VILLE DE PARIS. — SIXIEME ARRONDISSEMENT. — N“ 24. QUARTIER DU TEMPLE. 97
sons, pouvaient travailler pour leur compte sans avoir été reçus maîtresdans les communautés des métiers qu’ils exerçaient ; c’était l’asile desbanqueroutiers et des autres personnes poursuivies pour dettes ; c’étaitun lieu d’exception, au milieu de la capitale de la France, où les huis-siers n’avaient pas le droit de pénétrer, un reste de l’anarchie féodale.
La tour du Temple était le lieu où l’on tenait les archives de l’ordrede Malte. Pour y arriver, il fallait traverser une première cour, l’hôteloccupé autrefois par le grand prieur, et une seconde cour qui servaitanciennement de jardin , et qui conduisait à une troisième cour entou-rée de murs très-élevés , dans laquelle se trouvait ce qu’on appelait latour du Temple. C’était un bâtiment composé de plusieurs tours réu-nies, au milieu desquelles était un édifice carré dont les murs étaient dela plus grande épaisseur : un lij en long entrait aisément dans l’embra-sure des fenêtres, qui étaient revêtues de gros barreaux de fer. Lesportes étaient extrêmement épaisses ; celle de la chambre où fui en-fermé Louis XVI était entièrement en fer. A l’entrée de la cour, il y enavait deux en forme de guichet, qu’on ne passait qu’en se courbant ; ily en avait une à l’entrée de l’escalier, une dans l’escalier, à la sépara-tion de chaque étage , une à chaque étage , à l’entrée des corridors quientouraient les appartements, enfin une à l’entrée de chaque apparte-ment. Cette tour, bâtie par Hubert, trésorier des templiers, qui mouruten 1222, était regardée comme un des plus solides édifices du royaume;les rois de France y ont longtemps déposé leurs trésors ; plus tard elleservit d’arsenal et de magasin d’armes , et fut ensuite affectée au dépôtdes titres et des archives de l’ordre de Malte. — Le 10 août 1792 , leroi Louis XVI fut enfermé au Temple avec sa famille ; la communede Paris, ne trouvant pas ce logement assez sur, fit transférer cemonarque dans la grosse tour du Temple, d’où il ne sortit que pourparaître deux fois à la barre de la convention , et une dernièrefois, le 21 janvier 1793 , pour monter à l’échafaud. Le dauphin sonfils avait sept ans et quelques mois quand les portes du Temples’ouvrirent pour le recevoir; elles s’étaient refermées sur lui pour ja-mais. Sa présence procura de grandes consolations à sa famille, surtoutà Louis XVI, qui cherchait l’oubli de ses malheurs en s’occupant dusoin de son éducation. Après la catastrophe du 21 janvier, Monsieur,depuis Louis XVIII, déclara son neveu roi de France sous le nom deLouis XVII. Le jeune prince resta encore quelque temps avec le restede sa malheureuse famille; mais, lors des événements du 2 juin, St-Justayant fait un rapport à la convention , où il avança qu'il existait unplan de conspiration trame par les girondins , dans le but de proclamerLouis XVII roi de France et Marie-Antoinette régente, il fut séparé desa mère , qu’il ne devait plus revoir, et remis entre les mains du cor-donnier Simon , officier de la commune de Paris , qui changea en habi-tudes grossières les dispositions heureuses que le jeune prince avaitmontrées jusqu’alors. Tout le monde connaît l’affreuse déposition qu’onlui arracha contre la reine, et la réponse sublime qu’elle inspiras cetteprincesse infortunée. Après la chute de Robespierre, ce faible enfant,dont on redoutait peu l’influence, demeura oublié. Ce ne fut qu’au moisde février 1795 , que la commune de Paris avertit le comité de sûretégénérale du danger qui menaçait ses jours ; lorsque le chirurgien Desaultfut appelé, il était trop tard; le prince mourut le S juin 1795-
La fille de Louis XVI quitta le Temple le 28 frimaire an iv (20 dé-cembre 1795), à quatre heures du matin, pour être conduite à la fron-tière et échangée contre Camus, Quinette, Drouet et Bancal, députés dela convention nationale, livrés à l’Autriche par Dumouriez.— La tourdu Temple fut ensuite transformée en prison d’Etat. Parmi les hommesmarquants qui y furent enfermés , on cite le comte de Rivarol, qui yresta deux ans , Duverne de Presle, le chevalier d’Aranjo, ambassa-deur de Portugal, Esmenard , Fiévé, J.-J. Aymé, le comte de Mont-lozier, M. deRémusat, Toussaint Louverture, le commodore SydneySmith, etc., etc. Le général Pichegru y fut enfermé, et y mit fin à sonexistence le 6 avril 1804. Wright, capitaine de la marine anglaise, ac-cusé d’avoir débarqué des Vendéens sur les côtes de France, s’y coupala gorge avec un rasoir en 1805. Moreau, Lajollais, Cïeorges Cadoudal,le marquis de Rivière, les frères Poliguac, ont aussi été détenus dans latour du Temple.
L’église du Temple, de construction romano-gothique, avait été bâtie,
dit-on, sur le modèle de l’église St-Jean de Jérusalem ; le portique ouporche, en forme de coupole portée sur six colonnes isolées, était le seulqui présentât, à Paris , cette diposition architecturale. L’autel, à laromaine, était séparé de la nef par une belle balustrade en fer poli.Dans le chœur était le mausolée en marbre blanc d’Amador de la Porte,grand prieur du Temple ; un mausolée à peu près semblable avait étéélevé dans la chapelle dite de Jésus , à la mémoire de Philippe de Vil-liers de lTsle-Adam, grand maître de l’ordre de St-Jean de Jérusalem.À côté de cette chapelle était l’épitaphe de François Faucon, chevalierde St-Jean de Jérusalem , qui s’illustra dans plusieurs combats contreles infidèles ; la chapelle de St-Pantaléon possédait, sous une arcadepratiquée dans la muraille, les restes de deux grands prieurs de France,Bertrand de Cluys et Pierre de Cluys, son neveu.
Le jardin du Temple servait pendant l’été de promenade publique ;on y entrait par l’enclos du Temple, à l’extrémité duquel était une fon-taine sur laquelle on lisait ces vers :
Quem cernis fontem Maliœ debelur et Urbi;
Prœbuit kœc undas, prœbuit ilia locum.
Contre les murs du Temple, à l’entrée de la rue de la Corderie, étaitune boucherie appartenant aux templiers, qui l’avaient établie primiti-vement rue de Braque, et transférée ensuite rue du Temple.
Devenu propriété nationale, par suite des événements de la révolu-tion de 1789, le palais du Temple servit longtemps de magasin. Lesmurs élevés qui l’entouraient furent démolis en 1802. Sur une partie del’enclos on éleva , de 1809 à 1811, les bâtiments de la halle au vieuxlinge et à la ferraille, composée de quatre corps d’abris supportés pardes piliers. Ces vastes hangars renferment plus de dix-huit cents bouti-ques , où se trouve réunie la plus grande quantité de vieilleries et deguenilles qui existe dans le monde entier.
La grosse tour a été entièrement démolie en 1811. Ce qui restaitalors du palais du Temple fut magnifiquement disposé et embelli de1812 à 1813 pour servir au ministère des cultes. Cet édifice, construiten 1667, offre sur la cour une façade décorée de huit colonnes ioniquesaccouplées, au-dessus desquelles sont sculptées les statues de la Justice,de l’Espérance, de l’Abondance et de la Prudence. La façade sur la ruedu Temple est ornée des statues de la Seine et de la Marne.
Les évènements de 1814 firent changer la destination du Temple,qui fut illégalement donné, par ordonnance royale de Louis XVIII, àla princesse de Coudé , ancienne abbesse de Remiremont, qui y établitune congrégation de dames de son ordre. Depuis, le palais du Templea été revendiqué par le gouvernement, qui s’est pourvu devant le con-seil d’Etat pour faire annuler l’ordonnance de Louis XVIII.
Les portiques ou rotonde du Temple, qui tirent leur nom de l’enclosoù ils ont été construits, ont été commencés en 1788 , sous l’adminis-tration du bailli de Crussol, et ils ont été élevés d’après les dessins dePerard et de Montreuil ; un ancien notaire de Paris avait spéculé surcette entreprise, que la révolution rendit infructueuse. Les portiquesdu Temple présentent un corps de bâtiments de forme elliptique de74 m. de longueur ; au milieu est une cour longue de 66 m. sur 12 ni.de largeur. L’épaisseur du bâtiment est divisée en trois parties : l’une, àl’extérieur, forme une galerie de quarante-quatre arcades soutenuespar des colonnes d’ordre toscan ; les deux autres composent vingt-liuitboutiques et arrière-boutiques, avec un entresol au-dessus, comprisdans la hauteur des arcades; deux étages s’élèvent au-dessus des arca-des * un troisième est pratiqué dans le comble ; tous ces étages sontdistribués en petits logements, qui étaient fort recherchés à l’époque oùle Temple était un lieu privilégié et un asile inviolable.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Le boulevard du Temple, le plus joyeux, le plus bruyant, le pluspopulaire et le plus populacier de Paris , commence rue des Filles-du-Calvaire et rue des Fossés-du-Temple, et finit à la rue et au Faubourg cmTemple. On n’y voit que cafés, restaurants, spectacles ; le soir, on y estébloui par la quantité des lumières, on y est étourdi par le son aigu
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