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VILLE DE PARIS. — NEUVIEME ARRONDISSEMENT. — N° 34. QUARTIER DE L’HOTEL DE VILLE.
le nom d e par louer aux bourgeois. Enfin le 7 juillet 1357, les bour-geois de Paris achetèrent, moyennant deux mille huit cent quatre-vingtslivres parisis, une maison située sur la place de Grève, que PhilippeAuguste avait acquise, en 1212, de Philippe Cluin, chanoine de Notre-Dame.
Cette maison portait alors le nom de maison aux piliers , parcequ’elle était supportée par une suite de piliers dont on aperçoit encorequelques-uns dans une gravure de cette époque ; elle fut ensuite appeléemaison au dauphin , parce qu’elle avait été donnée aux deux derniersdauphins du Viennois.
Quoique ayant été habitée par des souverains, cette maison était fortsimple, et ne différait des maisons voisines que par deux tourelles ; c’é-tait là cependant qu’habitait le prévôt des marchands, et où les échevinstinrent leurs assemblées jusqu’en 1532, époque où on entreprit de lareconstruire sur un plan plus vaste.
Sous le règne de François I er , Pierre de Viole, prévôt des marchands,posa la première de l’hôtel de ville qui existe maintenant, dont la façadefut élevée sur la place de Grève pour masquer le portail de l’église deSt-Jean en Grève, malgré les réclamations du curé de celte église, aveclequel le prévôt des marchands avait eu quelques démêlés. Le pre-mier et le second étage furent élevés de 1532 à 1549. A cette époque,un architecte italien , Dominique Boccardo dit Cortone présenta an roiHenri II un nouveau projet qui fut adopté, et dont on commença im-médiatement l'exécution. Les travaux toutefois avancèrent lentement,et en 1583 l’édifice n’offrait encore que l’aspect représenté en la gra-vure que l’on fit alors de ce monument. L’hôtel de ville ne fut achevéqu’en 1606, sous le règne de Henri IV, par les soins du prévôt desmarchands, François Miron, et sous la conduite d’André du Cerceau, quifit quelques changements aux dessins de l’architecte italien.
En 1801, le local de l’hôtel de ville a reçu des agrandissements con-sidérables, consistant principalement dans la réunion de l’hôpital et del’église du Saint-Esprit, et dans celle de la communion de l'église St-Jean, qui a été démolie.
Le 26 mars 1836, le conseil municipal de la ville de Paris a adopté leprojet de MM. Lesueur et Godde, pour l’agrandissement et l’embellis-sement de l’hôtel de ville, et le 14 juillet 1837 M. Vivenelle , l’un desprincipaux entrepreneurs de la capitale, se rendit adjudicataire de tousles travaux à faire pour isoler et agrandir, sur une immense échelle,ce grand monument. Cinq années ont suffi pour démolir plus de trentemaisons, jeter les fondations et élever le vaste monument qu’on admireaujourd’hui, dont les grosses constructions ont été achevées vers la finde 1841. — L’hôtel de ville présente un parallélogramme régulier, unpeu plus long que large, ayant vingt-cinq croisées sur chacune desfaçades tournées à l’est et à l’ouest, et dix-neuf sur les façades tournéesau nord et au sud. Quatre pavillons à trois étages flanquent les quatreangles , et deux pavillons intermédiaires s’élèvent au milieu des grandscôtés, non compris le beffroi qui domine la première entrée. Ces pavil-lons sont unis par des corps de bâtiments à deux étages avec mansardes ;cinq cours, malheureusement irrégulières, partagent intérieurement lesnombreuses constructions de ce splendide édifice. Du côté du midi sontles grands et les petits appartements préfectoraux ; dans le soubassementsont les cuisines, à l’entresol les petits appartements où loge le préfet ;au premier, auquel on monte par un magnifique escalier construit dansle pavillon sud-ouest, sont les grands appartements municipaux com-muniquant avec les anciens ; au-dessus, dans les mansardes, sont desbureaux. Ces grands appariements sont meublés et décorés avec un luxeinouï : on n’y voit que dorures, sculptures, peintures et tentures; quelustres et girandoles d’or ; que fauteuils, divans, sophas dorés ou de pa-lissandre. Il y a la salle d’entrée, le salon rouge, le salon bleu, le salondes saisons, le salon jaune ; la salle à manger est toute en stuc. Les pla-fonds, les murs et les panneaux sont chargés de peintures exécutées parHesse, Schopin, Vauchelet.
Le plafond des bals, dans les appartements d’honneur, a été peint parM. Picot. C’est une grande composition au milieu de laquelle, sur untrône éclatant de lumière, devant le péristyle d’un temple, est assise laville de Paris, sous les traits d’une femme. A droite du spectateur setiennent la Concorde et le Commerce, la Garde civique, l’Armée, l’Agri-
culture et l’Industrie. De l’autre côté on remarque l’Abondance, la Paix,l’Art médical, les Arts intellectuels, les Arts laborieux, l’Enseigne-ment. Les deux extrémités du tableau laissent entrevoir des paysages :dans l’un s’élèvent au loin les tours de Notre-Dame ; c’est l’ancien Paris ;dans l’autre on aperçoit le sommet de la colonne, qui rappelle la glo-rieuse époque de l’empire. Dans les airs et formant comme une auréoleautour de la ville, apparaissent sous un jour affaibli, avec les costumesde leur temps, le Poussin, Mole, la Fontaine, Racine, Bossuet, Molière,Fénelou, Pascal, du Guesclin, saintBernard, Sully, Philibert Delorme et.Bayard.
En avant de la façade méridionale, du côté de la Seine, est un char-mant jardin orné de fontaines jaillissantes.
Depuis peu toutes les niches de la façade de l’hôtel de ville ont reçules hôtes qui leur avaient été promis lorsque l’on traça le plan des deuxailes qui flanquent aujourd’hui la façade primitive. Yoici les noms desmagistrats et des grands hommes auxquels la ville de Paris a décernéles honneurs publics et solennels : Perronet, Voyer-d’Argenson , Man-sard, Lebrun, Lesueur, Vincent de Paul, Vacquerie, Philibert Delorme,Goslin, P. Lescot, Jean Goujon, Boylaux, Hugues Aubriot, saint Landry,Sully, Juvénal des Ursins, de Viole, Luillier, G. Budé, Miron, HenriEstienne, J. Aubry, Mole, Rollin, l’abbé de l’Epée, Turgot, Bailly,Frochot. Ces vingt-liuit statues ont été confiées à des artistes recom-mandables, et généralement elles sont exécutées d’une manière satisfai-sante. Sur la façade qui regarde la Seine, les piédestaux de l’attique ontreçu également douze statues offrant autant de sujets allégoriques. Cesont : la Justice, le Commerce, la Peinture, la Musique, la Naviga-tion , les Sciences, la Police, la Santé, etc., avec des attributs caracté-ristiques.
L’hôtel de ville de Paris a été le théâtre de la plupart des événe-ments remarquables de l’histoire de la capitale.
Le 27 janvier 1382, Charles VI abolit la prévôté des marchands, l’é-chevinage, le grefle de cette prévôté, leur juridiction, s’empara de tousles droits, des biens et des revenus qu’ils produisaient, et donna au pré-vôt de Paris fliôtel dit maison de ville, pour y exercer son autorité (1).A cette époque, la place de Grève devint le théâtre de sanglantes exé-cutions, et pendant le mois de février seulement les tètes de plus de centbourgeois de Paris tombèrent sur l’échafaud. Le prévôt des marchandset les échevins ne furent réintégrés dans les juridictions, prérogativeset revenus qu’ils possédaient, que le 20 janvier 1411, après vingt-neufans d’exhérédation des privilèges de l’administration municipale (2).
Le 4 juillet 1652, la présence à Paris du prince de Coudé excita danscette ville un soulèvement contre les partisans de Mazarin. Une assem-blée se tint à l’hôtel de ville, où le prévôt des marchands et les éche-vins proposèrent le retour de la cour à Paris. Le prince de Condé, in-formé de ce projet, remplit la place de Grève de soldats de son armée,et menace de ne laisser sortir aucun membre de l’assemblée avant qu’iln’eût signé le traité d’union avec le prince. A ces paroles, une fouleimmense entoure l’hôtelde ville en criant l’union! /’ union! Plusieursdécharges de mousqueterie sont faites sur les fenêtres de la salle d’as-semblée ; la troupe entasse contre la porte de l’hôtel de ville un grandnombre de fagots, et y met le feu. Au milieu des coups de fusil qu’onleur tirait, de la fumée qui menaçait de les étouffer et de les consumer,les membres de l’assemblée, remplis de frayeur, se crurent perdus etcherchèrent à se sauver; le maréchal de l’Hôpital, gouverneur de Paris,s’échappa à la faveur d’un habit de prêtre dont il s’était revêtu ; d’au-tres membres durent leur salut à des bateliers qui se firent largementpayer ; plusieurs, pour éviter le feu qui faisait des progrès, s’exposèrentà la fureur de la multitude et furent massacrés. Le tumulte, le meurtreet l’incendie durèrent depuis deux heures après midi jusqu’à dix heuresdu soir, moment où le duc de Beaufort entra dans l’hôtel de ville, ac-compagné de gens armés, et en fit sortir en sûreté les personnes quis’y trouvaient encore.
La charmante duchesse de Longueville, qui s’était mise à la tète duparti de la Fronde, vint s’établir à l’iiôtel de ville, accompagnée de la
(1) Ordonnances du Louvre, t. vi, p< 685, 688.
( 2 ) Ibid.