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VILLE DE PARIS. — SIXIEME ARRONDISSEMENT. — N“ 23. QUARTIER DES LOMBARDS.
1732, époque où une personne inconnue mit dans le tronc une sommede cinq mille livres en or, qui servit à achever et à embellir cet édifice,dont le maître-autel était décoré d’une Annonciation peinte par Lebrun.Le chancelier Séguier avait été inhumé dans cette église, ainsi quePierre du Combout-Coislin, évêque d’Orléans, et Henri-Charles du Com-bout-Coislin, évêque de’Metz.
Au coin de la rue du Temple, et de la rue de Vendôme était l’hôteldu chancelier de I’Hospital , dont les jardins se prolongeaient jusquesur le boulevard.
Rue Jean-Robert, n" 17, estl’nÔTELD’EsTRÉEs, qui a été habité parla belle Gabrielle. Tout le corps de logis encore existant à la droite de lacour est évidemment du règne de Henri III et de Henri IV.
C’est rue Jean-Robert, n° 24 , que les conspirateurs Joyaut et Bur-ban, compromis dans l’affaire de Georges Cadoudal, furent arrêtés le4 germinal an xir. La maison avait été investie par la force armée, et lesrecherches avaient été infructueuses, lorsque, pour placer une sentinelle,on dérangea une fontaine derrière laquelle se trouvait l’entrée d’unecache, à travers de laquelle on aperçut le bras d’un homme. Plusieurscoups de pistolet ayant été tirés dans cette cache, sans que ceux qui yétaient parussent disposés à se rendre , on prit le parti d’aller chercherles pompiers pour inonder les individus renfermés dans cet antre, quise décidèrent enfin à se rendre ; c’étaient les nommés Joyaut, Burbanet Dutry. Joyaut avait sur lui deux pistolets et un poignard, des car-touches à balles, et portait deux ceintures garnies de pièces d’or. La cacherenfermait un pain de quatre livres, quatre bouteilles de vin, deux vo-lailles et un jambon cuit.
La porte du Temple était construite au bout de la rue du Temple,du côté du boulevard ; elle demeura fermée lors des troubles de la Ligue,depuis l’an 1364 jusqu’en 1606 , époque où elle fut rouverte lors de lapaix générale, et rebâtie à cause de sa vétusté. Cette porte fut démolieen 1684 par ordre du prévôt des marchands ; elle était protégée par unlarge fossé et par un ouvrage extérieur nommé le bastion.
Rue Meslay était, avant la révolution, l’hôtel du commandant de lagardede Paris, qui avait remplacé ce que l’on nommait anciennement leguet de Paris. Cet hôtel avait une issue sur le boulevard, où tous lesmatins avait lieu la parade. — En 1788 , on fit dans cette rue uneboucherie horrible des jeunes gens qui s’étaient réunis pour brûler eneffigie l’ex-garde des sceaux Lamoignon. (Voyez aussi rue St-Domini-ij me.)
Rue St-Martin , au coin de la rue Aumaire, le prieur de l’abbayeSt-Martin avait autrefois son échelle ou ses fourches patibulaires , queles petits-maîtres se donnèrent le plaisir de brûler pendant la minoritéde Louis XV, mais qui fut aussitôt rétablie.
Rue St-Martin, au coin de la rue du Vertbois, est la tour de l’ancienneabbaye St-Martin, où était la prison St-Martin, qui servait autrefoisd’entrepôt pour les filles débauchées, que l’on conduisait tous les pre-miers vendredis de chaque mois dans une salle du grand Châtelet poury être jugées par le lieutenant général de police. — Adossée à cettetour, entre les n“ 232 et 234, est la fontaine St-Martin, bâtie en 1712,sous la condition expresse que son établissement aurait lieu dans la tourde l’abbaye sur la rue St-Martin. Le monument se compose d’un grandsoubassement qui supporte deux pilastres chargés de bossages, ornés destalactites vermiculés, surmontés d’un piédestal, avec une conque marinequi supporte le cartouche. L'eau sort par un mascaron en bronze. Lesnombreuses inscriptions dont cette fontaine était décorée om disparu ;elles contenaient les noms des magistrats de la ville de Paris et des prin-cipaux religieux de l’abbaye St-Martin.
Rue Notre-Dame de Nazareth , Doyen tenait un spectacle bour-geois dès 1795 , qu’il quitta pour aller bâtir une nouvelle salle sur lesruines d’une chapelle attenant à l’ancien cimetière St-Nicolas, rueTransnonaiu.
La rue Transnonain, de funèbre mémoire, est comprise dans lequartier St-Martin. Lors de l’horrible épidémie désignée sous le nomde peste noire, qui enleva en France la quarantième partie de la popu-
lation, les juifs, condamnés par une diète assemblée àBenféld, et que l’onbrûlait et massacrait de tous côtés avec une incroyable furie, se réfugiè-rent non loin de Paris, dans la forêt Ste-Opporlune; mais, menacés d’yêtre cernés, ils revinrent dans la rue dite des Hérétiques, qu’ils habitaient.Le peuple se jeta alors sur eux, et les égorgea eu si grand nombre, queleurs cadavres, laissés sans sépulture, servirent durant plusieurs moisde pâture à un troupeau de loups qui rendirent longtemps ce quartierinabordable ; celte rue prit ensuite, au rapport de Borelus , le nom deTrans-nonesère, d’où vint plus tard le verbe transnoniser, qui signifiaitégorger; enfin, c’est de ce nom que Ton a fait, plus tard, celui de Trans-nonain, devenu si tristement célèbre par les massacres dont cette rue aété le théâtre le 14 avril 1834. La maison qui porte le n° 12 passait, àtort ou à raison , pour un des derniers retranchements de l’émeute dontle quartier fut le centre ; les troupes s’en emparèrent de vive force, ettous les habitants indistinctement, agresseurs et inoffensifs, vieillards,femmes et enfants, furent impitoyablement massacrés!...
Doyen, si connu par son goût pour le théâtre, qu’il portait jusqu’aufanatisme, fit bâtir dans cette rue, sur les ruines d’une chapelle attenantà l’ancien cimetière St-Michel, une salle de spectacle où Ton jouait lacomédie bourgeoise. Ce théâtre ayant porté ombrage à certains direc-teurs, on le fit fermer ; alort, on n’y joua plus qu’à huis clos. Le nombredes artistes qui ont commencé chez Doyen est incalculable : Menjaud,Samson, David, Huet, Ligier, Bocage, Féréol, Beauvalet, Paul, Bouffé,Arnal, etc., etc., y ont fait leurs premières armes, ainsi que des femmescharmantes, au nombre desquelles nous citerons MM“ Cœlina Fabre,Dusserl, Fitzelier, Brohan, Paradol, M lie Bourbier , etc. , etc. — Aprèsla mort de Doyen, sa salle fut démolie, et le 14 avril 1834 la maisonoù elle était située servait de théâtre au drame sanglant mentionné ci-dessus.
N° 23. QUARTIER UES LOMBARDS.
Ci-devant section des Lombards.
Les limites de ce quartier sont la rue aux Ours n os impairs , la rueSt-Martin n os impairs , la rue des Arcis n os impairs, la rue St-Jac-ques-la-Boucherie n os pairs, la rue St-Denis n os pairs jusqu’à la rueaux Ours. — Superficie, 140,000 m. carrés, équivalant à 0,004de lasuperficie totale de Paris.
On remarque principalement dans ce quartier :
L’église St-Leu, située rue St-Denis , entre les n“ 182 et 184.Cette église a été bâtie sur l’emplacement d’une chapelle construite en1235 , reconstruite en 1320 , érigée en paroisse en 1617 , réparée etchangée intérieurement en 1727. Pendant la révolution on en lit unmagasin à salpêtre, qui fut vendu comme bien national. En 1802, lesacquéreurs louèrent celte église pour les offices du culte catholique,moyennant le prix de trois mille francs de location annuelle, puis jus-qu’à la somme de dix mille francs. En 1813, le clergé en fut mis défi-nitivement en possession , et en 1829 cette paroisse fut élevée du rangde succursale à celui de cure de deuxième classe. — L’autel principalest tellement élevé que le célébrant y semble au premier étage. Cettedisposition inusitée a permis de placer au-dessous une chapelle bassedédiée à Jésus-Christ sur le Calvaire. On voit sur l’autel un fort beauChrist qui ornait autrefois l’église du Sépulcre. Dans la seconde cha-pelle, du côté méridional, on voit les restes d’un monument funéraire,élevé à la mémoire de M’"' de Lamoignon, et exécuté par le célèbreGirardon.
Le corps de sainte Hélène, mère de Constantin, qui avait été apportéde Rome en 840, et déposé dans l’église de l’abbaye de Hautvillers enChampagne, d’où il avait, dit-on, été soustrait clandestinement en lt93avant la violation des châsses de cette abbaye, par les religieux D. Gros-sàrt et D. Gautier, fut transporté en 1820 de l’église de Montier-en-Der, où il avait été déposé en dernier lieu, dans 1 eglise de St-Leu, où ila été placé dans une châsse magnifique derrière le maître-autel, lejour de son inauguration, le 29 novembre 1820, à la suite d’une pro-cession solennelle où figuraient plus de cinq cents chevaliers, trente cor-dons bleus et une infinité de hauts et puissants personnages de l’époque.