VILLE DE PARIS- — TROISIÈME ARRONDISSEMENT. — 3ϰ 11. QUARTIER ST-EU ST A CHE.
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La chapelle St-Joseph fut convertie eu 1793 eu salle d’assemblée dela section qui porta successivement les noms de district St-Joseph en1789, de section de la Fontaine-Montmorency eu 1790, de section deMolière et Lafontaine en 1793, et ensuite de section de Brutus. Vendueen 1796 comme bien national, cette chapelle fut acquise par un parti-culier, qui l’a transformée en un marché couvert, ouvert tous les jours.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue des Jeûneurs. C’est principalement dans cette rue et dans larue du Sentier, qui en est voisine, que se trouvent les grands magasinset les vastes dépôts d’indiennes et de toiles peintes des manufactures del’Alsace. Cette industrie, parvenue aujourd’hui à un degré de perfectionsi remarquable, qui livre à la consommation des étoffes depuis vingt-cinqcentimes le mètre jusqu’à cinq francs et au-dessus, et dont les produitsdonnent lieu annuellement à un commerce de plusieurs millions , étaitentièrement inconnu en France au commencement du xvm c siècle. Onexportait, il est vrai, à grands frais de l’Inde quelques pièces d’indien-nes ; mais elles étaient spécialement réservées pour la noblesse, et il étaitdéfendu aux vilains d’en faire usage, sous des peines sévères, ainsi quecela est conslaté par une ordonnance de police en date du 19 avril 1737,que nous croyons curieux de rapporter. « Vu les exploits d’assignationsdonnés le 13 du présent mois, aux ci-après dénommés, à comparoir de-vant nous en notre hôtel, pour répondre au rapport qui nous serait faitde la contravention par eux commise aux ordonnances du roi et auxarrêts du conseil qui défendent le port et usage des étoffes des Indes etdes toiles peintes , et pour se voir condamner à l’amende portée eniceux ; savoir, la demoiselle de Lagny, demeurant rue de Condé, vueavec un jupon d’indienne à fond blanc et à fleurs violettes ; la femme dusieur Arnoult, écrivain, demeurant dans le passage du Riche-Laboureur,vue avec un jupon d’indienne à fond blanc et à fleurs rouges; le sieurBrun, demeurant à l’hôtel du Languedoc, trouvé avec un portemanteaurenfermant un casaquin d’indienne à fond blanc et à fleurs rouges ,doublé de même; les sieurs et dame, etc., etc., etc. Après avoir en-tendu les susnommés en leur défense, disons que lesdits arrêts et décla-rations du roi concernant la prohibition du commerce, port, usage etintroduction des étoffes des Indes, seront exécutés selon leur forme etteneur; et pour la contravention commise par les susnommés, les con-damnons chacun en l’amende de trois cents livres, au payement de la-quelle somme ils seront contraints, même par corps ; les condamnonsen outre par les mêmes voies à rapporter, si fait n’a été, lesdits jupons,
pour être acquis et confisqués au profit de la compagnie des Indes.
Fait en notre hôtel le 16 avril 1737. »
Rue de Cléry, n° 19, est I’hôtel Lebrun, ancien hôtel de Lubert,où le marchand de tableaux Lebrun avait formé une magnifique galerierenfermant plusieurs chefs-d’œuvre des grands maîtres de toutes lesécoles. Son épouse, M"‘ e Lebrun, si connue par ses admirables portraits,commença sa réputation dans cet hôtel..Les tableaux exposés par cettefemme célèbre au salon du Louvre en 1783 et en 1785 décelèrent ungoût exquis de dessin, une facilité et un coloris frais et séduisant, qu’elleporta plus tard au plus haut degré auquel un peintre puisse atteindre.Les productions de M mc Lebrun, qui partageait son temps entre la pein-ture et la musique, et que toutes les académies se sont empressées d’ad-mettre au nombre de leurs associés, sont aujourd’hui placées dans toutesles galeries de l’Europe, où elles soutiennent avec éclat la comparaisonavec les productions des grands maîtres des deux derniers siècles. —Plus tard, M" 1 " Lebrun eut son domicile rue du Gros-Chenet; c’estlà qu’elle donna ce célèbre repas à la grecque dont on trouve la des-cription dans les mémoires de cette artiste, l’une des grandes gloires del’école française.
Au n° 23 demeurait en 1808 le poète Ducis, dont nous aurons en-core occasion de reparler.
Au n° 27 était un magnifique hôtel, dont la construction remontaità la fin du xvii* siècle, et qui fut habité plus tard par Neck.er et parM oie de Staël. Cet hôtel a été abattu en 1843, et sur son emplacementon a percé la rue de Mulhouse.
Rue du Sentier, n° 11, demeurait en 1841 Guilbert de Pixéré-court, le plus grand dramaturge du xix e siècle.
Au coin de la rue et du boulevard Poissonnière est une bou-tique qui porte pour enseigne : Aux limites de Paris; là, dans les mursde la maison, à la hauteur du premier étage, était encastrée une pierremonumentale. Cette pierre était gravée et des armes de France et d’unédit de Louis XV qui défendait de bâtir plus loin et d’étendre la villeau delà. La ville s’est gardée d’exécuter l’édit et a bien fait; mais iln’aurait pas fallu enlever la pierre, qui a été détruite vers 1839.
La rue St-Fiacre a été longtemps fameuse par les excès criminelsdu plus honteux libertinage, auxquels se livraient des hommes indignesde ce nom. C’était là que demeurait, vers le milieu du xvm* siècle, lacélèbre courtisane Hecquet, où fut surpris le 3 avril 1760 l’avocat gé-néral Séguier, après y être retourné cinq nuits de suite.
Rue Montmartre, un peu au sud des angles méridionaux des ruesdes Fossés-Montmartre et Neuve-St-Eustache, était I’ancienne torteMontmartre. — La nouvelle porte était entre la fontaine et la rue desJeûneurs, presque en face de la rue Neuve-St-Marc ; elle a été démolieen 1700. — La première porte Montmartre, construite vers 1300 etdémolie vers 1380, que l’on nommait aussi porte St-Eustache, faisaitpartie de l’enceinte de Philippe Auguste ; elle était placée en face desn os 15 et 33, entre les rues du Jour etPlàlrière.
En 1830, la rue Montmartre fut le théâtre de combats sanglants entreles Suisses, la garde royale et les patriotes. Le maréchal de Raguse ayantforcé ces derniers à évacuer la place des Victoires, ils se replièrent dansla rue Montmartre, où ils opposèrent la plus vigoureuse résistance. LesSuisses furent attaqués avec vigueur vis-à-vis du passage du Saumon etéprouvèrent des pertes cruelles ; la garde royale fut forcée de battre enretraite et d’abandonner une pièce de canon, dont s’empara un élève del’école polytechnique. Averti de cet échec, le duc de Raguse arriva àla tète des siens par la rue du Mail dans le haut de la rue Montmartre ;mais sur le point d’être cerné de toute part, il fut obligé de battre enretraite et de se retirer vers les Tuileries avec son état-major.
N° 11. QUARTIER ST-EUSTACHE.
Ci-devant section du Contrat-Social, et ensuite section des Postes.
Les limites de ce quartier sont : la rue Mandai* n" s impairs, la rueMontorgueil n os impairs, la rue Comtesse-d’Artois n os impairs, la pointeSt-Eustache, la rue de la Tonnellerie n os impairs jusqu’ à la rue St-JIonoré,la rue St-Honoré n os pairs jusqu’à la me du Four, la rue du Four n“ 5pairs, la rue Coquillière n ÜS pairs , la rue Coq-Héron et la place de laJussiemie n ÜS pairs jusqu’à la rue Mandai*. — Superficie 130,000 ni.carrés, équivalant à 0,004 de la superficie totale de Paris.
On remarque particulièrement dans ce quartier :
L’église St-Eustache, située rue Traînée et rue du Jour. L’originede cette église est fort ancienne. L’historien Dulaure dit qu’elle fut élevéesur l’emplacemeut d’un temple antique consacré à Cybèle. Ce n’étaitdans l’origine qu’une simple chapelle sous le vocable de sainte Agnès,construite vers l’an 1200, et dont le fondateur est inconnu. L’égliseactuelle fut bâtie en 1532 sur les dessins de David. Jean de la Barreprévôt des marchands, posa la première pierre, et ce n’èst réellementqu’à cette époque qu’elle prit le nom de St-Eustache et qu’elle fut érigéeen paroisse.
L’architecture de l’église St-Eustache est d’un genre neutre; lachapelle de la Vierge et le portail, ridicules travaux de Mansard, sontde deux ordres, le dorique et l’ionique. L’intérieur est d’architecturesarrasine. La voûte de la nef est haute de près de 33 m. ; elle est soutenuepar dix piliers carrés parallèles, qui s’élèvent ofhés de listels et de feuillesd’acanthe jusqu’à 20 m. du sol. Puis, à cette hauteur, une galerie élé-gante, rehaussée d’une rampe à trèfles, faille tour de l’édifice. Au-dessus,les piliers s’amincissent, s’allongent, entourés de légers entrelacs gothi-ques, jusqu’à 12 m. du dôme, où viennent se réunir les arcs-boutantssur lesquels il est appuyé. Le chœur, commencé en 1624, fut achevé eu
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