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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. SIXIEME ARRONDISSEMENT. N° 23. QUARTIER DES LOMBARDS.

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La Tour St-Jacques-la-Boucherie. Sous le règne deLothaire I er ,en 954, il existait en cet endroit une chapelle dédiée à sainte Anne, quifut remplacée en 1119 par une église paroissiale sous linvocation desaint Jacques. Cette église fut rebâtie en 1240 ; mais les travaux nenfurent achevés quen 1520, époque fut élevée la haute et belle tourisolée quon admire encore aujourdhui, seul reste de léglise St-Jacquesqui a été démolie à lépoque de la révolution , et sur lemplacement delaquelle on a construit, un marché au linge et aux habits, dont linau-guration eut lieu le 13 octobre 1824.. La tour St-Jacques-la-Bou-cherie est une des plus hautes de Paris et rivalise avec celles de Notre-Dame ; sa hauteur, depuis le sol jusquà la balustrade est de 52 m. ; lesommet était couronné par une statue de St-Jacques de 10 m. de hau-teur, qui a été renversée. Par suite de la vente de léglise, le 11 flo-réal an îv, cette tour devint une propriété particulière , qui a étéachetée par la ville de Paris, le 27 août 1836, moyennant deux centcinquante mille cent francs. Le célèbre Nicolas Hamel et Perrette safemme ont été enterrés dans cette église; Nicolas Flamel, dont Ste-Foixa fait un bel éloge en disant quil fut riche pour les malheureux, amassade grandes richesses, dont on ne connaissait pas la source ; il nenfallait pas davantage pour le faire accuser de magie, inculpation quilaurait immanquablement conduit au bûcher, dans le siècle barbareil vivait, sil neut eu lesprit dimposer silence à ses ennemis, en faisantbâtir léglise et la tour St-Jacques-la-Boucherie , on lisait son épi-taphe. Derrière la sacristie de St-Jacques-la-Boucherie était la courdes Saints, regardée comme les charniers de cette église; elle devaitson nom à plusieurs figures représentant les apôtres placés jadis contrechaque pilier du chœur, et quon avait placés dans cette cour.

La Fontaine de Marie ou de St-Leu, située rue Salle-au-Comte, en-tre les n oS 16 et 18. Construite sur lemplacement de lhôtel Dammartin,qui devint la propriété du chancelier de Marie, massacré eu 1418, cettefontaine fut réparée en 1606 ; elle est enclavée dans une maison ettrès-simplement décorée; on y remarque deux dauphins, entre lesquelsest une tète de fleuve , au-dessous est une coquille.

VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.

La rue Quîncampoix est célèbre par le commerce qui sy fît desactions du système de Law. Dès le xm* siècle cette rue était peuplée demerciers et dorfévres ; cétait alors le rendez-vous du beau monde etsurtout des dames châtelaines. Le livre de la taille de 1313 indique danscette rue un grand nombre de merciers fortement imposés. Lorsque laguerre qui suivit le traité de Riswick eut introduit le négoce du papieren France, cette rue devint le centre de lusure. Cest que se trans-porta tout le mouvement du système de finance introduit par lIrlandaisLaw. Des bureaux furent ouverts dans toutes les maisons ; une cham-bre sy louait jusquà dix louis par jour ; des maisons de sept à huitcents livres de loyer avaient été divisées en une centaiue de bureaux etpouvaient rapporter de cinquante à soixante mille livres ; les boutiquesavaient été changées en cafés et restaurants ; une partie des habitants deParis avaient transporté leur vie dans le quartier ; ils y venaient lematin, ils y déjeunaient, ils y dînaient, et lorsque lardeur des négo-ciations était calmée, ils passaient laprès-midi à jouer aux quadrilles.Des femmes, des gens de la noblesse ne craignirent pas douvrir un bu-reau pour la vente des actions. Le jeu des primes, dont notre généra-tion voit en ce moment les tristes effets, attirait une foule telle dans cetterue que chaque jour deux ou trois personnes y étaient écrasées. Denombreux équipages attendaient à la file et obstruaient les rues St-Denis,St-Martin, Aubry-le-Boucher et autres rues adjacentes. Dès la pointedu jour, le passage de cette rue étroite y était obstrué et engorgé dejoueurs, dont la fureur ne faisait que saccroître durant la journée ; lesoir, on sonnait une cloche qui donnait le signal de la retraite , mais leplus souvent on était obligé de les expulser de force. On cita dans letemps une certaine veuve, nommée la Caumont, qui par des revire-ments heureux avait 'réalisé pour soixante-dix millions de billets debanque. Les Mémoires de la régence font mention dun bossu quigagna en peu de jours cent cinquante mille livres pour avoir prêté sabosse en forme de pupitre aux spéculateurs.

Dès lorigine, il y eut partage chez les agioteurs ; les uns spéculaientsur la hausse, et étaient pour le système ; les autres jouaient sur labaisse et lui étaient contraires. Le prince de Conti, qui avait été favo-risé par les souscriptions, mais qui avait été trop exigeant, et que Lawavait été obligé déconduire, se joignit aux adversaires de ce financier ;ils se procurèrent une grande quantité de billets, et vinrent tous à lafois en demander la conversion en espèces. Law, averti à temps, pour-vut aux premières demandes, et eut recours sur-le-champ à une mesureviolente, mais excusable à légard dennemis indignes ; il fit rendre unédit ordonnant une réduction dans la valeur des espèces à partir duncertain jour. Les accapareurs sempressèrent alors de rapporter les es-pèces à la banque ; le public se prononça pour Law, et le prince deConti encourut lindignation générale.

Le duc de Bourbon fut un de ceux qui profitèrent le plus heureuse-ment de lachat des actions de la banque de Law. Ce prince acheta toutce qui se trouva à sa bienséance en terres ; il fît rebâtir Chantilly avec unemagnificence royale, et y forma une ménagerie mieux fournie que celledu roi ; il fit venir dAngleterre en une seule fois cent cinquante che-vaux de course dun haut prix ; enfin , pour faire sa cour au régent, ildonna à la duchesse de Berry, sa fille, une fête superbe, qui dura quatreou cinq jours, et coûta immensément.

Aux habitants de Paris sétaient joints beaucoup de provinciaux etdétrangers , notamment des Gascons, des Provençaux , des Vénitiens ,des juifs allemands, etc; Ces fripons sétaient organisés ; ils spéculaientsur la hausse constante, mais plus souvent sur les variations quilsavaient lart de produire; ils faisaient alors ce que lon fait en 1846pour les actions des chemins de fer. Lorsque le mot était donné, ilsoffraient tous à la fois des actions, vendaient et amenaient la baisse ;puis, sur une indication nouvelle , ils rachetaient au prix le plus bas cequils avaient vendu en hausse. Les variations étaient si rapides, quedes agioteurs, recevant des actions pour les aller vendre, en les gardantun jour seulement, avaient le temps de faire des profits énormes : on eucite un qui, chargé daller vendre des actions, resta deux jours sansparaître ; on crut les actions volées ; il nen était rien. Le commission-naire rendit fidèlement la valeur le lendemain , mais il sétait donné letemps de gagner un million pour lui.

Cependant la chute du système de Law et lavilissement du papierne tardèrent pas à inspirer des craintes sérieuses aux spéculateurs quinavaient pas jugé à propos de réaliser le montant des actions dont ilsétaient porteurs. Un événement affreux vint encore augmenter lépou-vante générale. Au milieu du délire de cupidité qui sétait emparé detout le monde, de jeunes seigneurs déréglés, à qui lagiotage navait pasréussi, résolurent de voler ce quils navaient pas su gagner ; un jeunedébauché dentre eux, le comte de Horn, parent du régent et allié deplusieurs maisons souveraines, sassocia à deux compagnons ordinairesde ses désordres ; avec leur secours, il sempara de la personne dunriche spéculateur, et sous le prétexte dun marché dactions, le condui-sit dans le célèbre cabaret qui avait pour enseigne à l'Epce de. bois ysitué rue de Venise, au coin de la rue Quincampoix, est aujourdhuiun marchand de vin., le comte de Horn et ses complices lassassinè-rent et le dépouillèrent de son portefeuille. Découverts au momentils tentaient de se sauver, poursuivis par les clameurs de la populace,ils furent atteints, et expièrent leur crime sur la roue en place de Grève.

Lillusion sétant entièrement dissipée avec la chute du système en1721 , la rue Quincampoix rentra dans lobscurité d elle nauraitjamais du sortir. La maison siégeait la banque de Law , qui servaità la lettrie de temple à la Fortune pendant ces moments de délire, exis-tait encore , il y a quelques années, à lendroit lon a bâti la maisonqui porte le n° 47, au coin de la rue Rambuteau. Dans cette vilainerue Quincampoix , étroite, sombre, sale, mal bâtie, on était surpris devoir une maison de si belle apparence. Elle était construite en pierresde taille , et a duré bien plus que le système ; les fenêtres du rez-de-chaussée étaient garnies dénormes barreaux de fer'", cest sans doutedune de ces fenêtres quun commis disait à la foule : Soyez tranquille,nous prendrons tout l'argent . Trois têtes sculptées en relief dansdes médaillons ornaient le bandeau du premier étage ; une de ces têtescouronnées de jonc représentait un fleuve ; la seconde était une tête de

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