VILLE DE PARIS. — CINQUIEME ARRONDISSEMENT. — N* 18. QUARTIER DE LA PORTE ST-MARTIN.
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sage, Fuselier, Pirou, Sedaine, Dorneval, Vadé, Favart, Laujon et plu-sieurs autres ont travaillé pour le théâtre de la Foire ; tous les théâtresdes boulevards, ainsi que l’Opéra-Comique, avant sa réunion à la Co-médie-Italienne, étaient obligés d’y venir donner des représentations. Lepublic, qui trouvait tout à la fois le charme de la plus agréable prome-nade et des divertissements de toute espèce, s’y portait en foule ; il fautdire aussi qu’à cette époque on ne rencontrait en aucun autre endroitde Paris une aussi grande variété de plaisirs réunis. On obligeait lesacteurs à finir leurs jeux, en hiver, à quatre heures et demie du soir, àne pas recevoir plus de cinq sous au parterre et douze sous aux pre-mières. Cependant, comme le public parisien se blase de tout, la foireSt-Laurentet ses théâtres furent abandonnés, en 1775, pour les boule-vards du nord, sur lesquels on rencontrait également des bateleurs, desspectacles forains , des cafés et toutes sortes d’amusements. Aujourd’huiceux qui passent dans l’enclos St-Laurent ou dans le marché St-Ger-maiu savent à peine que ces deux localités ont retenti de noms célèbres ;qu’il y eut du mouvement, de la joie, des plaisirs ; que là on a ri, on abattu des mains ; que là Lesage, Pirou, Favart, Sedaine, Panard fai-saient applaudir leurs premières productions ; que Dominique et Pré-ville attiraient la foule ; que de jolies actrices y recevaient les homma-ges de grands seigneurs à talons rouges ; que là le duc d’Orléans et sesintimes allaient quelquefois incognito rire ou cabaler, selon leur bonplaisir. De toutes ces fêtes, de tout ce bruit, de toutes ces joies , il nereste plus qu’un souvenir vague et confus (Y. Foire St-Germain).
Boulevard St-Denis a demeuré le gros Cambry, préfet de l’Oise etmembre de l’académie celtique , que Dieu avait créé et mis au mondepour prouver jusqu’où la peau de l’homme peut s’étendre ; il est mortd’apoplexie en 1807.
M lle Georges a habité aussi une petite maison qui donne sur ce bou-levard ; après avoir jeté un grand éclat sur la scène du Théâtre-Fran-çais , tout à coup, au plus beau de sa carrière, cette actrice fut obligéede quitter le Théâtre-Français , et cela pour des causes absolument in-dépendantes de son talent. La belle tragédienne n’avait pu contenir dansle silence de sa modestie le secret d’une fantaisie impériale (elle avaitosé paraître sur la scène avec une tunique parsemée d’abeilles). Pour lapunir de cette indiscrétion , un ordre souverain lui arracha le sceptretragique, qu’elle vint plus tard disputer à M Uc Duchesnois.
C’est aussi sur le boulevard St-Denis que demeurait le bon et chari-table Moessard, acteur de la Porte-St-Martin, dont la belle conduitemérita le prix de vertu, qui lui fut décerné en 1841, pour avoir recueillichez lui la veuve d’un de ses plus pauvres camarades, avec laquelle ilpartageait le peu qu’il avait ; et ce peu était souvent réduit à si peu querien, notamment lorsque la caisse du directeur Harel était vide et queles appointements se perdaient dans la nuit d’un incalculable arriéré ;circonstance qui forçait alors Moessard à jouer sans avoir dîné.
N° 18. QUARTIER DE LA FORTE ST-MARTIW.
Ci-devant section de Bondy.
Les limites de ce quartier sont : le mur d’enceinte de la barrière de laVillette à la barrière de Belleville, la rue du Faubourg-du-Templen" s im-pairs, le boulevard St-Martin n°* pairs jusqu’à la porte St-Martin, larue du Faubourg-St-Marlin n°* pairs jusqu’à la barrière de la Villette,— Superficie 1,448,600 m. carrés, équivalant à 0,043 de la superficietotale de Paris.
On remarque principalement dans ce quartier :
La porte St-Martin, arc de triomphe érigé, en 1674, à la gloirede Louis XIV par la ville de Paris. Il a 16 m. 44 c. de largeur sur au-tant de hauteur, et est percé de trois ouvertures dont celle du milieu estla plus considérable. Cet arc est orné de quatre bas-reliefs, représen-tant Puu la prise de Besançon, l’autre la rupture de la triple alliance,et les deux autres la défaite des Allemands par Louis X.IV, sous la figured’Kercule, la massue à la main, terrassant un aigle.
La fontaine du Château-d’Eau, située boulevard St-Martin. Saconstruction et l’effet de ses eaux présentent une forme conique, dont
i la base est un bassin de 13 m. de rayon, au milieu duquel s’élèvent engradins trois autres bassins concentriques, qui servent de base à unedouble coupe en fonte, composée d’un piédouche et de deux patèresd’inégales grandeurs, séparées l’une de l’autre par un fût. Une gerbevolumineuse jaillissant de la patère supérieure v répand ses eaux, qui,débordant de ce vase, retombent en cascade d’étage en étage jusque dansle dernier bassin, où huit lions de fonte lancent encore de leurs gueulesdes jets d’eau par torrents.
Le théâtre de la Porte-St-Martin , situé boulevard St-Martin,entre les n°* 16 et 18. Après l’incendie de la salle de l’Opéra du Palais-Royal, le 8 juin 1781, l’arcliitecte Lenoir s’engagea à bâtir en six se-maines de temps, sur un terrain acheté par la ville de Paris, la sallequi existe encore aujourd’hui sous le nom de théâtre de la Porte-St-Martin. Les travaux commencèrent le 22 juillet 1781 : l’architecte fittravailler jour et nuit, et dans l’espace de soixante-quinze jours lethéâtre fut construit et entièrement décoré. « La salle que M. Lenoir abâtie, dit M. Fontaine, était moins magnifique, mais plus grande, d’unemeilleure coupe, et plus commode que celle qui venait d’être brûlée auPalais-Royal : pu en blâma le goût, mais on ne put s’empêcher de vanterl’adresse et Tbab'ileté- avec lesquelles, en moins de trois mois, cettegrande entreprise avait été terminée comme par enchantement. » Lethéâtre de la Porte-St-Martin n’avait été construit qu’eu charpente; il aété consolidé et réparé il y a plusieurs années parM. Debret.
Le théâtre de l’Ambigu-Comique , situé boulevard St-Martin,n° 2. Le fondateur de ce théâtre est Audinot, auteur et acteur de la co-médie italienne. Ayant essuyé un passe-droit à ce théâtre eu 1764, illoua à la foire Si-Germain une baraque où il établit un spectacle demarionnettes, où il fit jouer, en 1769, une pantomime intitulée lesComédiens de bois, qui attira tout Paris : c’était un acte de vengeancecontre les principaux acteurs et actrices de la comédie italienne, dontchacune de ses bamboches était la caricature très-ressemblante ; le gen-tilhomme de la chambre, distribuant des grâces et des faveurs, étaitreprésenté par Polichinelle avec un grotesque à faire pouffer de rire. Lamême année Audinot loua un terrain sur le boulevard du Temple, etfit élever le théâtre de X Ambigu-Comique, dont l’inauguration eut lieule 9 juillet 1769 ; il obtint la permissiou de faire jouer des enfants con-curremment avec ses comédiens de bois. A force de soins et d’exercices,Audinot, homme actif et intelligent, parvint à rendre son spectacle in-téressant : d’abord les oisifs et la basoche s’y portèrent; ensuite lesfemmes de la cour ne dédaignèrent pas de s’y montrer ; en peu de tempsce petit spectacle devint le rendez-vous de la cour et de la ville. Au-dinot agrandit sa salle en 1772, où les marionnettes y parurent pour ladernière fois dans le Testament de Polichinelle. Petit à petit les acteurs' enfantins avancèrent en âge, le répertoire s’augmenta de plusieurs nou-veautés analogues à leur talent croissant, eL le théâtre de l’Ambigu-Comique devint un théâtre comme un autre. Un genre qu’Àudinot avaitadopté, et qui y fit fureur, était celui de la grande pantomime historiqueou romanesque; tout Paris voulut voir en son temps la pantomime duMaréchal des logis. — Eu 1786 la salle fut reconstruite dans la formeoù elle est restée jusqu’en 1827. «. C’est, dit Y Almanach des spectaclesde 1791, une des plus belles et des plus vastes du royaume; l’intérieurest construit dans le goût gothique. La société y est mieux composéeque dans la plupart des spectacles du boulevard. » Les pantomimesétaient montées à ce théâtre avec le plus grand soin. Vers 1792 on ydonna celle de Dorothée, qui attira longtemps la foule, et dans laquelleil y avait une procession magnifique ; les prêtres en aubes, les chantresportant chapes, les enfants de chœur, les châsses, les reliques, les évê-ques, les cardinaux , les pénitents blancs et noirs, les croix, les ban-nières, enfin tous les signes de la religion défilaient au milieu des cris etdes applaudissements de la multitude. — Le théâtre de l’Ambigu-Comique tomba en décadence, et fut forcé de fermer eu 1799. L’annéesuivante, Corse, ancien directeur du théâtre des Variétés à Bordeaux,traita de l’entreprise de l’Ambigu avec Audinot, qui mourut en 1801;il releva l’Ambigu de ses ruines : Madame Angot au sérail de Cons-tantinople, Tekcli, la Femme a deux maris, etc., etc., y attirèrent lafoule, et rapportèrent à Corse plus de onze cent mille francs de bénéfice