en 1831, le fécond auteur dramatique Bazier, l’undes plus joyeux chansonniers du Caveau moderne, mort en 1838.
Rue St-Honoré , au coin de la rue du Marclié-St-Honoré, étaitl’hôtel Jonsac, ci-devant du président Hénault, où se tenait le club del’Entresol, fondé par l’abbé Alary, qui en était le président et qui re-cevait les membres chez lui, à l’entresol de l’hôtel du président Hénault,d’où est venu le nom de club de l’Entresol.
Rue Richelieu , n* 8 , demeurait M 11 " Charlotte Bourette, plusconnue sous le nom de la Muse Limonadière. Elle y tenait un café quiétait le rendez-vous des Français et des étrangers. Le roi de Prusse, Vol-taire, le duc de Gesvres et plusieurs autres grands personnages lui firentdes cadeaux en témoignage de leur admiration, et Dorât lui paya large-ment en monnaie de poète son tribut d’admiration.
N° 6- QUARTIER DE LA CHAUSSÉE-D’ANTIN.
Ci-devant section du Mont-Blanc, et ensuite section Grange-Batelière.
Les limites de ce quartier sont : la rue de la .Chaussée-d’Antin n°*pairs, la rue de Clichy n°' pairs, le mur d’enceinte à partir de la bar-rière de Clichy à la barrière des Martyrs , la rue des Martyrs n“ im-pairs, la rue du Faubourg Montmartre n“ impairs, le boulevard Mont-martre n“ pairs , le boulevard des Italiens n“ pairs. — Superficie :930,000 m. carrés, équivalant à 0,028 de la superficie totale de Paris.
On remarque principalement dans ce quartier :
L’église Notre-Dame de Lorette , située rue du Faubourg Mont-martre , entre les n°* 64 et 66. L’ancienne église de Notre-Dame deLorette, qui avait remplacé, en 1646, la chapelle des Porcherons, étantdevenue trop petite pour recevoir la population toujours croissante desquartiers des faubourgs Poissonnière et Montmartre, la constructiond’une nouvelle église fut mise au concours. Dix artistes distingués pré-sentèrent des projets, parmi lesquels celui deM. Hippolyte le Bas futadopté , le 23 avril 1S23. La première pierre de la nouvelle église futposée le 23 août 1823 ; les travaux ont été achevés en 1836, et l’égliseconsacrée le 13 décembre de cette même année par l’archevêque de Paris.
La nouvelle église de Notre-Dame de Lorette peut contenir trois millepersonnes, et a coûté 2,030,000 fr. Elle a dans sa plus grande longueur70 m. sur 33 m. de large, et 19 m. dans sa plus grande hauteur, prisede la coupole. Quatre rangs de chacun huit colonnes d’ordre corinthienséparent la nef des bas côtés. Le portail est formé de quatre colonnesd’ordre ionique , surmonté d’un fronton et couronné par trois statuesreprésentant la Foi, l’Espérance et la Charité , par Foyalier, Laitié etLemaire ; le fronton est décoré d’un bas-relief en ronde-bosse représen-tant un hommage à la Vierge, par Lebœuf-Nanteuil.
L’église Notre-Dame de Lorette est sans contredit la mieux décoréede toutes celles de la capitale. On y voit un grand nombre de tableauxexécutés par MM. Blondel, Caminade, Decaisne, Champmp.rtm, E. De-veria, Drolling, Etex, Hesse, A. Joliannot, Langlois, Monvoisin, Picot,Schnetz, Vinchon, etc., etc., .et plusieurs belles sculptures dues au ta-