VILLE DE PARIS.
DEUXIÈME ARRONDISSEMENT. — N* 6. QUARTIER DE LA CHAUSSEE-D’ANTIN.
51
Julie Careau, sa première épouse, lui donnait une existence brillante. 1Leur table et leur salon réunissaient une société nombreuse. Des gensde lettres, des artistes, des membres célèbres des assemblées législativesse plaisaient à s’y rencontrer. Laharpe , Chamfort, Pougeus, Murville.de Vigny, Aubert de Vitry, M““ Desgarcins et Simon, Riouffe, Lan-glès l’orientaliste, du Chosal, Allard, etc., etc., étaient les habitués dulogis. Célèbre par son esprit, ses talents et ses grâces, Julie en faisaitles honneurs ; on s’empressait autour d’elle, on captait son suffrage ;son amabilité ingénieuse était un aimant et un aiguillon pour tous cesesprits.
Au n° 36 habitait et est mort en 1821 Font ânes, grand maître del’université sous l’empire.
Le général Foy habitait et mourut dans cette rue, au coin de la rue dela Victoire, le 28 novembre 1825. Les funérailles de cet honorable dé-puté eurent lieu le 30novembre; plus de cent mille personnes assis-tèrent à son convoi.
Rue de Provence, n° 40, sur l’emplacement où a été bâtie la Citéd’Antin, était l’hôtel de M me de Montesson, femme aimable, spirituelleet bienfaisant e, que le duc d’Orléans, aïeul du roi Louis-Philippe, avaitépousée secrètement le 24 août 1773. -—- Il y avait dans cet hôtel unthéâtre, dont l’ouverture eut lieu en 1763, où l’on donna de brillantesreprésentations jusqu’en 4785, époque de la mort du prince. M me deMontesson mourut aussi dans cet hôtel en 1806, mais déjà sa maisonavait changé de face et de ton sous ses deux propriétaires successifs, lefournisseur Ouvrard et le banquier Michel. En 1810 l’hôtel Montessonétait occupé par l’ambassade d’Autriche. Le 1 er juillet 1810 le princede Schwartzemberg y donna une grande fêle à l’occasion du mariage deNapoléon et de Marie-Louise. Le rez-de-chaussée de l’hôtel ne se trou-vant pas assez vaste, l’architecte du prince avait fait construire dans lejardin une grande salle de bal en Lois, à laquelle on arrivait à la suitedes appartements par une galerie également en bois. Les plafonds decette galerie étaient figurés en papier vernis et parfaitement décorés depeintures et d’ornements ; les planchers, élevés au niveau des apparte-ments, étaient supportés par des charpentes. Un lustre énorme était sus-pendu au milieu de la salle de bal ; les deux côtés des galeries et toutle pourtour dt^la salle étaient éclairés par des demi-lustres appliquéscontre les murailles. — La fête commença par des danses exécutées dansle jardin par les premiers artistes de l’Opéra, au milieu d’une superbeillumination. On se rendit ensuite dans la salle de bal, où l’on dan-sait depuis une heure environ, lorsqu’un courant d’air, agitant un desrideaux placés aux croisées de la galerie en bois, le poussa contre lesbougies : ces rideaux s’enflammèrent, le feu se communiqua instanta-nément au plafond de papier vernis, et en moins de trois minutes l’in-cendie gagna les plafonds de la salle et toutes les décorations dont elleétait ornée. Cette frôle construction devint immédiatement la proie desllammes. Aidé du prince de Schwartzemberg, l’empereur parvint à sauverl’i mpératrice et la famille impériale. A peine quelques personnes étaient-elles parvenues à se sauver, que le grand lustre tomba avec fracas ; descris de douleur et d’effroi se mêlèrent à cette scène d’horreur. La foule,qui se pressait et s’étouffait elle-même par ses propres efforts, ren-dait la sortie plus difficile encore ; le parquet de cette salle ne put y ré-sister; il s’entr’ouvrit et des victimes sans nombre y furent écrasées etdévorées par le feu qui les enveloppait de toutes parts. La présence deNapoléon, ses ordres, les secours qu’il fit donner à ceux qui survécurenta de graves blessures, contribuèrent beaucoup à sauver quelques vic-times. Le nombre des personnes qui périrent fut considérable, la prin-cesse de Schwartzemberg, épouse du frère de l’ambassadeur, fut de cenombre. Elle était parvenue à sortir de la salle ; mais inquiète sur le sortd’un de scs enfants, elle y rentra et fut étouffée en essayant de s’échap-per par une porte qui communiquait à rhô tel.
Au n° 6 demeurait et est mort, le 24 juin 1841, Garnier Pagès,membre de la chambre des députés, où il se dévoua à la défense desdroits du peuple. Son convoi funèbre fut accompagné par plus desoixante mille personnes de tous les rangs, de toutes les opinions, detoutes les classes, parmi lesquelles dominaient toutefois, en grande ma-
jorité, des ouvriers et des hommes du peuple, reconnaissants envers lamémoire de celui qui l’avait si bien servi, et qui pendant tonte sa car-rière législative s’était efforcé de faire prévaloir le principe de la sou-veraineté nationale.
Au n° 14 demeurait Hoffmann, spirituel critique, rédacteur du Jour-nal des débats , homme à paradoxes, qui faisait de longs voyages à pied,et qui avait la conscience de rédiger les articles auxquels il mettait sonnom.
C’est sur le toit de cette maison que l’intrépide aéronaute, M** Blan-chard, fut précipitée et perdit la vie, lors de sa soixante-septième ascen-sion, un soir du 6 juillet 1819.
Le boulevard des Italiens , dont la partie méridionale s’étend de-puis la rue Grange-Batelière jusqu’à la rue de laChaussée-d’Antin, avaitreçu le nom de boulevard de Coblentz , qu’avait osé lui donner pen-dant la révolution l’opposition royaliste, par allusion au nom de laville où se réunissaient les émigrés qui portaient les armes contre leurpatrie. Après 1815 les légitimistes donnèrent à ce boulevard le nom deboulevard de Gand, qui perpétuera le souvenir de la fuite des Bourbonsaprès le 20 mars.
Rue Laffitte, n" 19, est l’hôtel du comte de Laborde, banquier deJoseph II, un de ces hommes rares qui sont parvenus à une grande for-tune par les voies les plus irréprochables, dont la probité et la bonnerenommée augmentent à proportion de leurs richesses, et qui cepen-dant ne put trouver grâce devant l’inexorable tribunal révolutionnaire.Transformé en un hôtel garni après la révolution, l’hôlel Laborde futacheté en 1822 par M. Jacques Laffitte, et fut en 1830 l’un des foyersde la révolution de juillet. C’est là que se réunirent dès le 26 juillet lesdéputés présents à Paris, pour y aviser au parti qu’il convenait de pren-dre dans les circonstances graves où l’on se trouvait.
L’hôtel Laffitte, où la révolution s’est accomplie, a été sur le pointd’être vendu par suite de cette même révolution , le propriétaire n’é-tant pas assez riche pour le garder. Mais le pays, voulant offrir àM. Laffitte un témoignage d’estime, a racheté cet hôtel et le lui a rendu.Pendant plusieurs années on a vu sur la façade de l’hôtel uue inscrip-tion portant ces mots en lettres d’or :
A JACQUES LAFFITTE,SOUSCRIPTION' NATIONALE.29 JUILLET 1830.
Aujourd’hui le marbre que portait cette inscription est placé dans lacour de l’hôtel.
Au n” 13 est l’hôtel du baron de la finance Rothschild, qui prête àtout l’univers, commande bourse en main aux rois et aux peuples, etpourrait payer Jérusalem comptant. C’était autrefois l’hôtel du trésorierdes états de Bourgogne St-Julien.
Au n” 1 est une maison moderne toute ciselée, toute dorée du hauten bas, dite la Maison-d’Or, dont le premier étage est occupé par un desplus élégants cercles de Paris. Cette maison a été construite sur l’em-placement du café Hardy, premier lieu de réunion des agioteurs, et lepremier café où l’on ait donné des déjeuners à la fourchette.
Au n* 3 est l’hôtel Stainville, où Cerutti, dont la rue Laffitte alongtemps porté le nom, avait établi le bureau de la Feuille 'villageoise,qu’il rédigeait au commencement de la révolution avec. Talleyrand etMirabeau. — C’est aussi dans cet hôtel que demeurait M"‘' 'Pallies,dont le cercle était fréquenté par des hommes d’esprit et par les fem-mes les plus à la mode. De même que le cercle de M"' c Staël, il avaituu caractère politique, et il n’était pas rare d’y voir nou-seulement leschefs du directoire, mais on y trouvait aussi fréquemment les ambas-sadeurs des puissances amies de la république.
la partie de la rue Laffitte qui de la rue de Provence a été prolongéejusqu’à la rue des 'Victoires était occupée naguère par I’hôtei. Thé-
S