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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. CINQUIÈME ARRONDISSEMENT. N° 18. QUARTIER DE LA PORTE ST-MARTIN.

en moins de quinze ans. Après avoir existé pendant plus dun demi-siècle, le théâtre de lAmbigu-Comique finit, comme finissent presquetous les théâtres, par le feu. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1827lincendie éclata après la répétition dun mélodramme lon faisaitlessai dun feu dartifice, et en moins dune heure le théâtre et la sallefurent entièrement détruits. On soccupa bientôt de le réédifier; mais,lautorité ayant exigé quil fût,isolé des deux côtés, lancien terrain futjugé trop petit; on acheta alors lhôtel de M. Murinais, situé rue deBondy, au coin du boulevard, et le 7 juin 1829 le nouveau théâtrefut inauguré de la manière la plus brillante. La salle est une des plusjolies de la capitale. Sur lancien emplacement a été construit le théâtredes Folies-Dramatiques. Les acteurs qui ont brillé sur le théâtre delAmbigu-Comique furent principalement Audinot, qui primait dans lesrôles à tablier ; Corse, qui était dune bouffonnerie achevée dans Ma-dame Angol; Bordier, qui jouait admirablement les petits-maîtres et lesabbés, et quon avait surnommé le Molé des boulevards : il fut pendu àRouen pour avoir pris part, disait-on, à une émeute de grains;-valard, type des brigands passés, présents et futurs ; Dorvigny, le pèredes Jeannots; Michelot et Damas, qui se sont distingués au Théâtre-Français ; Thiemet, qui sest rendu fameux par ses scènes de ventrilo-que; la fameuse Julie Diancourt, qui jouait la pantomime avec tantdâme et de vérité; enfin M lle Louise Masson, actrice dune beauté re-marquable, que tout Paris voulut voir dans la Belle au bois dormant:elle dissipa en folles dépenses des sommes considérables, et, après avoirpassé par tous les degrés de linfortune, on la vit en 1803, pauvre etmisérable, affublée dune robe de gaze en hiver, chanter avec un anciencomédien de province les duos du Tableau parlant et de Biaise etBabel , sur ce même boulevard témoin de ses triomphes.

L'hôpital St-Louis, situé rue Bicliat 21. Cet hôpital, fondé parHenri IV, achevé en 1610, et lon a fait dimportantes augmenta-tions en 1S02, est un des plus beaux de Paris ; il est construit dans unesituation élevée et parfaitement aérée; le principal corps de, bâtimentforme un quadrilatère à faces égales, élevé de deux étages, dont les an-gles sont flanqués de pavillons ; il est entièrement isolé et séparé de laville par de vastes cours environnées des bâtiments nécessaires auxdivers services et au traitement externe des malades. Cet hôpital, par-faitement tenu et éclairé au gaz , possède un vaste établissement debains simples et médicinaux de toute espèce, approprié à tous les be-soins des malades. Lhôpital St-Louis renferme huit cents lits affec-tés aux galeux et aux individus affligés dulcères, de dartres, etc.

VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.

Montfaucon. On distinguait autrefois sous ce nom une butte situéeprès de lextrémité du faubourg St-Martin entre les rues des Morts etde la butte St-Chaumont, sur le sommet de laquelle était bâti le gibetde Montfaucon, masse de 5 à 6 m. de haut, composée de dix ou douzeassises de gros quartiers de pierres brutes bien liées, bien cimentées etrefendues dans leurs joints, formant une plate-forme carrée longue dei 4 m. sur 8 ou 10 m. de large. On montait à cette plate-forme par unelarge rampe de pierre , dont lentrée était fermée par une porte solide.Sur les trois côtés de cette plate-forme sélevaient seize piliers carrés enpierres de taille unis entre eux à moitié de leur hauteur et à leur som-met par de doubles poutres de, bois, qui senclav'aient dans leurs cha-perons et supportaient des chaînes de fer de 1 m. 50 c. de long, des-tinées à suspendre les condamnés. De longues échelles, perpétuellementdressées le long de ces piliers, servaient à monter les patients au gibet ;au centre de la masse qui supportait les piliers était une cave destinéeà servir de charnier pour les cadavres des suppliciés, qui devaient yrester jusquà perte entière du squelette, et, pendant les temps detrouble, comme par exemple sous le règne de Charles IX, on y voyaitsy balancer ordinairement cinquante à soixante cadavres (1). Un peu

(i) Les fourches patibulaires étaient un signe de haute justice , et la qualité des sei-gneurs liants justiciers était indiquée par le nombre des piliers : les simples gentilshommesen avaient deux, les barons quatre, les comtes six, les ducs huit; le roi seul pouvait enavoir autant qu'il le jugeait convenable.

en avant du gibet était une croix , au pied de laquelle les condamnésétaient confessés pour la dernière fois par les Cordeliers, qui les ac-compagnaient. Non loin du gibet de Montfaucon se trouvait un gibetplus petit qui portait le nom de Montigny ; un autre gibet était aussiélevé à peu de distance au delà de léglise St-Laurent. En 1761 tout cequi existait encore de lancien gibet de Montfaucon , ainsi que lan-cienne voirie, qui sy était établie, fut transporté derrière la Vil-lette. Le gibet ne servait plus alors à lexposition des coupables, mais,comme il était toujours le signe de la haute justice royale, on élevaencore les piliers en pierres réunis par des pièces de bois et disposés encarré dans un enclos dun demi-arpent, faisant langle nord de lem-branchement de la route qui va de la barrière du combat à la voirieactuelle. Une partie de cet emplacement était affecté à la sépulture dessuppliciés, que le bourreau et ses aides amenaient au milieu de la nuità la lueur des flambeaux. Lenclos des fourches patibulaires fut démolien 1790.

De toutes les exécutions dont fut le théâtre le gibet de Mont-faucon celle de Pierre de Brosse , médecin et favori de Philippe leHardi, pendu avec grand appareil au gibet de Montfaucon le 30 juin1278, est la première sur laquelle ait été appelée lattention de lhis-toire. Nous citerons parmi les autres exécutions célèbres celle dEn-guerrand de Marigny, condamné à une mort infamante sans avoirété entendu , et pendu à lendroit le plus haut et le plus apparentdu gibet ; lexécution du prévôt de Paris Henri Tapperel, qui,chargé de la garde duu meurtrier condamné à mort, le mit en libertéet lui substitua un homme innocent qui fut exécuté à la place du vraicoupable ; Tapperel fut condamné à être pendu et subit sa peine àMontfaucon en 1320 ; lexécution de Gérard de la Guette , surintendantdes finances sous le règne de Philippe le Long, mort au milieu de vio-lentes tortures et exposé à Montfaucon en 1322 ; lexécution de Jour-dain, seigneur de lIsle, coupable dun grand nombre de crimes, con-damné à être traîné à la queue dun cheval et pendu au gibet de Paris :il subit son arrêt le 22 mai 1323 ; lexécution de Pierre Eemy, surin-tendant des finances, pendu le 25 mai 1328 ; lexécution de Massé desMâches , trésorier du roi, pendu eu 1331 ; René de Siran , maître desmonnaies, pendu à Montfaucon pour avoir abusé de la confiance dusouverain en 1333 ; lexécution de Hugues de Cuisy , président au par-lement , convaincu de sêtre laissé corrompre par des présents, pendule 21 juillet 1336 ; lexécution dAdam de Hourdain, conseiller au par-lement, convaincu de falsification de dépositions de témoins, pendu le3 juillet 1348. Jean de Montagu, surintendant des finances, exécuté auxHalles , fut pendu par les aisselles au gibet deMontfaucou le 17 octo-bre 1409 ; Pierre des Essarts, ennemi de JeanMontagu, après avoir ététraîné sur une claie, conduit aux Halles et décapité, fut conduit à Mont-faucon, sou corps fut pendu à un gibet dune élévation extraordi-naire le 1" juillet 1413; Olivier le Dain, ministre et barbier deLouis XI, exécuté à Montfaucon en 1484 ; le surintendant des financesSeniblançay, condamné à mort et pendu le 12 août 1524 : tous ses biensmeubles et héritages furent confisqués ; après avoir été extrait à une heureaprès midi du donjon de la Bastille, il fut conduit à pied au milieu delàfoule silencieuse au lieu patibulaire de Montfaucon, en passant par larue St-Denis. Il était alors âgé de soixante-deux ans, et mourut avec unrare courage, tandis que le peuple couvrait ses juges de malédictions ;Jacques de Beaune, surintendant des finances sous François I er , penduà Montfaucon le 14 août 1527 ; Jean Poncher, trésorier du Languedoc,condamné à mort et pendu le 24 septembre 1533 ; ce fut le neuvièmesurintendant ou trésorier des finances que Montfaucon vit figurer entreses piliers durant une période de deux siècles : ce qui prouve quau-trefois les rois nentendaient pas raillerie sur la malversation desfinances de lEtat. Dans le courant de lannée 1543 un membre duparlement, le président Gentil, fut encore pendu à Montfaucon. Le corpsde lamiral de Coligny, assassiné le jour de la St-Barthélemy, aprèsavoir été insulté par des mutilations dégoûtantes à raconter, fut trans-porté aux fourches patibulaires de Montfaucon, il fut pendu par lescuisses avec des chaînes de fer. « La reine mère, pour repaître ses yeuxde la vue du corps mort et mutilé de lamiral pendant au gibet deMontfaucon, y mena ses fils, sa fille et son gendre. » La tête de cet