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VILLE DE PARIS. — TROISIEME ARRONDISSEMENT.
N° 12. QUARTIER DU MAIL.
ses assises, firent naître la division parmi les membres de la société duCaveau, et ils se séparèrent en 1817.
Quelques membres du Caveau moderne se rapprochèrent plus tard ,et fondèrent, sous le nom de Soupers de Momus, une société nouvelle,qui fut dissoute après une existence assez courte et assez obscure.
M° 12. QUARTIER DU MAIL.
Ci-devant section de la place Louis XIV, et ensuite section de Guillaume-Tell.
Les limites de ce quartier sont : rue Coq-Héron et rue de la Jussiennen os impairs, rue Montmartre n os impairs jusqu’à la rue Notre-Dame-des-Victoires, la rue N otre-Dam e - des-V i ctoi res jusqu’à la rue Joqueletn ÜS pairs, la place de la Bourse et la rue des Filles-St-Thomas n ÜS im-pairs , la rue Yivienne n ÜS pairs , la rue Neuve-des-Petits-Champsn os pairs, la rue de la Feuillade n üs pairs, le pourtour de la place desVictoires à gauche jusqu’à la rue Croix-des-Petits-Champs, la rueCroix-des-Petits-Champs n os pairs, la rue Coquillière n ÜS pairs jusqu’à larue Coq-Héron. — Superficie 780,000 m. carrés, équivalant à 0,024de la superficie totale de Paris.
Les édifices, établissements et emplacements les plus remarquables dece quartier sont :
L’église Notre-Dame-des-Victoires ou des Petits-Pères, située'place des Petits-Pères. En 1608 la reine Marguerite de Valois, pre-mière femme de Henri IV, appela du Dauphiné à Paris des religieuxaugustins déchaussés, qu’elle établit au faubourg St-Germain à l’en-droit où a été bâti plus tard le couvent des Petits - Augustins. En1612 cette princesse, pour des raisons assez légères, força ces reli-gieux de quitter la maison qu’elle leur avait fait bâtir ; ils en sor-tirent et retournèrent en Dauphiné. Quelques-uns d’entre eux, alorsrevenus à Paris en 1619, achetèrent un emplacement, alors inha-bité, où ils firent construire le couvent dit des Petits-Pères, où ilsentrèrent le 30 janvier 1625. Louis XIII posa la première pierre del’église en 1629, et voulut qu’elle portât le nom d o, Notre-Dame-des-Vïctoires , en mémoire, dit Dulaure, des tristes victoires qu’il avaitremportées sur des Français protestants : on y remarquait le tombeaudu célèbre compositeur de musique Lully. — Le couvent des Petits-Pères fut supprimé eu 1790 ; l’église a servi à des clubs et à des réu-nions électorales. Plus tard la bourse y fut installée; elle a été rendueau culte vers 1808. Sous la restauration cette église a été le théâtre dequelques scènes scandaleuses provoquées par les prédications fanatiquesdes missionnaires.
L’ordre d’architecture qui règne dans cet édifice est l’ionique, sur-monté d’une espèce d’attique composé, qui porte des arcs doubleaux etdes arrière-corps, d’où partent des lunettes avec les archivoltes quirenferment des vitraux au-dessus des cintres des arcades des chapelles.Le portail, commencé en 1739, sur les dessins de Cartaud, est composédes ordres ionique et corinthien. L’église n’a point de bas côtés, mais lanef est accompagnée de six chapelles, parmi lesquelles on remarque,dans la croisée à droite, celle de Notre-Dame-de-Savone, toute revêtuede marbre. La troisième chapelle renferme le tombeau de Lulli et deson beau-père, ouvrage de Cotton . de chaque coté du monument sontdes pleureuses en marbre, d’une proportion élégante, qui représententles deux genres de musique, le tendre et le pathétique, parés des tro-phées d’instruments de musique. Au-dessus d’une pyramide en marbreest le buste en bronze de Lulli, accompagné de deux petits anges enmarbre blanc. — On remarque encore dans cette église le tombeau dumarquis de l’Hôpital.
La place des Victoires. François d’Aubusson, duc de la Feuillade,en reconnaissance des bienfaits qu’il avait reçus de Louis XIV, résolutde lui consacrer une place publique dans le centre de la ville de Paris.A eet effet il acheta l’hôtel de Senecterre, qu’il fit abattre en 1784 ; cetemplacement ne s’étant pas trouvé assez vaste, il engagea la ville deParis à acheter l’hôtel d’Ennery et plusieurs autres maisons contiguës,qui furent immédiatement démolies. Les constructions qui entourentcette place furent commencées en 1685, et achevées vers l’an 1692, sur
les dessins de J .-H. Mansard. Le 28 mars 1686 fut élevé sur cetteplace le monument le plus fastueux peut-être qui ait jamais été dédié àl’orgueil d’un roi. Au milieu s’élevait la statue pédestre de Louis XIV,revêtu de ses habits royaux et foulant aux pieds le monstre Cerbère. Aubas étaient écrits ces mots : Viro immort ali! Derrière la statue était unevictoire tenant d’une main une couronne de laurier dans l’action de laposer sur la tète du roi. Derrière les deux figures étaient un bouclier,un faisceau d’armes, une massue d’IIercule et une peau de lion ; au basde ce groupe magnifique, en plomb doré, étaient quatre esclaves enbronze chargés de chaînes, qui faisaient allusion aux différentes nationsdont la France.a triomphé par la valeur de Louis XIV. Cette statue futrenversée en 1792. L’année suivante on y substitua une pyramide enplanches sur les côtés de laquelle étaient écrits les noms des départe-ments et les victoires remportées par les armées françaises. En 1800 lepremier consul posa sur cette place la première pierre d’un monumentde style égyptien consacré à la mémoire des généraux Desaix et Kléber.En 1806 on substitua à ce monument un piédestal uniquement destinéà Desaix, dont la statue en bronze, de 6 m. de haut, disparut en 1815.
Sous la restauration la statue de Desaix fut remplacée par la statueéquestre en bronze de Louis XIV, par Bosio, érigée le 25 août 1822.
Le 27 juillet 1830 une femme tomba frappée d’une balle au front,après une décharge effectuée par les Suisses ou par la garde royale. Ungarçon boulanger, les bras et les jambes nus, homme d’une stature co-lossale et d’une force herculéenne, saisit le cadavre, le transporte sur laplace des Victoires en criant vengeance! Là, après l’avoir étendue parterre, devant lui, et au pied de la statue de Louis XIV, il harangue lamultitude dont il est entouré, avec une énergie qui faisait vibrer toutesles âmes ; puis, ramassant de nouveau le cadavre, il l’emporte vers lecorps de garde de la Banque, et, à peine arrivé devant les soldats de laligne, rassemblés sur la porte, il leur lance le cadavre sanglant à latête, en leur disant : « Tenez, 'voilà comme 'vos camarades arrangentnos femmes 1 en ferez-vous autant ?— Non, répond un de ces mili-taires, en lui serrant la main. Mais venez donc avec des armes. » Lesautres soldats se taisent, mais leurs regards, leurs gestes, annonçaientvers quelle cause ils ne tarderaient pas à pencher. — Le lendemain28 juillet, vers une heure après midi, le maréchal Marmont vintprendre position sur la place des Victoires, occupée par une forte co-lonne de citoyens. A l’arrivée des troupes, les patriotes évacuent laplace et l’environnent à tous les débouchés. Le duc de Raguse, suivi del’artillerie et d’un corps de lanciers, place ses canons en face des ruesdu Mail, des Fossés-Montmartre, du Reposoir, Croix-des-Petits-Champs, Neuve-des-Petits-Champs, et ordonne l’attaque simultanée surtous les points ; elle a lieu ; d’horribles détonations se font entendre, lecanon, chargé à mitraille, éclaircit les rangs des citoyens, qui se replientdans la rue Montmartre et se retranchent dans celles du Cadran, Man*dar, Tiquetonne, vers la halle, dans les rues de traverse et au passagedu Saumon.
Quelques jours après il fut question de renverser de nouveau lastatue de Louis XIV, que des amis des arts préservèrent en y plaçantun drapeau aux trois couleurs, dont la hampe était assujettie par un lienen forme de bâillon sur la figure du monarque le plus absolu qui aitgouverné la France.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue du Mail, n° 13, Olympe de Gouges, grande et belle femme,au tempérament de feu, dont les amants ne furent pas moins nombreuxque les pièces de théâtre de sa composition, avait formé une sociétépopulaire de femmes, qui n’eut qu’une existence éphémère.
Au n° 19 était le club des Etrangers, qui vint s’y installer en1791, époque où il quitta la rue de Chartres lors de l’établissementdu théâtre du Vaudeville : c’était un véritable athénée, ouvert à descours de géographie, de langues étrangères, etc.
Au n° 8 demeurait en 1824 Emile Brault, qui s’est fait connaîtredans les lettres par des poésies brûlantes de patriotisme et d’amour dela liberté. Successivement sous-préfet de Forcalquier et de la Châtre, il