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VILLE l>E PARIS. — HUITIEME ARRONDISSEMENT. — N" 29. QUARTIER DU MARAIS.
C’est aussi dans la rue St-Claude que demeurait la comtesse de laMotte, si scandaleusement célèbre par l’affaire du collier.
Rue deThorigny, n" 11, et rue des Coutures-St-Gervais, n° 1, estl’hôtel de Juignéqui disputait jadis à l’hôtel Lambert l’admiration desParisiens et des étrangers, et qui était sans contredit l’un des plus beauxhôtels de Paris. Cet hôtel a été bâti par le riche traitant Aubert, dont lesel avait fait la fortune, ce qui avait fait donner à son hôtel le nomd 'hôtel salé. Plus tard, il fut acquis par Lecamus, secrétaire du roi,mort en 1688 à l’âge de quatre-vingts ans, qui avait donné son nom àcet hôtel; il était venu à Paris avec vingt livres, et partagea neuf mil-lions à ses enfants après s’être gardé quarante mille livres de rente.L’hôtel Lecamus passa ensuite à la maison de Juigné dont il a conservéle nom ; il a été pillé à l’époque de la révolution, et toutes les peinturesont été effacées. On y entre par une grande cour dont les bâtiments sontornés de pilastres corinthiens ; l’escalier est d’une rare magnificence. Lemaréchal de Yiiieroy a longtemps demeuré dans cet hôtel, qui était oc-cupé naguère par l’école des arts et manufactures.
La rue Barbette doit son nom à une belle maison de plaisance quiappartenait au commencement du xii' siècle à la famille Barbette,célèbre sous le règne de Philippe le Bel. Cette maison de plaisance setrouvait au milieu d’un vaste emplacement nommé depuis la Courlille-Barbette, situé entre la rue Culture-Ste-Catberine et la rue du Temple,et tenant d’un côté à la porte Barbette, près des Blancs-Manteaux, etde l’autre à des égouts nommés les égouts de la Courtille-Barbette.L’hôtel Barbette qui avait appartenu en 1298 à Etienne Barbette, voyerde Paris, maître de la monnaie et prévôt des marchands, fut ruiné parle peuple dans une émeute en 1306. Sur son emplacement Charles VIfit construire une maison de plaisance qui porta le nom d’hôtel Notre-Dame et de petit Séjour de la reine. Ce fut dans cet hôtel que la reineIsabeau de Bavière accoucha en 1407, et ce fut dans une maison voisineque se tinrent cachés pendant dix jours les meurtriers qui assassinèrent !le duc d’Orléans le 23 novembre 1407, au moment où il sortait de chez !la reine. i
Diane de Poitiers, duchesse de Valeiÿinois, demeurait à l’hôtel Bar-bette. Les duchesses d’Aumale et de Bouillon, ses filles, le vendirent àdifférents particuliers, qui le firent démolir ; c’est sur son emplacementqu’ont été percées les rues des Trois-Pavillons, du Parc-Royal et la rueBarbette, où est mie succursale de la maison d’éducation des filles de laLégion d’honneur. — Dans l’espace qui sépare la rue Barbette de la jrue des Francs-Bourgeois, rue Vieille-du-Temple, on remarquait en !1789 un reste de porte de l’ancien hôtel Barbette. Une des jolies tou- jrelies du vieux bâtiment subsiste encore aujourd’hui au coin de la rue ides Francs-Bourgeois. j
C’est en face de l’hôtel Barbette qu’était la maison de Jean Ferron, ;époux de la belle Ferronière, maîtresse de François I". Jean Ferron, idont la maison était encore debout il y a quelques années, avant qu’on ieût élargi la rue Barbette, animé contre sa femme et contre le roi d’une jhorrible vengeance, s’infecta volontairement d’une maladie honteuse !qui causait alors une mort presque inévitable ; le venin de cette maladie ;coula bientôt dans les veines de sa jeune et belle compagne, et atteignitainsi le roi, qui, malgré tous les soins, tous les efforts, en mourut en 11547. Ou voyait autrefois le tombeau de la Ferronière dans le couventde St-Maur.
Rue des Minimes, n" 6, était le couvent des Minimes, dont une !partie est aujourd’hui occupée par une caserne d’infanterie. Dès l’an i1493, les minimes avaient à Chaillot une maison qu’ils tenaient de lalibéralité d’Anne de Bretagne. En 1611, Marie de Médicis fit bâtir pources religieux un monastère et une église sur une partie des jardins dupalais des Tournelles et de l’ancien hôtel de Vitri. L’église fut riche-ment décorée en marbre précieux et en beaux tableaux. On y remar-quait les mausolées , les statues, les cénotaphes et les épitaphes de lafamille Colbert ; de Charles de Viéville, delà duchesse d’Angoulême,fille naturelle de Henri II et d’une Piémontaise ; de Charles de Valois,duc d’Angoulème, fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet; deJean de Lannoy, savant docteur en théologie; du président lejay;d’Abel de Ste-Marthe, bibliothécaire du roi. i
Rue St-Antoine , impasse Guémenée, demeurait la célèbre Marionde Lorme. « C’était, dit Tallemant des Réaux, une belle personne,d’une grande mine, qui chantait bien, jouait bien du théorbe, et faisaittout de bonne grâce ; si elle eût voulu se marier, elle eût eu vingt-cinqmille écus en mariage ; mais elle ne le voulut pas ; elle était magnifique,dépensière et naturellement lascive. Elle avouait qu’elle avait eu incli-nation pour sept ou huit hommes et non davantage ; des Barreaux , quifut le premier, Rouville, Miosseul, à qui elle écrivit par une fantaisiequi lui prit de coucher avec lui, Arnaud , Cinq-Mars, de Châtillon etde Brissac. — Elle mourut au mois de juin 1650 à l’âge de trente-neufans, dans tout l’éclat de sa beauté, d’une forte dose d’antimoine qu’elleavait prise pour se faire avorter et qui la tua. Soret, dans sa Muse his-torique, du 30 juin 1650, fait mention de sa mort en ces termes :
La pauvre Marion de Lorme,
De si rare et plaisante forme,
A laissé ravir au tombeau
Son corps si charmant et si beau.
On la vit morte durant vingt-quatre heures, sur son lit, avec une cou-ronne depucelle. Enfin le curé de St-Gervais dit que cela était ridicule. »Ainsi se trouve détruit l’absurde roman qui prolonge l’existence deMarion de Lorme jusqu’à l’âge de ceut trente-quatre ans, et la faitmourir à Paris sur la paroisse St-Paul en 1741.
Rue St-Antoine, au coin de la rue de l’Egout, est le marché Ste-Ca-therine, qui occupe l’emplacement où était le monastère des chanoinesde Ste-Catherine du Val-des-Ecoliers, fondé en 1201, et considéréplus tard comme le collège de tout l’ordre du Yal-des-Ecoliers. C’estdevant l’église de ce monastère où l’on voyait les tombeaux du chauce-lier d’Orgemont, du chancelier Réné de Biragues, et celui de J. Ligne-ris , que furent exposés, en 1358, les corps d’Etienne Marcel, prévôtdes marchands, et de cinquante-quatre de ses complices, tués près de lapremière porte de la Bastille.
Impasse Guémenée, n°*4 et 8, était la communauté des filles dela Croix, fondée en 1640, supprimée en 1790, et occupée aujourd’huipar un établissement industriel.
L’impasse des Hospitalières doit son nom à un couvent de reli-gieuses fondé en 1624 pour le soulagement des pauvres filles et femmesmalades, qui fut supprimé en 1792 et converti en filature de coton,établie en faveur des indigents.
Rue Neuve-Menilmontant, et boulevard des Filles-du-Calvàireétait le couvent de ce nom, fondé en 1635 et supprimé en 1790.
Vers la fin du siècle dernier, un nommé Guyard, neveu du célèbreFourcroy, ami dès arts et des artistes, fit bâtir sur une partie des débrisdes bâtiments de ce couvent un théâtre à qui l’on donna le nom de Bou-doir des Muses. La salle fut pourvue de décorations, d’accessoires, etservit d’abord à donner des représentations bourgeoises. Plus tard, descomédiens furent engagés, on y joua la haute comédie, l’opéra, le vau-deville, et le Boudoir des Muses devint le théâtre de la rue Vieille-du-Temple. Ce théâtre fut supprimé en 1807, et démoli quelque tempsaprès.
Rue St-Louis au Marais, n ÜS 48 et 50, était I’hotel de Turenne,vendu en 1694 par le cardinal de Bouillon. Il est occupé aujourd’hui parune congrégation de dames franciscaines, qui y ont fait bâtir une egliselivrée au culte en 1835, sous le vocable de St-Denis du St-Sacrement.
Tout l’emplacement qui se trouve à l’extrémité de la rue St-Louis etqui avoisine le Temple était au commencement du xvn" siècle uu vastemarécage, que Henri IV eut le projet de convertir en 1608 en unegrande et magnifique place, qui devait porter le nom de place de France,et à laquelle devaient aboutir plusieurs rues portant les noms des prin-cipales provinces du royaume. La mort prématurée du roi vint renver-ser ce beau projet. Cependant, en 1626, quelques-unes des rues quiavaient déjà reçu leur alignement furent assez promptement bordées demaisons et reçurent les noms qu’elles portent encore aujourd’hui. Tellessont les rues de Bourgogne, d’Orléans, de Berry, de Touraine, de Li-moges, d’Angoumois, de la Marche, de Beaujolais, de Beauce, etc.
Au n° 9 était I’bôtel de Joyeuse.