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VILLE DK PARIS. — SEPTIÈME ARRONDISSEMENT. — N™ 27. QUARTIER DU MARCHÉ ST-JEAN.
exercé sur le cadavre de cette victime infortunée. Il est tin fait si atroce quela pudeur laisse à peine d’expressions pour le décrire ; mais je dois la vé-rité tout entière et ne me permettre aucune omission. Lorsque les assassinsse furent partagé les morceaux sanglants de son corps, l’un de cesmonstres lui coupa la partie virginale et s’en fit des moustaches, enprésence des spectateurs saisis d’horreur et d’épouvante !... « Ou montreencore, au troisième étage de l’hôtel de Brienne, une fenêtre ronde, uneespèce d’œil-de-bœuf qui éclaire la chambre occupée en 1792 par cetteprincesse infortunée, dont le meurtre excita une horreur générale, età qui les hommes généreux de tous les partis n’ont pu refuser' unelarme. C’est de là qu’elle fut enlevée dans les journées de septembre,pour être conduite au petit guichet qui fait face à la rue des Ballets, et oùelle fut si dérisoirement jugée et si atrocement assassinée. — Pendant laterreur, plusieurs personnages dignes d’un meilleur sort furent renfermésà la Force. De ce nombre était l’intéressante M m0 de Kollv, femme dufermier général de ce nom, le duc de Tilleroi, le baron de Trenck,Francœur, l’ancien directeur de l’Opéra, le banquier Wandenyver et safamille, la comtesse du Barri, Sombreuil, Linguet, etc.
La Force est la prison la plus vaste de Paris, mais aussi la plus irré-gulière dans sa distribution. Elle embrasse à présent huit cours oupréaux. Ce sont : les cours de Vit-au-Lait (qui doit son nom à ce qu’elleservait de promenoir aux détenus arrêtés pour n’avoir pas soldé desmois de nourrice); de la Dette; du Bâtiment neuf; Ste-Madeleine; desMômes ; des Poules ; Ste-Marie-Egyptienne et Ste-Anne. La première,plantée d’arbustes et de fleurs, est aussi gracieuse que peut l’être unecour de prison. La seconde, d’abord destinée aux deniers, occupe enquelque sorte le centre de la prison ; on y trouve deux chauffoirs, l’undit des pistoliers, l’autre dit des pailleux. La cour du Bâtiment neuf estsurnommée la Fosse aux fions,-c’est le repaire des forçats, des réclu-sionnaires libérés ; les murs sont construits en pierre de taille et à l’é-preuve des évasions ; les dortoirs sont voûtés ; c’est en un mot le lieule plus sinistre que l’imagination puisse concevoir. La cour Ste-Made-leine est fort rétrécie et d’un aspect sinistre. La cour des Mômes est ré-servée pour la promenade des hommes qui sont au secret ; les enfantsn’y viennent qu’aux heures des repas. La cour dite des Poules, interditeaux détenus, n’est séparée de la rue Pavée que par la grande porte quidonne sur cette rue. La cour Ste-Marie-l’Egyptienue est longue et très-étroite; c’est après celle du Bâtiment neuf la plus désagréable entretoutes. La cour Ste-Anne est destinée aux vieillards et aux vagabonds.
Dans ce gouffre, où errent aujourd’hui, comme dans un purgatoire anti-cipé, des prévenus de tous genres, attendant le jugementqui doit les plon-ger dans l’enfer d’une prison centrale ou d’un bague, ou les rendre à unparadis de liberté ; dans ces cours, sous ces arceaux, au fond de ces cor-ridors où se corrompent des malheureux seulement égarés, où s’égarentdes innocents, où le vice s’exploite, où le crime se. perfectionne, oùl’homme assez fort de principes, assez pur de conscience pour resterinaccessible à ce contact, est réduit à déplorer l’impuissance ou seule-ment l’insouciance qui laisse tant d’individus dans les horreurs del’anxiété ; dans ces lieux enfin, où la vie n’a d’autres règles que le tin-tement d’une cloche, d’autres harmonies que le bruit desverroux et desclefs , d’autre incident que l’alternative d’une visite au cachot ou d’unvoyage à la souricière ; là, où jadis, le duc de la Force donnait des fêtesbrillantes qu’embellissait tout le luxe des arts, où des femmes parfuméescomme des fleurs, légères comme des sylphides, caressaient le parquetde ce grand salon, maintenant coupé en deux parties , se vautrent desmisérables rongés de vermine et de maladies plus honteuses encore.
VARIÉTÉS HISTORIQUES ET BIOGRAPHIQUES.
Rue Pavée au Marais existait anciennement I’hôtel Savoisi, bâtipar Charles de Savoisi, chambellan et l’un des favoris du roi Charles VI.Cet hôtel est fameux dans l’histoire de l’université de Paris. Le 14juillet 1408, la procession des écoliers passant dans la rue du Roi-de-Sieile pour aller à l’église Ste-Catherine du Val des Ecoliers, un des va-lets de Charles de Savoisi, revenant d’abreuver un cheval et le faisantgaloper, fit jaillir de la boue sur un des écoliers. Celui-ci donna uncoup de poing au valet, qui appela à son secours les autres domestiques
de son maître, qui poursuivirent en armes les écoliers jusqu’à la portede l’église Ste-Catherine et en blessèrent quelques-uns. L’universitépoursuivit si vivement cette insulte contre Savoisi, qui avait avoué sesdomestiques, que, par arrêt du conseil d’Etat, il fut ordonné que l’hôtelde Savoisi serait démoli ; Savoisi fut condamné en quinze cents livres d’a-mende envers les blessés, et à mille livres envers l’université. Trois deses gens furent condamnés à faire amende honorable, nus, en chemise,devant les églises de Ste-Geneviève, de Ste-Catherine et de St-Severin ;après quoi ils furent fouettés aux carrefours de la ville et bannis pourtrois ans. En 1416, Savoisi obtint du roi la permission de faire rebâtirson hôtel ; mais l’université s’y opposa avec tant de force, que ce ne futqu’après cent douze ans qu’elle permit qu’on la rebâtit, sous la condi-tion expresse qu’on mettrait au-dessus de la porte du nouvel hôtel unepierre sur laquelle serait gravée l’inscription suivante :
Cfitle maison de Savoisi, en 1409» fin démolie et abattue par arrêt, pour certainsforfaits et excès commis par messire Charles de Savoisi, chevalier, pour lors -seigneuret propriétaire d’icelle maison , et ses serviteurs, à aucuns écoliers et suppôts del’Université «le Paris , en faisant la procession de ladite Université à Ste-Catherinedu Val des Ecoliers , près dudit lieu ; avec autres réparations, fondations de cha-pelles, et charges déclarées audit arrêt, et a demeuré démolie et abattue l’espace decent douze ans, et jusqu’à ce que ladite Université, de grâce spéciale, et par cer-taines causes, a permis la rééducation d’icelle, aux charges contenues et déclaréeses lettres, sur ce faites et passées à ladite Université; en l’an i 5 i^.
François I e % devenu propriétaire de cet hôtel, en fit présent à Fran-çoise de Longuy, veuve de l’amiral Chabot, qui le vendit à Charles deLorraine, dont la veuve le ht reconstruire de nouveau. C’était donc làque demeuraient ces fameux Guises, dont l’ambition coûta tant de lar-mes et de sang!... L’hôtel Savoisi, devenu hôtel de Lorraine, n’estplus connu dans la rue Pavée, et rien n’indique où il était situé.
Au n ü 24, est le magnifique hôtel Lamoigxon, occupé aujourd’huipar une pension de demoiselles. C’était autrefois l’hôtel d’Angoulême.Il appartenait au duc d’AngouIème, bâtard de Charles IX et de MarieTouchet, « qui, selon Tallemant des Réaux, aurait été le plus grandhomme de son siècle s’il eût pu se défaire de L’humeur d’escroc que Dieului avait donnée. Il demandait à M. de Chevreuse : combien donnez-vous à vos secrétaires ? — Cent écus, dit M. de Chevreuse. — Ce n’estguère, reprit-il, je donne deux cents écus aux miens. Il est vrai que jene les paye pas. — Quand ses gens demandaient leurs gages, il leur di-sait : C’est à vous à vous pourvoir : quatre rues aboutissent à l’hôteld’Angoulême, vous êtes en beau lieu, profitez-en si vous voulez. « Cethôtel a reçu le nom d’hôtel Lamoignon parce qu’il a appartenu sousLouis XIV aux célèbres magistrats de ce nom. Là naquit, fut élevé ethabita longtemps le vertueux de Malesherbes, l’un des défenseurs deLouis XVI, mort sur l’échafaud révolutionnaire le 22 avril 1793.
Rue St-Antoine, n° 24, est I’hôtel de Sully, qui a porté aussile nom d’hôtel Boisgelin, et ensuite celui d’hôtel de Turgot. Cet hôtel,bâti sur une partie de l’emplacement de l’hôtel des Tournelles, est dé-coré de bossages, de sculptures et parfaitement entretenu; il a étéconstruit par le riche partisan Galet, joueur effréné, qui le perdit d uncoup de dés, et que l’on vit sur la fin de sa vie jouant aux cartes sur lesmarches de ce même hôtel avec des gens de la lie du peuple, dont quel-ques-uns avaient été ses valets.
Entre les n os 67 et 69 était le Petit-St-Antoine, ancien hôpitalfondé par saint Louis, réuni à l’ordre de Malte , converti plus tarden un collège pour les jeunes religieux de l’ordre, et supprime en 1790.Sur son emplacement on a établi en 1806 le passage du Petit-St-An-toine.
C’est dans la rue St-Antoine que fut blessé mortellement le roiHexri II, victime de son goût pour les exercices chevaleresques : le29 juin 1559 , dans un tournoi donné rue St-Antoine, où il figuraitau nombre des combattants, il fut atteint, au-dessous de 1 œil gauche,d’un coup de lance que, sans mauvais dessein, lui porta le sieur deMontgommery ; transporté aussitôt à l’hôtel des Tournelles, il y mourutle 10 juillet suivant. Cet événement nous rappelle que la rue St-An-toine était au xvi c et au xvii e siècle le principal endroit où se donnaientles fêtes extraordinaires de la cour; les rois y faisaient leurs courses de