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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PAKIS.

TROISIÈME ARRONDISSEMENT. N° 10. QUARTIER MONTMARTRE.

maitra-autel. On y voyait, avant 1789 , sa tombe en marbre , sur la-quelle on lisait :

Ici repose

le vénérable Vincent de Paul,prêtre, fondateur on instituteuret supérieur généralde la congrégation

de In Mission et des filles de la Charité.

11 mourut

le xxvil septembre mdclx,dans la quatre-vingt-cimjuième annéede son âge.

Ayant été béatifié par le pape Innocent XIII en 1729, ses restes mortelsfurent exhumés en présence de larchevêque de Paris, et mis dans unechâsse dargent qui fut détruite en 1793, ce qui nempêclia pas larche-vêque de Paris de faire renouveler cette châsse avec luxe en 1830. Onsait quelle fut le sujet dun procès entre M. de Quélen et M. Odiot,orfèvre, qui réclamait une somme de cinquante mille francs pour prixde son riche et beau travail.

En face de léglise St-Lazare on voyait, avant la révolution , un mo-nument en pierres indiquant la première halte que fit Philippe le Hardilorsquil porta , pieds nus, sur ses épaules , le cercueil de saint Louisdepuis léglise Notre-Dame jusquà St-Denis. Les haltes que fit ce princeavaient été indiquées de distanceen distance sur la route, afin de consa-crer le souvenir de cet acte de piété filiale, par des espèces de toursdun style gothique à quatre faces , surmontées d'une croix, ornées defleurs de lis dans le soubassement, et ayant quatre niches qui conte-naient les statues en pied et de grandeur naturelle de saint Louis, duroi Philippe III, du comte de Nevers et du comte de Clermont, ses fils.Ces tours, qui étaient au nombre de quatre , depuis St-Lazare jusquàSt-Denis, ont été renversées en 1793.

Avant la révolution, St-Lazare était une maison de correction pourles hommes, qui imprimait à ceux qui y étaient enfermés une sorte deflétrissure; par suite des débats dans les journaux quavaient fait naîtreles représentations du Mariage de Figaro, Beaumarchais fut enlevé desa maison et jeté dans cette prison, dont le nom était un opprobre. Lavindicte publique se prononça dune manière si imposante, que le pou-voir, quoique alors tout-puissant, se vit forcé , au bout de trois jours ,de remettre en liberté le célèbre écrivain, contre lequel on navait pasmême pu articuler un prétexte.

Le couvent des lazaristes était un des plus vastes de Paris. Le13 juillet 1789, le peuple se porta à la maison de St-Lazare pour de-mander du blé et de la farine , dont on savait que ces moines avaientune provision considérable ; ils répondirent quils nen avaient tout auplus que pour leur consommation ; perquisition faite , on en découvritcinquante voitures , qui furent conduites à lhôtel de ville. Le peuple,indigné , mit au pillage la maison des lazaristes, qui neurent que letemps de fuir. Les caves furent enfoncées : on y trouva dexcellentsvins ; les pillards ivres mirent le feu aux granges, et sans de promptssecours tout le quartier serait devenu la proie des flammes. Aujour-dhui la maison de St-Lazare est affectée à une maison de détention pré-ventive et à temps pour les femmes.

Les terrains immenses que possédaient les lazaristes missionnairesont été vendus au prolit du domaine public. On en a fait un nouveauquartier, qui a été percé de grandes rues aboutissant dans le faubourgPoissonnière; on y a construit des maisons, un marché, une place, en-fui une église. Ces terrains sétendaient jadis de louest à lest, depuis larue du Faubourg Poissonnière, appelée , du temps de Louis XIV etmême de Louis XV, rue Ste-Ànne, jusquà la rue du Faubourg St-Denis , qui perdait son nom à la hauteur de la rue des Petites-Ecurieset prenait celui de rue du Faubourg St-Lazare ; ils étaient limités au sudpar la rue de Paradis et au nord par le mur denceinte actuel, qui vade la barrière Poissonnière à la barrière St-Denis, et formaient le closSt-Lazare, le plus vaste de Paris. Il y avait anciennement dans cetenclos un bâtiment appelé le Logis du roi, se rendaient les rois etles reines pour y recevoir le serment de fidélité des habitants de Paris,avant de faire leur entrée dans cette ville , et lon y déposait leurs cer-

cueils avant de les porter à St-Denis. Le Logis du roi était construit surla butte les lazaristes élevèrent un beîvéder, sur lemplacement du-quel a été construite léglise de St-Vincent de Paul.

Le théâtre du Gymnase dramatique, situé boulevard Bonne-Nouvelle, n° 38. Ce théâtre, construit sur un terrain qui avait fait par-tie de lenceinte de Paris élevée en 1631, fut inauguré le 23 décembre1820 par un prologue de MM. Scribe, Méîesville et Moreau. Des piècesagréables et le talent précoce de Léontine Fay y attirèrent la foule pen-dant les premières années. En 1824, ce théâtre prit le titre de théâtrede S. A. R. Madame , duchesse de Berry, qui le fréquentait souvent^etqui y attira à sa suite la haute aristocratie du faubourg St-Germain ;cette faveur, jointe aux pièces que M. Scribe écrivit pour complaireà cette partie privilégiée du public, fit la fortune du théâtre de Ma-dame , qui reprit Lhumble nom de théâtre du Gymnase après la révo-lution de 1830. Au nombre des acteurs qui ont le plus contribué à saprospérité nous citerons : Potier, Perlet, Gontier, Bernard-Léon, Fer-ville, Legrand, Numa, Léontine Fay, Virginie Déjazet, Jenny Vertpré,Jenny Colon, M llc Bérenger, etc., etc.

VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.

Rue de lEchiquier existait, au commencement de ce siècle, la jo-lie maison de Wenzel, un des plus célèbres fleuristes de France, danslaquelle on a donné des bals brillants, joué des proverbes et des comé-dies, et Robertson avait établi ses expériences fantasmagoriques.

Au n° 29 habitait, en 1829, Casimir Delavigne.

Au n° 35 demeurait, en 1831, le baron Louis , qui assista commediacre lévèque dAutun à la messe célébrée au Champ-de-Mars le14 juillet 1790, et fut plus tard ministre des finances.

Rue Basse-Porte-St-Denis habitait et est mort, en 1805, le cé-lèbre peintre Greuze. Unique dans son genre, il chercha les modèlesde ses admirables sujets dans rintérieur des pauvres ménages ; ses com-positions sont de petits drames complets, pleins de vie et de mouve-ment, et il en est plus dun qui émeuvent jusquaux larmes.

Rue des Petites-Ecuries demeurait, en 1817, le célèbre compo-siteur de musique Mehul.

Rue de Paradis-Poissonnière était lhôtel de Raguse, fut con-clue, dans la nuit du 30 au 31 mars 1814, à deux heures du matin, lacapitulation de Paris, signée par les colonels Denys et Fahvier, aides decamp des maréchaux Mortier et Marmont.

Boulevard Bonne-Nouvelle , n° 34, demeure (en 1845) lartistedramatique Levassor, acteur du théâtre du Palais-Royal, il débite sesmirifiques chansonnettes, qui lui rapportent bon ou mal an vingt-cinqou trente mille francs.

N° 10. QUARTIER MONTMARTRE.

Ci-devant district de Saint-Joseph, district de la fontaine Montmorency,puis section Molière et Lafontaine , et ensuite section de Brutus.

Les limites de ce quartier sont : la rue Poissonnière à partir du bou-levard n°* impairs, la rue du Petit-Carreau n°® impairs, la rueMontor-gueil n oS impairs jusquà la rue Mandar, la rue Mandar n ns pairs, la rueMontmartre n ÜS pairs jusquau boulevard, le boulevard Poissonnière n osimpairs jusquà la rue de ce nom.

U ny a détablissement remarquable dans ce quartier que :

Le marché St-Joseph, construit rue Montmartre n\l 44, sur lem-placement de la chapelle St-Joseph, autrefois succursale de St-Eustache,construite en 1640 et démolie en 1792. Suivant les actes mortuaires deSt-Eustaclie, Molière avait cté inhumé dans le cimetière de cette cha-pelle en 1673, et Lafontaine en 1695. Lors de la construction du mar-ché St-Joseph, leurs corps furent relevés en présence des commissairesde lautorité, et placés au musée des Petits-Augustins, dou ils ont étéenlevés en 1816 et transférés au cimetière du Père-Lachaise.