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VILLE DE PARIS. — DEUXIÈME ARRONDISSEMENT.
N* 8. QUARTIER DU FAUBOURG MONTMARTRE.
Au n" 9 habitait en 1811 le célébré acteur de l’Opéra-Comique
i J.ir.v.ur.
Rue St-Bfarc-Feydeau, n" 10, était I’hotel de Moxtmokekcy-Luxehboubg, bâti en 17U4, sur les dessins de l’Assurance, dont les. superbes jardins s’étendaient jusqu’aux boulevards. Cet hôtel a étédémoli il y a quelques années , lors de la prolongation de la rue Vi-vienne et du percement d’une nouvelle galerie du passage des Pano-ramas.
Rue Chabannais demeurait en 1793 Chameort. Dénoncé au co-mité de salut public , incarcéré et quelque temps après rendu à laliberté, le séjour de la prison lui avait été si pénible, qu’il jura dene jamais tomber vivant au pouvoir de ses persécuteurs. Il tint parole :au moment où on vint pour l’arrêter une seconde fois, il passe dans soncabinet, se tire sur le front un coup de pistolet , se fracasse le nez ets’enfonce l’œil droit. Etonné de vivre, il essaye de se couper la gorge ;on entre, et on le trouve baigné dans sou sang. Tandis qu’on préparel’appareil nécessaire à ses blessures, il dicte aux officiers civils la décla-ration suivante : « Moi, Sébastien-Rocli-Nicolas G’hamfort, déclareavoir voulu mourir en homme libre plutôt que d’être conduit en esclavedans une maison d’arrêt ; déclare que si par violence on s’obstinait àm’y traîner dans l’état où je suis, il me reste assez de force pour acheverce que j’ai commencé. Je suis homme libre ; jamais on ne me fera ren-trer vivant dans une prison. » Après avoir souffert longtemps les dou-leurs les plus cruelles , Chamfort expira le 23 avril 1794.
Rue Notre-Dame-des-Victoires, vis-à-vis une porte du couventdes Pelits-Pères, demeurait, en 1768, le sieur Roi de Chaumont, quidirigeait avec Perruchot le bureau général du monopole des grains,connu sous le nom de pacte de famine, dont la caisse et les bureauxétaient rue de la Jussienne.
Le passage Feydeau, aujourd’hui détruit, communiquait de larue des Filles-St-Thomas, entre les n" s 10 et 12, à la rue Feydeau, n° 19,et à la rue des Colonnes, n° 8. « C’était, dit Brazier, un passagetriste, noir, enfumé, oit jamais un rayon de soleil ne pénétrait ; lesmarchands étaient obligés d’allumer leurs quinquets à midi en hiver, età cinq heures du soir en été. Deux établissements publics y ont jouid’une certaine célébrité : le café Cliéron et le restaurant de la mèreCamus. Le café Cliéron était à l’Opéra-Comique ce que le café Procopeavait été autrefois à la Comédie française ; c’était là que se réunissaientun grand nombre d’hommes de lettres : Moreau, Gosse , Evariste Du-moulin et le chantre de Joconde, Nicolo Isoard. Un savant très-regret-table, Cadet Gassicourt, homme gai, spirituel, était aussi l’un des fer-vents du café Cliéron. Le restaurant de la mère Camus était le rendez-vous des commis marchands, des bons boutiquiers ; les employés sur-tout y affluaient. La carte était abondante, variée, l’iiôtesse prévenante,gracieuse, le maître franc et rond , chaud partisan du vaudeville et desvaudevillistes. — A l’exception de ces deux spécialités, le passage Fey-deau avait la même physionomie que beaucoup d’autres ; on y trouvaitdeux boutiques de libraires, Marchand et Dentu ; des marchands d’es-tampes , un débit de tabac, un mercier, des modistes , un magasin debriquets phosphoriques , une bouquetière , un marchand de marrons,enfin un estaminet au premier qui occupait presque toute la longueurdu passage. » Le passage Feydeau a été supprimé en 1830, lors de ladémolition du théâtre Feydeau.
Rue de Louvois, n” 6, était le théâtre Louvois, construit eu 1791sur les dessins de Brongniart, et ouvert sous le nom de théâtre desAmis de la patrie le 1" juillet 1793, par la première représentationdes Trois Garçons et de la Fille mal gardée. On y jouait la comédie etl’opéra. Plus tard M"° Raucourt en eut pendant quelque temps la direc-tion. Occupée ensuite par les Troubadours, puis par les danseurs Ravelet Forioso, la salle fut restaurée sur les dessins de Peyre et Clément, etrouverte, sous la direction de Picard, le 17 floréal an ix (7 mai 1801),par un prologue intitulé : la Petite Maison de Thalie. Ce spirituel au-teur des Marionnettes et de la Petite Ville exploita ce théâtre jusqu’en1808 ; c’est là qu’il donna ses plus jolies pièces. Depuis, le théâtre ita-lien y fut établi. Il servit ensuite de magasin à l’Académie royale de
musique , qui y communiquait par un pont en fer jeté au-dessus de larue de Louvois. Après l’assassinat du duc de Berry en 1820, l’Acadé-mie royale de musique s’y installa pendant que l’on construisait la sallequ’elle occupe aujourd’hui. Ce théâtre a été transformé depuis eu mai-son particulière.
La place Louvois doit son nom à l’ancien hôtel Louvois, sur l’em-placement duquel M llc Montansier fit construire, en 1792, une vastesalle de spectacle qui reçut le nom de théâtre national, dont l’ouvertureeut lieu le 17 août 1793, jour de l’exécution du général Custines, parla Constitution à Constantinople, pièce à laquelle succédèrent à pend’intervalle les pièces révolutionnaires intitulées : les Prêtres et lesFois, les Tu et les Toi, la Mort de Marat, les Montagnards, etc., etc.La Montansier ayant été dépossédée de cette salle, le 19 août 1794, parle comité de salut public, l’Opéra fut installé à la salle de la rue Ri-chelieu, sous le nom de théâtre des Arts, le 28 juillet 1794.— Le 13 fé-vrier 1820, le duc de Berry ayant été assassiné par Louvel à la sortie del’Opéra, la salle de la rue Richelieu fut fermée et peu après démolie.Sur son emplacement on construisit un monument funéraire en l’hon-neur du duc de Berry, qui était sur le point d’être terminé lors de larévolution de 1830. Quelques aimées après ce monument fut démoli ; laplace a été déblayée en 1835, plantée de deux rangs d’arbres, et onéleva au centre, sur les dessins de Yisconti, une des plus gracieuses fon-taines de Paris.
S“ 8. QUARTIER DU FAUBOURG MONTMARTRE.
Ci-devant section du Faubourg Montmartre.
Les limites de ce quartier sont : le boulevard Poissonnière n“ pairs,la rue du Faubourg Montmartre n“* pairs, le mur d’enceinte de Paris dela barrière des Martyrs à la barrière Poissonnière, la rue du FaubourgPoissonnière n' ,s impairs. —Superficie 780,000 m. carrés, équivalantà 0,024 de la superficie totale de Paris.
On remarque principalement dans ce quartier :
Le Conservatoire de musique, situéFaubourgPoissonnière, n” il.L’intendance de la couronne fit, en 1783 , l’acquisition des bâtimentset dépendances de l’hôtel des Menus-Plaisirs. Destinés au service del’Opéra, ces bâtiments contenaient les magasins des machines , des dé-corations, et un théâtre oii se faisaient les répétitions des pièces qui de-vaient être jouées sur celui de l’Opéra.
Gossec et Gavignies, qui dirigeaient alors le concert spirituel, propo-sèrent au baron de Breteuil d’y établir une école de chant. Cette école ,fondée en 1784, par lettre patente du 3 janvier , fut effectivement ou-verte en avril de la même année, sous la direction de Gossec ; on y en-seignait déjà le chant, la musique instrumentale et la danse, lorsqu’en1786 le duc de Duras obtint la formation d’une école spéciale de décla-mation pour le Théâtre-Français. Molé, Dugazon et Fleury en furent lesprofesseurs ; c’est à cette époque que s’est développé le talent de Talma.
Au commencement de la révolution, cette institution était connuesous le nom de Musique du dépôt des gardes françaises. Un homme quin’était point musicien eut l’art d’empêcher la dispersion des maîtres etdes élèves, et assez d’esprit pour faire entendre à ceux qui gouvernaient,que cette école pouvait être utile pour la musique des armées et desfêtes de la république. Lorsque toutes les institutions anciennes étaientabattues, celle-ci résista à tous les orages , et son guide , profitant detoutes les occasions favorables à son développement, sut l’environnerde tous les appuis, de tous les germes de prospérité qui, au milieu de laguerre et au commencement de sou existence, l’ont placée au rang desmeilleurs conservatoires de l’Italie.
La façade du Conservatoire de musique est décorée de quatre figuresallégoriques, représentant l’Opéra , l’Opéra-Comique, la Tragédie et laComédie. Les deux premières, qui ornent la partie supérieure de la laçade,sont appuyées de chaque côté sur un cadran circulaire destiné à recevoirune horloge à sonnerie, et dont les heures seront éclairées pendant lanuit ; la Tragédie et la Comédie couronnent les colonnes qui encadrentla porte principale.