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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. QUATRIÈME ARRONDISSEMENT.

N° 16. QUARTIER DE LA BANQUE DE FRANCE.

Henrici Mtgnî regreat Parisentia ciuesQuos ilü Æteroo foedere junxit amor.

Cest rue de la Ferronnerie que demeurait jadis le poète comiqueet lyrique Lepage, qui dès le printemps de sa vie sest montré philo-sophe comme Platon, gastronome comme Epicure, et insouciant commeDuclos, et dont Ninon disait : « Que du pain , du fromage et la pre-mière 'venue formait toute lambition. «

La rue du Chevalier-du-Guet et la place de ce nom nétaientconnues en 1300 et jusquau milieu du xvr' siècle que sous le nomgénéral de rue Perrin-Gosselin. Le nom de rue et de place du Che-valier-du-Guet vient dune maison que le roi y avait acquise pour logerle chevalier ou commandant du guet, dont la charge fut supprimée en1733. A cette époque disparurent les compagnies du guet, qui furent. remplacées en 1771 par la garde de Paris, dont le commandant demeu-rait en 1789 rue Mêlée.

Il est parlé du guet de Paris dans les Olim du parlement ; il y avait leguet assis et le guet royal. Les marchands étaient forcés de fournir uncertain nombre dhommes réglé parle prévôt de Paris ; le guet royal étaitfourni par le roi. Voici, daprès la taille de Paris, quels étaient les métiersqui jouissaient de lexemption du guet : « Les peintres et imagiers, chasu-bliers, selliers, parclieminiers, enlumineurs, écrivains, tondeurs de draps,tailleurs de pierres, bateliers, archers, haubergiers, buffetiers, faiseurs degants de laine , faiseurs de chapeaux, de bonnets, faiseurs de nattes,braillers, faiseurs de haubergons, voirriers, déchargeurs devin, sauniers,eorroyeurs de robes de vair, corroyeurs de cordouan, monnoyers, bro-deurs de soie, courtepointiers, faiseurs de corbeilles et vans, tapissiers detapis à navette, (ilandriers, calendreurs, oubaiers, écorcheurs, tous orfè-vres delà ville de Paris, tous étuveurs, tous apothicaires, tous vendeursdauges, décuelles et déchelles. Ce sont métiers francs qui ne doiventpoint le guet au roi.

« Les personnes qui étoient franches de guet : sergents de roi, dévè-qties, dabbés, de collèges, de baillis, de prévôts ; tous avocats, procu-reurs, clercs de notaires, tous convers et leurs hons ; les biaux mar-chois ; tous les jotes (juifs) ; les hons de lencloistre ; tous bourgeois nonmarchandans : tous les mesureurs de la ville de Paris ; rafrescliisseursde robes non marchans; tous fenestriers; tous courtiers de vin, deblé, de chevaux et de tous autres métiers ; tous vendeurs de vin à es-teau ; plusieurs métiers servant le roy nostre seigneur et les royaux etnos autres seigneurs. Tous ceux qui ont passé soixante ans sont quittes ;tous boiteux, tous mehaigniez , tous ceux qui sont hors la ville, tousceux à qui leurs femmes gissent denfant, tout homme lunage, tous hos-tieux de femmes veuves ; jurés et tous maistres de tous métiers de laville de Paris. »

N° 16. QUARTIER BE LA BANQUE DE FRANCE.

Ci-devant section de la llalle-au-ÏUé.

Les limites de ce quartier sont : la rue des Bons-Enfants et la rueNeuve-des-Eons-Enfants îV" pairs, la rue de la Feuillade n impairs,partie de la place des Victoires, la rue Croix-des-Petits-Champs n* im-pairs jusquà la rue Baillif ; la rue Coquillière n os impairs, la rue duFour-St-Honoré n impairs , la rue St-Honoré n pairs jusquà la ruedes Bons-Enfants. Superficie 120,000 m. carrés, équivalant à0,003 de la superficie totale de Paris.

On remarque principalement dans ce quartier :

La Banque de France, située rue de la Vrillière, n" 1. Cet établis-sement occupe lemplacement de lancien hôtel de la Vrillière, cons-truit vers 1620 pour le secrétaire dEtat Phelippeaux de la Vrillièresur les dessins de François Mansard. Il passa en 1705 au fermier despostes Rouillé, et fut vendu en 1713 au comte de Toulouse, qui luidonna son nom et y fit faire des changements considérables par larchi-tecte Robert Cotte ; le duc de Penthièvre le posséda jusquen 1793,époque il devint propriété nationale. Limprimerie du gouvernementloccupa jusquen 1811. Il fut alors vendu à la banque de France, quile fit reconstruire sur un nouveau plan et y transporta son administra- I

tion et ses bureaux, qui étaient établis provisoirement à lhôtel Massiac,place des Victoires. Avant la révolution lhôtel de Toulouse étaitun des plus beaux palais particuliers de Paris ; la galerie et tous lesprincipaux appartements étaient décorés dadmirables peintures et detableaux des plus grands maîtres, tels que le Tintoret, le Poussin,Vau-Eck, le Titien, Léonard de Vinci, Philippe de Champagne, le Guide,Alexandre et Paul Véronèse, Bourdon, leRassau, le Caravage, le Guer-chin, Pietre de Cortone, etc., etc.

La princesse de Lamballe, Florian et le duc de Penthièvre habitaientlhôtel de Toulouse à lépoque de la révolution.

La Halle aux blés, située rue de Viarmes. La halle aux blés occupel'emplacement dun ancien hôtel qui a été habité, pendant une succes-sion de plus de cinq siècles, par les personnages les plus considérablesdu royaume. Ce fut dabord Jean de Nesle , duquel il reçut le nomdhôtel de Nesle, quil ne faut pas confondre avec lhôtel du même nom,situé au faubourg St-Germain -, puis St-Louis et la reine Blanche , samère, qui y avait fait construire une belle chapelle , furent sacréseu 1599 lévêque de St-Malo et celui de Lyon; Philippe le Bel ; Charlesde Valois : Jean de Luxembourg, roi de Bohème, qui valut à cet hôtelle nom dhôtel de Bohême ou de Bahaigne ; les comtes de Longuevilleet de Pézenas. Le roi Jean habitait cet hôtel en 1350. Dans la nuitdu 19 au 20 novembre de la même année il y fit décapiter le comtedEu, Raoul II, connétable de France, sans aucune forme de procès eten présence seulement de quelques grands personnages chargés de latriste mission de présider à son supplice. Charles V habitait aussilhôtel de Soissons, ainsi quAmédée VI, comtede Savoie, et Louis, ducdOrléans, qui régna plus tard sous le nom de Louis XII, dont la ruedOrléans a pris le nom. Ce roi fonda dans cet hôtel, en 1494, unecommunauté de filles pénitentes, qui loccupèrent jusqu'en 1572,époque la reine Catherine de Médicis fit lacquisition des bâtimentsde cette communauté, quelle transféra rue St-Denis. Cette reine, ayantrenoncé à faire achever les Tuileries, fit détruire ce qui restait de lhôtelde Nesle et construire sur son emplacement, par Bullant, un hôtel, fortagréablement distribué, qui prit le nom dhôtel de la Reine. Catherinede Médicis occupa cet hôtel pendant environ quinze ans. Si lon peutsen rapporter au portrait que lhistorien Varillas nous a laissé de cettereine, « Elle avait la taille admirable , le visage dune majesté qui nendiminuait pas la douceur. Elle avait la jambe faite au tour et surpassaitles autres femmes de son siècle par la blancheur de son teint et la viva-cité de ses yeux, v « En quelque endroit quelle allât, dit Mézerai, elletraînait toujours avec elle tout lattirail des plus voluptueux divertisse-ments, et particulièrement une centaine des plus belles femmes de lacour, qui menaient en lesse deux fois autant de courtisans. >< Catherinede Médicis mourut en 1589. Après sa mort, lhôtel de la Reine passaà ses enfants, qui le possédèrent jusquen 1595. En 1601 il fut vendu àCatherine de Bourbon, sœur de Henri IV, et prit le nom dhôtel desPrincesses ; il passa ensuite à Charles de Soissons et prit le nom dhôtelde Soissons : sous la régence, le prince de Carignan en était proprié-taire. Nous avons dit, en parlant de la place Vendôme , que le marchédes billets du système de Law y avait été transféré de la rue Quincam-poix en 1720. Le chancelier, que le bruit de la foule incommodait,ayant obtenu que le marché des billets fût transféré ailleurs, le princede Carignan offrit son hôtel de Soissons, et fit construire dans le jardinquantité de baraques, dont chacune était louée 500 liv. par mois, et ilobtint une ordonnance qui, sous prétexte de police, défendait aux por-teurs de billets de conclure aucun marché ailleurs que dans les bara-ques. Après la mort du prince de Carignan, ses créanciers sétant em-parés de ses biens, obtinrent la permission en 1748 ou 1749 de fairedémolir son hôtel et de vendre les matériaux ; il nen serait resté aucuuvestige sans la générosité de Bachaumont, qui acheta à ses dépens et pourla conserver à la postérité la colonne monumentale connue sous lenom de colonne de Médicis, an bas de laquelle on a fait depuis unefontaine. A loccasion de la conservation de cette colonne on fit alorsune caricature qui en représentait lextérieur avec la coupe intérieureet perpendiculaire. Dans le coin du dessin on voyait lIgnorance enbonnet dàne, qui amenait à sa suite des pionniers et autres ouvriers