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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS.

DEUXIÈME ARRONDISSEMENT. N° 6. QUARTIER DE LA CHACSSÈE-DANTIN.

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lüsson, qui souvrait sur la rue Laffitte par une arcade hémisphéri-que à travers laquelle on apercevait un charmant jardin ; au fond étaitun temple en forme de rotonde orné dune élégante colonnade, et élevésur une base de rochers groupés avec art et entremêlés darbrisseaux,de fleurs rares et de fontaines jaillissantes. En tout temps ce magni-que hôtel fut cité dans le grand monde parisien pour léclat de ses fêtes.M* Thélusson y réunissait une brillante société, composée de tout ceque Paris comptait de personnages remarquables. Lhôtel Thélussonfut un des premiers lon commença à donner des bals publics aprèsla terreur : on le nommait dans lorigine le bal Thélusson, nom quilchangea peu après pour celui de bal des Victimes , parce quon nepouvait y être admis quen faisant preuve quun père, un frère, unoncle, une mère, une sœur ou une tante avaient été victimes de la ré-volution. En 1796 les particuliers qui craignaient de montrer duluxe en recevant habituellement se bornaient à aller beaucoup dansdes réunions dabonnés se trouvait alors la meilleure compagnie.Ou nimagine guère aujourdhui que les femmes élégantes allaient dan-ser au bal Thélusson et au bal Richelieu avaient aussi lieu de sem-blables réunions ; et le plus curieux de tout, cela, cest que toutes lescastes sy trouvaient confondues et sentendaient fort bien ensemblepour rire et sauter. Sous lempire lhôtel Thélusson fut habité parMurat. Plus tard Napoléon le donna à lempereur Alexandre pour lalégation de la Russie. Dans les dernières années de la restauration,Berchut, ex-tailleur du Palais-Royal, acheta lhôtel Thélusson et ledémolit, ce qui causa une véritable douleur et une indignation généraledans le quartier : la rue Laffitte a été prolongée sur son emplacement.

Rue St-Lazare, n u 76, habitait en 1829 M. Cottu, auquel on estparvenu à faire un nom européen eu le rendant parfaitement ridicule.

Rue de la Victoire, n° 21, M. Gromaire, ancien machiniste delOpéra, a bâti une assez jolie salle de spectacle, dans laquelle des ama-teurs donnent quelquefois des représentations. Dans cette maisondemeurait et est mort en 1806 le célèbre botaniste Michkt, Adanson.

Au n 6 demeurait en 1843 le journaliste Charles Maurice, qui pen-dant vingt-cinq ans, armé dune plume comme dun stylet, a audacieu-sement demandé à toutes les renommées de théâtre la bourse ou la vie.

Lhôtel n° 34 fut bâti par M ,,# Dervieux, actrice de lOpéra, quilhabita jusquaux premières années de la révolution. Cet hôtel fut en-suite possédé par le banquier belge Vilain XIV, qui le vendit à LouisBonaparte, grand connétable de lempire ; dans la suite, la légation desEtats-Unis de lAmérique septentrionale y fut établie.

Au n u 36 était le théâtre des Troubadours, des Victoires nationales,puis théâtre Olympique, qui a été remplacé par une maison de bains. Les Italiens qui vinrent se fixer à Paris sous le consulat jouèrentdabord sur le petit théâtre de la salle Olympique, qui nétait pas beau-coup plus grand quune salle de spectacle de société. Ce spectacle réunitdès son début la meilleure société de Paris ; les loges découvertes entrede hautes colonnes exigeaient une toilette tout à fait parée, et cetteobligation, qui ne déplaisait pas aux jeunes et jolies femmes des géné-raux et des principaux administrateurs de la république, faisait ressem-bler les loges à un brillant parterre de fleurs habilement groupées etartistement nuancées de couleurs.

Au n u 52, à lextrémité dune espèce de longue avenue, sélève aumilieu dun jardin paysager un joli hôtel construit par Ledoux pour lemarquis de Condorcet. En 1791, cet hôtel était la propriété de JulieCarreau lorsqu elle épousa Talma, qui y réunissait les artistes et leshommes politiques dont il partageait les opinions; ce fut pendant quel-que temps le rendez-vous favori des girondins.

A son retour de larmée dItalie, le général Bonaparte acheta cethôtel de Talma pour le prix de cent quatre-vingt mille francs, et cest de quil partit pour frapper le coup dEtat du 18 brumaire. Dès le matin,il avait réuni dans son hôtel tout ce quil y avait à Paris de générauxet dofficiers, quil avait fait prévenir de se rendre chez lui à la mêmeheure ; Lannes, Murat, Berthier, Macdonald, Beurnonville, Leclerc,

Marbot, Moreau y arrivèrent les premiers et furent suivis de beaucoupdautres. Les salons du petit hôtel de la rue Chantereine étant trop petitspour recevoir autant de monde, Bonaparte fit ouvrir les portes, savançasur le perron et harangua les officiers. Il leur dit que la France était endanger, et quil comptait sur eux pour la sauver Le député Cornudetlui présenta le décret du conseil des anciens qui transférait les conseilsà St-Cîoud, les y convoquait pour le 18 à midi, et nommait Bonapartegénéral en chef de toutes les troupes de la 17 e division militaire. Bona-parte se saisit de ce décret, le lut, et demanda aux généraux sil pouvaitcompter sur eux ; tous répondirent quils étaient prêts à le seconder.Aussitôt Bonaparte monte à cheval et part escorté de tous les générauxde la république pour aller jouer sa tête contre le pouvoir souverain.

Lorsque le général Bonaparte quitta son hôtel de la rue de la Victoirepour aller sétablir au Petit-Luxembourg, il en fit cadeau au généralLefèvre Desnouettes, dont la veuve le possède encore aujourdhui.Quelque mois après la mort de Napoléon, lhôtel, qui maintenant portele nom dhôtel de la Victoire, fut habité par le général Bertrand lorsde son retour à Paris. Il est occupé aujourdhui par M. Jacques Coste,ancien fondateur du journal le Temps.

Rue Grange-Batelière, n°6, estlHOTELDAuGNY (naguère IhotelAguado), fut donné le premier bal des Victimes, et cité sous lempirepar ses réceptions splendides. Cétait quétait le salon des étrangers,maison de jeu qui ressortissait de l'administration générale des jeux, etqui lui était imposée par le cahier des charges, dans le but dattirer lordes étrangers et dexercer sur leurs actions un moyen de surveillance.Cest à ce cercle que se réunissaient les membres du corps diplomatiqueet tous les étrangers de haut parage;, chaque soir, on était sûr derencontrer, lors du mariage de lempereur, tous les princes souverainsvenus à Paris pour assister à ce mariage. Les Français qui y étaientadmis appartenaient en grande partie à lancienne noblesse, ou à laclasse des fournisseurs enrichis ; sous la restauration on y rencontraitchaque soir les sommités inscrites dans Y Almanach royal . On nétaitadmis au salon des étrangers quaprès des formalités rigoureuses. Lescommissaires étaient très-sévères sur le costume ; nul ne pouvait y en-trer en bottes ni en redingote. Le premier commissaire fut le marquisdeLivry, qui, par sa position sociale, les agréments de son esprit et lelaisser aller de sa conduite, contribua beaucoup à la vogue de cet établis-sement ; après le couronnement, un Belge, le marquis de Rueil, luisuccéda ; le dernier commissaire fut le marquis de Cussy. Chaque se-maine il y avait deux ou trois dîners renommés entre tous par leursomptuosité et leur délicatesse ; les membres du cercle y étaient invitéspar le commissaire, et il ne serait jamais venu à la pensée daucundentre eux de sy présenter sans cette invitation. Dans lorigine, ondonnait dans ce salon des bals masqués ; mais, sur la fin du consulat, unedame dhonneur de M mc Bonaparte avant fait une perte considérable quientraîna son expulsion des Tuileries, le premier consul les interdit et ilnen fut plus donné sous son règne.Les plus fameux restaurateurs onttoujours été chargés du service de la table du salon des étrangers, tablequi ne connaissait pas de rivale ; ce fut dabord Robert, et ensuite Loin-tier, qui tenait en dehors du cercle un restaurant renommé, se tinrentplusieurs réunions politiques; cest quaprès les élections de 1827toutes les diverses nuances de loposition purent se réunir et se concerter,et par un accord unanime la réunion Lointier porta à la présidence de lachambre M. Royer-Collard, 3-ésoIution qui amena la chute du ministèreVillèle; cest que furent arrêtées toutes les mesures qui, sans que laplupart des membres sen doutassent, amenèrent la révolution de juillet.La réunion Lointier, pour éviter toute jalousie, navait point de prési-dent; les débats étaient dirigés par des commissaires, qui étaient le gé-néral comte de Thiard, le comte de Bondy, M. Clément, du Doubs, etM. Duvergier de Hauranne, père du député actuel. Cest chez Loin-tier que les membres du parti républicain, parmi lesquels on remar-quait MM. Guinard, Cavaignac, Bastide, Trélat, Degoussée, Chevalier,etc., se réunirent en 1830 , après les journées de juillet. On sait que,lorsquil sagit de déférer au duc dOrléans la suprême puissance, laréunion Lointier, ne pouvant intervenir de son plein droit dans la déli-bération des pouvoirs, envoya à lhôtel de ville une députation de qua-