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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. DEUXIEME ARRONDISSEMENT. N 7. QUARTIER FEYDEAU.

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avec le général Bonaparte, et à la quelle on donna en cette occasion lesurnom de Notre-Dame des Victoires.

A côté du pavillon de Hanovre sont les Bains-Chinois, connus danslorigine sous le nom de Bains-Orientaux. Une construction bizarre, unemplacement heureux, un service bien entendu, et par-dessus tout celale mérite de la nouveauté, procurèrent à cet établissement une voguequil a perdue et reconquise plusieurs fois.

Cest à lentrée de la rue dÀntin, du côté de la rue Neuve des Petits-Champs, queut lieu le fameux duel de Beaufort et de Nemours, le30 juillet 1652, vers 7 heures du soir. Le duc de Beaufort avait pourseconds Buri, de Ris, Brillet et Héricourt; le marquis de Villars, pèredu maréchal, le chevalier de la Chaise, Compon et de Serche accompa-gnaient le duc de Nemours, qui tira le premier comme offensé, et voulutfondre ensuite à lépée sur son adversaire, qui le tua roide de trois ballesdans la poitrine. Deux des tenants furent tués, et la plupart des autresblessés plus ou moins dangereusement.

Boulevard des Italiens demeurait et est morte en 1802 la célèbreSophie Arnould, actrice de lOpéra, elle tint pendant vingt ans avecle plus grand succès les premiers emplois. Cest toutefois moins commeactrice quelle sest rendue célèbre, que par son esprit et ses aventuresgalantes. (Voyez rue de Béthiiy.)

Cest sur le boulevard et près du Théâtre-Italien, dans un café tenupar un nommé Chrétien, juré au tribunal révolutionnaire, que se ras-semblaient une compagnie de coupe-jarrets, désignés sous le nom detappe-durs , qui, armés de bâtons noueux de la grosseur du bras, aux-quels ils donnaient par dérision le nom de constitution de lan ni, par-couraient le Palais-Royal et les promenades publiques-, insultant etvexant les passants, qui nosaient résister à ces terribles janissaires ducomité de sûreté générale.

Rue Richelieu, n us 110 et 112, et boulevard Montmartre,

n« 21 et 23, était autrefois Ihôtel Lecoulteux, demeurait en 1793lillustre Lavoisier, transformé en jardin public sous le nom de Frascati.Cet établissement, qui pendant un temps a été le plus beau café de lEu-rope, fut fondé sous le directoire par le Napolitain Garcbi. Ses jardins,longeant le boulevard et bordés de terrasses qui sétendaient jusquau pas-sage des Panoramas, nétaient dabord quun lieu de plaisance lon al-lait se rafraîchir, danser, voir des feux dartifice, et faire des connaissancesdans des allées ombreuses éclairées çà et par des verres de couleur. Peude temps après sa fondation, Frascati fut exploité par des entrepreneurs surune vaste échelle ; Perrin y transporta la banque quil tenait rue de Ri-chelieu n° 108, et se retira riche de seize millions, ce qui ne lempêchapas de mourir insolvable ; à Perrin succéda Bernard, qui céda la place aumarquis de Chalabre, mort récemment dans la plus profonde misère;Enfin Boursault y accrut son patrimoine considérable, et la famille Be-nazet y commença une fortune quelle achève à Baden-Baden. Frascatinétait pas une maison de jeu ouverte au premier venu. On y était sé-vère pour la tenue et le costume. Le jeu commençait à quatre heures etse prolongeait jusquà deux heures du matin. Cétait la seule maison dejeu ouverte aux femmes ; plusieurs dentre elles étaient même rétribuéespar ladministration, et il nétait pas rare de leur voir perdre, avec lemontant de cette rétribution, ce quelles gagnaient dune autre manière.A deux heures 'du matin on servait un souper froid. Le salon desétrangers, fondé primitivement hôtel dAugny, rue Grange-Batelière,avait été transféré rue de Richelieu existent aujourdhui les n ws 106et 108. Il y avait uue porte de communication qui communiquait avecFrascati et qui souvrait le soir pour les membres du salon seulement.Lorsque les jeux furent retirés à Perrin, il refusa de louer son hôtel, etle salon des étrangers retourna à lhôtel dAugny.

Au n°62 était lhôtel du marquis de Talaru. Pendant la révolution,lhôtel de Talaru fut converti en maison de détention, furent renfer-més un grand nombre de personnes recommandables, parmi lesquellestrois victimes seulement furent moissonnées par léchafaud révolution-naire : lancien trésorier de la marine Boutin, créateur du jardin deTivoli ; lancien valet de chambre de Louis XV Laborde , si connupar son goût passionné pour la musique, et le marquis de Talaru,

propriétaire de lhôtel de ce nom, quil avait fait bâtir. Par une deces vicissitudes de la fortune, alors si communes, le marquis de Talaruavait été forcé de louer son hôtel à un particulier, qui loffrit au comitérévolutionnaire de la section de 1792, alors à la recherche dun localpour en faire une maison de détention. Le marquis de Talaru y fut en-fermé un des premiers , et payait dix-huit livres par jour pour la loca-tion dune chambre dans son propre hôtel, quil ne quitta que pour allerà léchafaud.

La porte Richelieu, démolie en 1701, était près de la rue Feydeau.

La rue Rameau doit sa dénomination au célèbre compositeurmusique de ce nom , mort en 1764 , à lâge de quatre-vingt-trois ans.Le roi lui avait accordé des lettres de noblesse , mais il était si avarequil navait pas voulu les faire enregistrer , pour ne pas dépenser unesomme qui lui tenait plus à cœur que la noblesse. Il est mort avec fer-meté : le curé de St-Eustache sest présenté à sou lit de mort et a pé-roré longtemps en vain, an point que le malade, ennuyé, sest écrié avecfureur : Que diable venez-vous me chanter, monsieur le curé! vousavez la voix fausse.

Rue Favart, n" 4, habitait Collot dHerbois.

Rue Gailion, hôtel des Etats-Unis, demeurait St-Jüst.

Rue de Grétry, n° 1, demeurait Brissot.

Rue de Ménard habitait Anacharsis Cloots , baron prussien , dé-puté de lOise à la convention nationale en 1792. Dans le procès deLouisXYI il vota pour la mort au nom du genre humain . Comprisdans la dénonciation portée par St-Just contre les hébertistes, il fut ar-rêté et condamné à mort le 24 mars 1794. En allant à léchafaud, il necessa de prêcher Fauteur du Père Duchesne, pour le prémunir contreles réminiscences religieuses de son enfance, et demanda à être exécutéle dernier, afin davoir le temps de faire de nouvelles observations et deprolonger de quelques instants le cours de ses spéculations sur la naturehumaine. Il reçut le coup fatal avec le courage dun fanatique.

Rue de Ménard, n° 10, demeurait, en 1816, M lle Bourgoin, jeuneet jolie actrice du Théâtre-Français, elle débuta en 1S00.

Rue des Filles-St-Thomas était le couvent des Filles - St-Tho~mas, dont le portail faisait face à la rue Vivienne, qui ne se prolongeaitalors que jusquà la rue des Filles-St-Thomas. Ce couvent, détruitpendant la révolution , avait été fondé en 1626 par Anne de Caumont ,épouse de Fr. dOrléans Longueville, comte de St-Paul et duc de Fron-sac, qui y fut inhumé en 1642. Léglise était assez jolie, mais le portaildu monastère, dont lemplacement est occupé par la place de la Bourse,ne répondait point à la beauté de sa situation.

Cest au couvent des Filles-St-Thomas , d elle ne sortit pas unefois durant quarante ans, que demeurait M me Doublet, célèbre par songoût pour les nouvelles politiques et littéraires et par ses liaisons avecbeaucoup de gens de lettres et de savants distingués. Elle vit se renou-veler chez elle, pendant soixante ans, la meilleure société de Paris :Coypel, Freret, Bougainville , Rigaud, Largillière, Fagon, Helvétius ,Mirabeau, Lacurne Ste-Palaye, Marivaux, Mairan , Falconet, Foncema-gue, dArgeutal, Piron, les abbés de Rothelin, de Chauvelin, Xaupi et deVoisenon ; M mc Lemarchand, M llc Quinault, etc., enfin Bachaumont, leplus ancien de ses amis, auquel elle ne survécut que quinze jours, étantmorte en 1771 à quatre-vingt-quatorze ans. Cest à cette réunionque lon doit la collection connue sous le nom Mémoires secrets deBachaumont .

Rue des Filles-St-Thomas, hôtel de la Tranquillité, logeait eu1794 M nie de Permon, mère de la duchesse dAbrantès. A la mêmeépoque, Bonaparte avait dans cet hôtel un logement quil partageait avecJunot. Salicetti fut caché dans cet hôtel par M 1116 de Permon , et évita lesort fatal de ses collègues Romme, Goujon, Duquesnoi, Soubrani, Bour-botte, etc.

Au n° 23 demeurait en 1808 Brillat-Sayarin , illustre auteur dela Physiologie du goût.