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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. SEPTIEME ARRONDISSEMENT. N 27. QUARTIER DU MARCHE ST-JEAN.

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bagues, leurs joutes .et leurs tournois ; ce fut par cette rue que la reineMarie-Thérèse dAutriche fit sa première entrée en 1660, et que se fitla superbe marche du carrousel de launée 1662 pour la naissance dudauphin, fils de Louis XVI.

Cest à lextrémité de la rue St-Antoine, à lendroit cette rue estcoupée parla partie septentrionale du boulevard, quétait placée la porteSt-Antoine, bâtie eu 1585 et démolie en 1778.

La rue St-Antoine lut une de celles lou se battit avec le plus da-charnement, le 28 juillet 1830. Les troupes, qui du faubourg St-An-toine avaient été obligées de se replier sur la place de la Bastille, se di-rigèrent alors sur la rue St Antoine elles fusillèrent et mitraillèrenttout ce quelles rencontrèrent sur leur passage. Les habitants ripostè-rent avec un courage et un sang-froid remarquable ; ils assaillirent lessoldats de pierres lancées par les croisées et même du haut des toits,sur lesquels il y avait beaucoup de monde. Les canons de cette colonnefirent plusieurs décharges dans la rue St-Antoine, et lon voyait naguèreencore la trace des boulets sur plusieurs maisons, entre autres sur cellequi fait le coin de la rue St-Paul. Malgré le feu soutenu de la fusilladeet de lartillerie, la garde royale ne put aller plus loin que la rue deFourcy, et ne put faire sa jonction avec les troupes qui assiégeaientlhôtel de ville. Elle revint en désordre, sur les trois heures, vers laplace de la Bastille. La rue St-Antoine offrait alors un aspect dont ilest impossible de se faire une idée. Chaque étage de ses hautes maisonsrecelait des pavés, des moellons, des briques, des bûches énormes, etcest sous cette grêle de projectiles dune nouvelle espèce que furentécrasés les cuirassiers qui tentèrent dy pénétrer. Un bataillon dan-ciens militaires, tous décorés, se fit remarquer par son intrépidité, laprécision de ses mouvements, la sûreté de ses attaques et la pesanteurde ses coups.

Rue de la Tixeranderie, n° 27, au coin de la rue du Coq-St-Jean,dans deux petites chambres fort modestes prenant jour sur la rue, de-meurait Scarron, ce spirituel paralytique qui resta vingt-deux ans sursa chaise, ne conservant que lusage de ses doigts, de sa langue et deson estomac ; il usa et abusa de ce qui lui restait. La médisance et lagloutonnerie furent les seules compensations de son long martyre. Il lemena gaiement. Sa chambre fut un bureau desprit et un réfectoirechacun apportait son contingent de saillies et de victuailles. Ce salon demalade fut le plus gai de tous les cercles de Paris. Le grand Turenne,M n " de Sévigné, le cardinal de Retz, la belle Ninon, Mignard, Sarazin,venaient sasseoir et causer sur son petit lit de damas jaune ; le comtede Lude et Villarceaux apportaient leur souper, et les grands seigneursvenaient voir le plaisant malade comme on va voir l'éléphant. Cestde que la veuve de cet écrivain spirituel, mort le l ei octobre 1660, etenterré à St-Gervais, sortit pour venir sasseoir sur ou à côté du trône deFrance, elle fut loin de trouver le bonheur. On raconte quun jour àFontainebleau, comme elle regardait avec M" de Caylus les carpes dunbassin, madame de Caylus fit remarquer à sa tante quelles semblaienttristes et languissantes : Elles sont comme moi, dit M ,,,e de Maintenon,elles regrettent leur bourbe .

Rue des Deux-Portes-St-Jean, n° 2, est un bel hôtel construitpar le fermier général Bastonneau. En face (au n" 1) est uu autre hôtelqui paraît avoir fait partie du premier, dont il nétait séparé que par larue. En entrant dans la rue des Deux-Portes par létroit passage quidonne dans la rue de la Tixeranderie, on est loin de se douter quilexiste dans cette rue daussi beaux hôtels.

Rue Culture St-Catherine, n° 19, était le théâtre nu Marais,contruit en 1790 par Beaumarchais, et dont lentrée annonçait, par sagothique construction, un moutier du xm e siècle plutôt quun spectacleprofane. Ce théâtre fut ouvert le 1" septembre 1791 par la Métromanieet VEpreuve nouvelle. Beaumarchais y fit représenter pour la premièrefois la Mère coupable le 26 juin 1792.

Le Marais avait été autrefois le quartier le plus fréquenté de Paris,le centre des plaisirs : toutes les jolies femmes, tous les galants de bonton allaient se promener au Temple, et un spectacle pouvait sy soutenir.Depuis, et même avant la révolution, leMarais était devenu le quartier desdévotes et des rentiers ; les premières nallaient pas à la comédie, et les

seconds avaient un revenu trop borné pour se permettre ce délassement.On ny soupait pas à lheure de tout le monde : on ny faisait rien commetout le reste de Paris ; aussi le nouveau théâtre du Marais déclina sen-siblement, et finit par fermer, faute de spectateurs, en 1793. Dans lesderniers temps les recettes avaient fini par être insuffisantes pour cou-vrir les principales dépenses ; une fois même, la misère était si grande,que lon navait pas de quoi acheter une voie de bois; cependant on avaitmis sur laffiche que la salle serait chauffée de bonne heure, que tous lespoêles seraient allumés. Comme il fallait tenir parole, les poêles furentallumés, mais la salle nen était pas plus chaude pour cela, car au lieude bois dans les poêles ou avait mis.un lampion. Le théâtre du Ma-

rais, après avoir été rouvert et fermé plusieurs fois, fut définitivementfermé en vertu du décret de 1807, qui supprima dun seul coup dix-liuit théâtres. On comptait au nombre des acteurs de ce théâtre, quiétaient fort nombreux, Baptiste aîné, Baptiste cadet, Perlet, mesdamesPaulin, Belleval, Gonthier, et autres dont les noms, chers aux amis duthéâtre, sont restés dans la mémoire de quelques vieux amateurs. Sousla restauration on avait établi, sur lemplacement du théâtre du Ma-rais, des bains et une fabrique de savon façon de Windsor.

Place du Marché-St-Jean était le cimetière St-Jean, ancienne-ment lieu dexécution pour les criminels. Estienne de la Force , richemarchand de Paris, y fut brûlé vif comme hérétique en 1535 Cesten cet endroit quétait lhôtel de Craon, qui leula de faire assassi-ner le connétable Olivier de Clisson en 1392. En punition de cet atten-tat, sa maison fut démolie et entièrement détruite; lemplacement quelleoccupait fut donné à léglise St-Jean en Grève, pour en faire uu cime-tière, qui depuis a été converti en marché public.

Rue des Francs-Bourgeois, n" 7, est Ihôtel dAlbret, bâti parCésar Phœbus dAlbret.

Au n 11 estlHÔTEi. Voisin, converti en caserne de gendarmerie.

Au n 14 est Ihotel dit DE Gaurielle dEstrées.

La rue Tiron était au xiv" siècle une des rues affectées à la demeuredes filles publiques, qui faisaient alors corps à Paris, avaient des statuts,des juges et des habits particuliers pour se faire reconnaître.

Au fond dune cour de celte rue, dont la principale entrée donnaitrue St-Antoine, n" 46, il y avait en lan xi un théâtre de la rue St-An-toine, plus connu sous le nom de théâtre Mareux ou des Jeunes-Elèvesdramatiques et lyriques. Dans lorigine, il nétait ouvert quà des so-ciétés particulières ; depuis il na jamais eu de troupe fixe ni de réper-toire déterminé. Le propriétaire avait eu à soutenir contre les établisse-ments autorisés un long procès dont la révolution fit cesser la cause. Ila subi depuis le sort de vingt autres théâtres, qui ont été transformésen ateliers ou en magasins.

Rue Ste-Croix de la Bretonnerie, n s 39 et 41, était le couventdes chanoines de ce nom, fondé en 1258 sur lemplacement de lancienhôtel des Monnaies. Supprimé en 1790, ce couvent a été démoli et rem-placé par des constructions et par un passage qui communique rue desBillettes. Léglise, bâtie par le célèbre Eudes de Montreuil, avait sonentrée principale rue Ste-Croix de la Bretonnerie.

Rue Vieille-du-Temple, entre la rue des Rosiers et la rue desFrancs-Bourgeois, était lhôtel dAdjacet, qui appartint plus tard aumarquis dO, gouverneur de Paris et lun des mignons de Henri III.Lhôtel dO fut acheté en 1655 pour y établir la communauté des hospi-talières de St-Athanase, supprimées en 1791. Une partie de lemplace-ment de ce couvent est occupé aujourdhui par le marché des Blancs-Manteaux.

Au n° 24 est limpasse dArgenson lon voyait autrefois un cruci-fix dune assez grande dimension. Il était placé près dune maison deprostitution, et cette circonstance avait fait imaginer un sobriquet inju-rieux. Ce scandale existait depuis longtemps, quand la police savisaenfin dy mettre un terme, et nosa néanmoins procéder quavec la plusmystérieuse circonspection. Voici comment sexprime lEtoile , journalde Henri III, 1. 1 " : « La nuit du jeudi 10 mars 1580, de lordonnancede lévêque de Paris, assisté dun secret consentement de la cour du par-

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