VILLE DE PARIS. — QUATRIEME ARRONDISSEMENT. — N° 15. QUARTIER DES MARCHES.
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de cire, les selliers et même les boucliers de fermer leurs boutiques etouvroirs pendant toute la durée de la foire, et de n’étaler qu’aux halleset aux environs, dans les limites de la foire St-Ladre.— Au xm e siè-cle, c’était quelque chose de grand, de plein d’intérêt que les halles deParis; non-seulement chaque profession, chaque branche de commercey avait sa place marquée, et même sa halle particulière; mais beaucoupde lieux manufacturiers de France y étaient représentés par leurs fabri-cants , qui avaient également leurs sièges fixes dans ce bazar. AinsiBeauvais, Cambrai, Amiens, Douai, Bruxelles, Aumale, Laon, Chau-mont, Corbie, St-Denis, Avesnes, Pontoise, Lagny, Gonesse, etc., etc.,avaient leur section de halles. —Le samedi, le marché au pain se tenaitaux halles, accessibles aussi bien aux marchands forains qu’aux tonne-liers (boulangers) de Paris.
Une charte de Philippe Auguste de 1222, avait accordé à l’évêque deParis les revenus de chaque troisième semaine de la halle de Cham-peaux ; ce ne fut qu’en 1661 que Louis XIV racheta ce droit épiscopal.— Saint Louis fit construire deux halles aux draps, et permit en outre àdivers marchands d’étaler le long des murs du cimetière des Innocents.Les cordonniers et les peaussiers obtinrent une halle de Philippe leHardi. — En peu de temps la halle devint si grande et on en avait faittant d’autres, que les marchands et artisans de Paris eureut chacun laleur; on ne dit plus alors la halle, mais les halles. Ces halles subsistè-rent jusqu’au règne de François I er , époque où on commença à les re-construire ; elles ne furent cependant achevées que sous Henri II. En1553 on perça les rues qui sont aux environs de la halle aux draps, etdont les noms de la Tonnellerie, de la Cordonnerie, de la Friperie, de laPoterie, de la Lingerie, des Potiers-d’Etain, etc., attestent que plusieursprofessions y avaient autrefois leurs halles particulières. On distingueprincipalement aujourd’hui sur cet emplacement ; le carreau delà halle,la halle au poisson et à la marée, la halle au beurre et aux œufs , lemarché aux fruits et aux légumes, dit marché des Innocents.
Le carreau de la halle, qui formait anciennement les halles propre-ment dites, est circonscrit entre les rues de la Tonnellerie, la partie dela rue Rambuteau qui portait autrefois le nom des Piliers-Potiers-d’Etainet le marché aux Poirées. Au milieu de ces halles était la place du Pi-lori , sur l’emplacement de laquelle on a construit depuis la halle aupoisson et la halle au beurre. Cette place était destinée aux exécutions;au centre était un pilori, attenant auquel était un échafaud à demeure.Ce pilori, reconstruit en 1542 et dont on ignore l’origine, existait dèsle ni* siècle, était une tour octogone avec un rez-de-chaussée et un seulétage au-dessus, percé tout autour de hautes croisées ; au milieu de cettetour était placée une roue de fer mobile, percée de trous où l’on faisaitpasser la tête des patients, qui pendant trois jours de marché étaientexposés aux regards du peuple trois heures par jour ; de demi-heure endemi-heure on faisait tourner la roue, pour leur faire faire le tour dupilori. Ce genre de supplice barbare et féodal fut supprimé sousLouis XVI.
Olivier de Clisson fut décapité aux Halles, en 1344, ainsi que le che-valier Maletrois et quatre écuyers bretons.
Jean Montagu, surintendant des finances sous Charles V et Charles VI,fut décapité aux Halles le 17 octobre 1409, et son corps penduà Mont-faucon.
Le 12 novembre 1411 fut exécuté aux Halles avec six de ses com-plices Colinetde Pisex, qui avait livré aux Armagnacs le 13 octobre lepont de St-Cloud, dont il était commandant ; cinq des complices dePisex eurent la tête coupée, et le sixième fut pendu. Le corps de Pisexfut coupé en quatre et ses membres pendus au gibet ; les six tètes furentexposées aux Halles sur six places différentes.
C’est sur la place du Pilori que Jacques d’Armagnac, duc de Ne-mours , chef de la ligue ou faction du Bien public, fut exécuté le 4 août1477. II avait été amené de la Bastille sur un cheval caparaçonné de noir.<> Arrivé sur la place du Pilori, il fut conduit ès chambres de la halleaux poissons, lesquelles on avoit exprès tendues de serges de perse. Onles avoit aussi arrosées avec d u vinaigre et parfumées avec deux sommesde cheval de bourrées de genièvre, qu’on y avoit fait brûler pour ôter legoût de la marée, cpie lesdiles chambres et greniers sentoient. Ce fut icique le duc de Nemours se confessa, et pendant cet acte de religion on
servoit une collation composée de douze pintes de vin, de pain blanc etde poires, pour messieurs du parlement et officiers du roi, étant ès ditsgreniers, laquelle collation coûta douze deniers parisis. Le duc de Ne-mours , s’étant confessé, fut conduit à l’échafaud par une galerie decharpente que l’on avoit pratiquée depuis lesdites chambres et greniersjusqu’à l’échafaud du Pilori, à l’heure de trois après midi, qu’il eutillec le cou coupé, et puis enseveli et mis en bière , et délivré aux Cor-deliers de Paris pour être inhumé en ladite église, et vinrent quérir lecorps ès dites halles , jusqu’à environ sept à huit heures, vingt corde-fiers, auxquels furent délivrées quarante torches pour mener et conduireledit corps dudit seigneur de Nemours en leur église. » Par ordre exprèsdu roi Louis XI, les plus jeunes fils du condamné furent attachés sousl’échafaud, et fixés perpendiculairement et directement sous le poteaude décollation, pour recevoir sur leur tète le sang de leur père ! ils fu-rent ensuite ramenés à la Bastille, où le gouverneur les faisait fustigeren sa présence chaque semaine, et leur faisait arracher une dent chaquemois : l’un perdit la raison et la vie en prison ; l’autre fut tué dans uncombat.
Le bourreau de Paris était autorisé par ses lettres d’institution à logersur la place du Pilori, et non ailleurs. « La place du Pilori, au carréde la halle aux poissons, dit Piganiol de la Force, est entourée de bou-tiques et d’échoppes que l’exécuteur de la haute justice a obtenu le droitde construire et de louer à des marchands. »
Le bourreau jouissait en outre à Paris d’assez nombreux privilègesqui compensaient jusqu’à un certain point les horreurs d’une pareilleexistence; il jouissait du droit de havage, c’est-à-dire qu’il pouvaitexiger sur toutes les céréales exposées en vente autant de grain qu’onen pouvait prendre avec la main ; il prélevait un droit sur les légumesverts, sur les fruits, la marée, le poisson d’eau douce, les balais, lesgâteaux de la veille de l’Epiphanie, le passage du Petit-Pont, les lépreux,les marchands forains (pendant deux mois), le foin, les œufs, la laine, etc.Il venait lui-même avec ses valets percevoir la part à laquelle il pouvaitprétendre, et ses valets, à mesure qu’un débiteur se libérait, lui faisaientsur le dos une marque avec de la craie, afin de le reconnaître. Ce bar-bare usage subsistait encore vers la fin du xvm° siècle : il fut supprimépar arrêt du conseil du 3 juin 1775, à cause des rixes qu’il occasionnaitentre les préposés du bourreau et ceux qui refusaient de payer ou de selaisser marquer. — Le pilori fut reconstruit, en 1542, pour remplacerun plus ancien, brûlé, le 1 er avril 1516, à la suite d’une exécution oùle bourreau, nommé Fleurant, s’était repris à plusieurs fois pour tran-cher la tète à un patient. La vue des souffrances de la victime excital’indignation du peuple, qui lit pleuvoir une grêle de pierres sur le bour-reau, et finit par mettre le feu au pilori; le malheureux Fleurant ayantcherché un refuge dans la cave située sous le pilori, y périt étouffé. —A l’extrémité de la place du Bilori était la fontaine du marché Carreau,ou du Pilori, construite en 1601.
Les piliers des halles, dont il ne reste plus qu’une partie, sont fortanciens ; leur construction date du règne de Louis le Gros ; ils furentaugmentés sous Philippe Auguste, et s’étendaient à droite et à gauche del’extrémité de la place de la Pointe-St-Eustaclie ; les piliers de droite,qui bordent tout un côté de la rue de la Tonnellerie, étaient nommésles grands piliers; les piliers de gauche, dits petits piliers, ou pilierspotiers-d’étain, s’étendaient depuis la pointe St-Eustache jusqu’à la ruede la Cossonnerie ; ils entouraient la partie des halles où était autrefoisle pilori. Les piliers des halles étaient le lieu où le peuple s’assemblaitordinairement; c’était le lieu où se fomentaient les émeutes. C’est auxpiliers des halles que Charles V, encore dauphin, qui déclamait de toutesses forces contre Charles le Mauvais, roi de Navarre, fut sifflé par lepeuple, parce qu’il n’avait pas aussi bonne mine que son adversaire.
Les dames de la halle formaient, sous l’ancien régime, un corps quijouissait de certains privilèges.Ces dames, ainsique celles de la place Mau-bert, avaient, lors de la naissance d’un fils de France, lors d’un mariage oud’une victoire remportée, ainsi qu’au premier jour de 1 an, le droit dontelles usaient d’aller complimenter le roi, la reine, les princes, les prin-cesses, et de leur présenter un bouquet. On leur servait ensuite un granddîner, dont un des officiers du roi était chargé de leur faire les honneurs,et le roi leur faisait donner un cadeau en argent.