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VILLE DE PARIS. — QUATRIÈME ARRONDISSEMENT. — N° 15. QUARTIER DES MARCHES.
Rue St-Germain-l’Auxerrois , n° 65 , était la prison du For-l’Eveque , siège de la juridictiou temporelle de l’évèque de Paris , larésidence de son prévôt et la prison de ses justiciables. Les arrêts de cejuge étaient exécutés dans des lieux différents, suivant la gravité des dé-lits. On pendait, on brûlait les condamnés à mort hors de la banlieuede Paris ; mais s’agissait-il seulement de couper les oreilles , le délin-quant subissait sa sentence sur la place du Tralioir, à l’entrée de la ruede l’Arbre-Sec, vers la rue St-Honoré, non loin par conséquent du For-VEvêque. Cette prison , comme celle du Châtelet et plusieurs autres dece temps-là, avait des oubliettes, espèces de cachots humides et noirs oùles détenus mouraient sans consolations, perdus pour le monde entier.Cette prison fut en grande partie reconstruite en 1652 ; réunie au Châ-telet par édit de février 1674, elle fut réservée aux détenus pour detteset aux comédiens qui avaient manqué au public ou désobéi à l’autorité.C’était aussi le lieu de détention provisoire des jeunes gentilshommessurpris par le guet dans des lieux suspects. On y était envové sans ju-gement , suivant le caprice ou l’ordre d’un ministre , du lieutenant gé-néral de police, d’un premier gentilhomme de la chambre du roi. Lesnotabilités dramatiques, les talents supérieurs n’étaient pas exempts decette correction illégale et arbitraire. Le 16 avril 1765, Brizard, d’Au-berval, Molé, Lekain, furent conduits au For-l’Evèque pour avoir refuséde jouer dans le Siège de Calais avec Dubois , qui s’était rendu cou-pable d’une bassesse, mais qui était protégé par la favorite d’un pre-mier gentilhomme de la chambre. Deux jours après la superbe Claironsubit la même peine ; mais ce fut pour elle une sorte de triomphe. Con-duite en prison dans la voiture et sur les genoux de la femme de l’inten-dant de Paris, elle reçut les visites de la cour et de la ville. Le soir, onfaisait sortir les prisonniers pour jouer les marquis et les rois au théâtre,et on les ramenait après la représentation. Vestris et d’autres ont faitaussi un séjour plus ou moins long au For-PEvêque. Sur un rapport duministre Necker, une ordonnance de Louis XVI, du 30 août 1760, sup-prima cette prison et celle du petit Châtelet, et les détenus furent trans-férés à l’iiôtel de la Force , qui fut alors converti et disposé en prisonplus vaste et plus salubre. Mais le For-l’Evêque ne fut point alors dé-moli , comme l’a dit Dulaure dans son Histoire de Paris. Ce n’est quedans les premières années de notre siècle qu’il a été remplacé par lamaison qui porte le n° 65, et dont les caves sont formées des anciennesoubliettes.
Rue des Prêtres-St-Germain-l’Auxerrois, n° 17, est l’impri-merie où , depuis le 27 août 1789 , s’imprime 1 1 Journal des Débats.Pendant la révolution, cette imprimerie avait pour enseigne : Au corpssans tête. C’est là que s’imprimait le Calculateur patriote, le Compterendu aux saris-culottes de la république française par dame Guillo-tine, contenant les noms de ceux à qui elle a accordé des passe-portspour Vautre monde, ouvrage où, renchérissant sur le souhait de Cali-gula, on ne demandait pas que tout un peuple n’eût qu’une tête, onregrettait que chacune des victimes n’en eût pas dix, afin de multiplierd’infernales jouissances.
Le Journal des Débats était rédigé originairement par Barrère , puispar J. Bapt, Louvet et autres. Il a paru in-octavo jusqu’au 9 pluviôseanvin, époque où il adopta le format in-folio et prit le titre d éJournalde l Empire, et inventa le feuilleton, que les autres journaux ont adoptédepuis. Les rédacteurs principaux, depuis l’an vin, sont : MM. Feletz,Mely-Jeannin, Fiévé, St-Victor, Lasalle , Auger, Geoffroy, Duviquet,Dussault, l’abbé Mutin , Boissonnade, Malte-Brun, Boutard, CharlesNodier, Etienne, Hoffmann, Delalot, Berlin de Vaux, etc., etc.
Quai de l’Ecole ont été élevés, de 1760 à 1765, les premiers bainsparticuliers sur la rivière où l’on ait été servi commodément et avecpropreté. Plus lard , un sieur Poitevin fit élever sur le quai de la Gre-nouillère , aujourd’hui quai d’Orçay, un bâtiment considérable où Poiltrouvait après le bain des lits pour se reposer* En 1801 le sieur Vigier,ancien procureur au parlement, fil construire par l’architecte Bellanger,sur un bateau de la longueur des plus grands navires , le beau bain quise voit près des Tuileries, au bas du Pont-Royal, et successivement lebain placé au-dessous du Pont-Royal, du côté du quai d’Orçay, et ceuxplacés au bas du Pont-Neuf et du Pont-Marie. Le bain du quai de l’Ecolea été construit en 1840.
Les bains à domicile ont été établis pour la première fois, en 1809,par une société dite des tliermophores. Aujourd’hui tous les établisse-ments de bains distribuent des bains à domicile, en concurrence avec lasociété des hydrothermes , qui colporte des baignoires et distribue danstout Paris de l’eau chaude et de l’eau froide à dix centimes la voie.
L’impasse Sourdis occupe une partie de l’emplacement d’un ancienhôtel où est morte Gabrielle d’Estrées. Ce fut au milieu du prestigedes plus hautes espérances que la mort vint la frapper, le 10 avril 1599.Elle s’était logée chez Zamet, riche financier lucquois , chez lequelHenri IV donnait ses rendez-vous de galanterie. Peu de temps aprèsson dîner, qu’elle avait terminé en mangeant une orange , elle fut prisesubitement d’affreuses convulsions , qui précédèrent sa mort de vingt-quatre heures. Frappée de l’idée qu’elle était empoisonnée , elle exigeaqu’on l’emmenât hors du logis de Zamet, et se fit transporter chez satante , cloître St-Germain-l’Auxerrois. Suivant Tallement des Réaux(t. i, p. 68, édit. in-8 ü ), voici ce qui se passa au moment de sa mala-die. « Elle dépêcha Puypeiroux vers le roi pour lui en donner avis , etle supplier de trouver bon qu’elle se fît mettre dans un bateau pourl’aller trouver à Fontainebleau. Elle espérait que cela le ferait venir aus-sitôt, et qu’en faveur de ses enfants il l’épouserait avant qu’elle mourût.Eu effet, aussitôt que Puypeiroux fut arrivé , le roi le fit repartir pourlui aller faire tenir prêt le bac des Tuileries, dans lequel il voulait pas-ser pour n’être point vu, et incontinent il monta à cheval, et fit sigrande diligence, qu’il rattrapa Puypeiroux, à qui il fit de terribles re-proches. Auprès de Juvisy, le roi trouva M. le chancelier de Bellièvre,qui lui apprit la mort de madame la duchesse. Nonobstant cela, il vou-lut aller à Paris pour la voir en cet état, si M. le chancelier ne lui eutremontré que cela était indigne d’un roi. Il se laissa vaincre à ses rai-sons , et retourna à Fontainebleau. » Aucunes recherches ne furentfaites sur la cause de cette mort, et la grande douleur de Henri IVtrouva bientôt sa fin, car trois semaines après il s’attachait à uue nouvellemaîtresse, Henriette d’Entraigues , qu’il fit plus tard marquise de Ver-neuil. — Aussitôt après la mort de Gabrielle d’Estrées, son corps futapporté en cérémonie aux grands appartements du doyenné de St-Ger-main-l’Auxerrois ; on l’habilla d’un manteau de satin blanc, on le plaçasur un lit de velours rouge entouré de cierges allumés et de prêtres quichantaient les psaumes de la pénitence ; ensuite on l’étendit dans uncercueil de plomb recouvert de son effigie, qu’on avait revêtue d’habitsmagnifiques ; enfin, pendant plusieurs jours, sa table fut servie par sesofficiers, qui coupaient, tranchaient et lui versaient à boire comme deson vivant.
N° 15. QUARTIER DES MARCHÉS.
Ci-devant section des Halles, et ensuite section des Marchés.
Les limites de ce quartier sont : la rue St-Denis n os impairs à partir dela rue Rambuteau, la rue Perrin-Gosselin n oS pairs, la place du Clieva-lier-du-Guet n°* pairs, la rue des Lavandières n os pairs, la rue des Four-reurs n°* pairs, la rue des Déchargeurs n üS pairs, la rue St-Honoré n^ spairs jusqu’à la rue delà Tonnellerie, la rue de la Tonnellerie n ws pairs,la rue Rambuteau n°* impairs jusqu’à la rue St-Denis. — Superficie80,000 m. carrés, équivalant à 0,002 de la superficie totale de Paris.
Au nombre des établissements importants de ce quartier on cite prin-cipalement :
Les Halles. Avant Philippe Auguste , le quartier des Hallesétait un vaste emplacement nommé Champeaux, où Louis le Gros avaitétabli vers 1136 un marché pour l’approvisionnement de Paris, et oùbientôt affluèrent tous les marchands de denrées des alentours. Cet em-placement, qui appartenait à Saint-Denis de la Châtre, se trouvait alorsdans un des faubourgs de Paris, limité par un fossé. En 1181, PhilippeAuguste transféra à la Halle la foire St-Laurent, et deux ans après ily fit faire deux halles entourées d’une muraille et fermées de bonnesportes, où les marchands étaient à couvert pour vendre leurs marchan-dises. Non-seulement les marchands y venaient par intérêt, mais plu-sieurs métiers s’y rendaient par obligation. En effet, pour augmenterles revenus du roi, qui percevait un droit sur les etaux et sur toutes leshuches, on forçait les changeurs, les pelletiers, les marchands de soie,