VILLE DE PARIS» — QUATRIÈME ARRONDISSEMENT. — N° 17. QUARTIER DE LA BANQUE DE FRANCE.
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prêts à la démolir. Au pied de la colonne se trouvaient des sauvagesprêts à la défendre, supportant les armes du prévôt des marchandsBignon. La colonne était décorée de couronnes, de trophées, des chiffresentrelacés de Catherine de Médicis et de Henri II, son époux, C et H(et non pas H et D, comme l’ont avancé Piganiol et ses copistes), entre-mêlés de miroirs brisés , de lacs d’amour rompus, emblèmes de sa vi-duité. Toutes ces sculptures ont disparu en 1793.
En 1755 la ville de Paris fit l’acquisition du terrain de l’hôtel deSoissons moyennant 2 millions 367 livres 10 sols, et se détermina en1762, à y faire construire la halle aux blés, qui fut achevée dans l’es-pace de trois ans par les soins de M. de Viarmes, prévôt des mar-chands, d’après les dessins de Camus de Mézières.
L’hôtel de Soissons a vu naître, le 18 octobre 1660, le prince Eugènede Savoie. Le lendemain de la fédération du 14 juillet 1790, un balpopulaire fut donné dans la rotonde de la halle.
Le plan de la halle aux blés est de forme circulaire, et a 68 m. 19 c.de diamètre; il est percé de vingt-huit arcades au rez-de-chaussée, etd’autant de fenêtres qui éclairent l’étage supérieur, auquel on montepar deux escaliers curieux composés d’une double rampe ; six arcadesservent de passage, et conduisent à autant de rues terminées par descarrefours. La coupole, détruite en 1802 par un incendie, a été rétablieen fer coulé et couverte de lames de cuivre. — A cette vaste rotondeisolée est adossée une colonne d’ordre dorique de 10 m. de hauteur, queCatherine de Médicis fit construire en 1572, pour s’y livrer à des obser-vations astronomiques ; vers le sommet est un cadran solaire, qui mar-que l’heure précise du soleil à chaque moment de la journée et danschaque saison de l’année ; au bas de cette colonne est une fontaine pu-blique.
L’hôtel des Fermes, situé rue de Grenelle-St-Honoré, n° 5 5, et rue duBouloi. C’était autrefois l’hôtel de Jean de la Ferrière, vidame de Char-tres, un des meilleurs amis de l’amiral de Coligny. Jeanne d’Albret, reinede Navarre, mère de Henri IV, y mourut le 8 juin 1572, peu de joursavant le massacre de la St-Barthélemy. Cet hôtel appartenait en 1573 àFrançoise d’Orléans, veuve de Louis de Bourbon, en 1605 à Henri deBourbon, duc de Monlpensier, en 1612 au duc de Bellegarde. Le chan-celier Séguier en fit l’acquisition en 1633 et l’augmenta considérable-ment ; on y remarquait alors une riche bibliothèque, une chapelle et debelles galeries décorées de peintures de Simon Vouet. — Cet hôtel futle berceau de l’Académie française, qui y tint ses séances jusqu’en 1678,époque où le roi mit à la disposition de cette académie une salle duvieux Louvre ; Louis XIV et sa cour assistèrent à plusieurs séances del’Académie française dans l’hôtel des Fermes. La reine Christine de Suèdey reçut les honneurs de la séance en 1656.
Les fermiers généraux, ayant fait l’acquisition de cet hôtel vers la findu xvii e siècle, en changèrent complètement la distribution ; les galeriesfurent partagées en différentes pièces pour y établir des bureaux ; la bi-bliothèque devint un magasin et mi entrepôt de marchandises ; les ap-partements où se tenaient les séances de l’Académie furent occupés pardes commis préposés au recouvrement des aides ; une partie de lagrande cour tut affectée à la douane. Depuis la suppression de la fermegénérale, l’hôtel des Fermes a subi une nouvelle transformation : pendantla révolution il fut converti en prison ; on y établit ensuite un théâtre,qui fut fermé en 1807. La partie qui donne sur la rue de Grenelle estoccupée aujourd’hui par divers particuliers et par l’imprimerie deM. Paul Dupont; celle qui donne sur la rue du Bouloi sert de remiseaux voitures de l’administration des messageries Laffitte et Cailiard.Un passage public traverse les deux cours de l’hôtel et communique dela rue du Bouloi à la rue de Grenelle.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
La rue des Vieilles-Etuves doit son nom aux nombreux bainschauds ou étuves qui y étaient établis. Dès les temps les plus ancienson trouve des étuves établies à Paris et dans les autres villes de France.Au xm e siècle elles étaient fort multipliées daDs la capitale ; les étu-veurs y faisaient tous les matins annoncer dans les rues, par des crieurs,
que leurs fourneaux étaient prêts. Guillaume de la Villeneuve, dans sonpoème des Crieries de Paris a signalé cet usage :
Oiez c’on crie au point du jor s
Seigrior, qu’or vous «lez buingnicr
Et estuver sans dûlacer;
Ei bains sont chaut, c’est sans mentir!
Ces bains n’étaient pas toutefois les mieux famés de la ville : car,sans compter les périls qu’en se levant au cri des étuveurs on pouvaitcourir dans les rues obscures, les bains devenaient fort souvent desrendez-vous de débauches. Le Livre des métiers d’Etienne Boileau con-tient, sous le titre des estuveurs (lxxiii), les statuts suivants :
« Que nuis ne crie, ne face crier leurs estuves jusques à temps qu’ilsoit jour, pour les périlz qui peuvent avenir en ceus qui se lièvent au-dit cri.
î> Que nuis ne sonstiengne en leurs mesons bordiaus de jour ne de nuit,mesiaus ne mesèles (lépreux, lépreuses), ne autres genz diffamez denuit.
» Que nuis ne chauffe estuves en jour de dimanche ne en jour de feste...Et paiera chascune personne pour soy estuver (pour prendre un bainde vapeur) deus deniers, et se il se baigne, il en paiera quatre deniers. »On trouve des dispositions semblables dans les registres manuscritsde la chambre des comptes, où se trouvent des extraits “des ordonnancesrelatives aux métiers : « Aucuns estuveurs, y est-il dit, qui tiendraestuves à hommes, ne pourra faire chauffer icelles pour femmes, ne aucontraire, celui qui en tiendra pour femmes, etc., sous peine de xl sous
parisis d’amende. Item, aucuns estuveurs ne laissera ou soufrera b.
Hem, ne soufrera aucun enfant masle au-dessus de l’âge de vu aus alleraux estuves de femmes à peine de x sous d’amende. » (Ordonnancede 1498).
Cependant, malgré ces règlements, les étuves n’en furent pas moinsdes lieux de plaisirs, et quelques prédicateurs du xvi e siècle, Maillardet autres, les signalèrent, en termes assez cyniques, comme contribuantà la corruption des mœurs, et reprochèrent aux femmes de les fréquen-ter. C’est vers cette époque que les étuveurs furent incorporés dans lamaîtrise des barbiers perruquiers, et prirent le nom de barbiers étu-vistes. —Sauvai, qui écrivait en 1660, a dit, tomen, p. 650 : « Versla fin du siècle passé on a cessé d’aller aux étuves. Auparavant ellesétoient si communes, qu’on ne pouvoit faire un pas sans en rencontrer. »Dès le xm e siècle on n’en comptait pas moins de vingt-six, qui étaientsituées dans les rues suivantes : 1 rue de la Croix-Blanche, 1 rue desTrois-Chandeliers, 1 rue des Noyers, 2 rue St-Denis, 1 rue St-Paul,2 rue Thibaut-aux-Dès, 1 rue des Vieilles-Etuves-St-Honoré, 1 rue St-Martin, 1 rue Simon-Lefranc, 2 rue de l’Hirondelle, 1 rue de la Cité (St-Barlhélemy), 1 quai de la Mégisserie, 2 place du Marché-Neuf, 1 rue deMarivaux, 3 rue de la Bucherie, 2 rue de la Vieille-Lanterne, 1 rue desVieilles-Etuves-St-Martin, 1 rue des Poulies, 1 rue du Roi-de-Sicile.
C’est dans la rue des Vieilles-Etuves, à l’enseigne du Barillet, que de*meurait et est mort en 1666 le poète Gomuxuli>.
Dans cette rue est un estaminet où seréunissaientpendantla quinzainede Pâques les plus misérables d’entre les comédiens, pour se revoir,échanger quelques paroles dans une atmosphère empestée par la bièreet le tabac, s’interroger sur leurs fortunes diverses, et causer de leursespérances, de leur misère, de leurs tribulations, de leurs succès passéset de leurs triomphes à venir.
Rue St-Honoré , entre les n os 178 et 186, était l’église St-Ho-noré, dont dépendait le cloître St-Honoré. Cette église, fondée en 1204,agrandie et réparée en 1579, a été démolie en 1792. Le maître-autelétait décoré d’un beau tableau de Philippe de Champagne, représentantJésus-Christ au milieu des docteurs ; dans la chapelle de la Vierge étaitle mausolée du cardinal Dubois, par Coustou jeune. — De l’église St-Honoré dépendait le cloître de ce nom, limité par les rues St-Honoré,des Bons-Enfants , Montesquieu et Croix-des-Petits-Champs, et sur lesdépendances duquel a été ouverte la rue Montesquieu. — Le collège desBons-Enfants, fondé par Jacques Cœur, occupait autrefois une partie ducloître St-Honoré.