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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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122 VILLE DE PARIS. NEUVIEME ARRONDISSEMENT. N° 34. QUARTIER DE LHOTEL DE VILLE.

lorsque le connétable les mit daccord en leur partageant également sesdépouilles. Le comte de St-Pol monta à quatre heures du soir, dun pasferme, sur léchafaud, se jeta à genoux et reçut au même moment lecoup de la mort ; sa tête fut montrée au peuple par lexécuteur des hautesœuvres ; son corps fut transporté dans léglise des Cordeliers.

Le vertueux et brave maréchal de Biez , malgré les nobles efforts dubrave Montluc, déclaré le 26 juin 1551 convaincu du crime de lèse-ma-jesté, lut condamné à être décapité sur un échafaud qui serait élevé àcet effet sur la place de Grève. Son gendre Coucy-Vervins avait étéprécédemment condamné à avoir la tète tranchée sur la même place.Le roi commua la peine du maréchal de Biez en celle de la prison per-pétuelle; mais il nen monta pas moins sur léchafaud, et le supplicequil y subit fut cent fois plus cruel que la mort. Conduit sur la placede Grève dans le même tombereau que son gendre Coucy-Vervins , ilassista au supplice de ce malheureux jeune homme, quil sefforça desoutenir de sa mâle parole et du noble exemple de sa fermeté ; puis, lui-même, lorsque la tête de Coucy eut roulé sur léchafaud, il fut de lamain sanglante du bourreau dépouillé du collier de lordre de St-Michel,dégradé de noblesse et déchu de la dignité de maréchal de France. Cettetache du règne de Henri II fut réparée autant quelle pouvait lêtre parle rappel à la cour du maréchal ; mais le coup qui avait frappé ce noblevieillard avait été si violent, quà peine rendu à la liberté il mourut dedouleur dans sa maison du faubourg St-Victor en 1551.

fut assassiné juridiquement, le 20 décembre 1559, lillustreAnne Dubourg, conseiller au parlement, condamné par la chambreardente, qui lui accorda par grâce dêtre étranglé avant dêtre jeté dansles flammes.

Le 27 octobre 1572 , deux mois après les massacres de la St-Barthé-îemy, Briquemaut, brave militaire âgé de soixante-dix ans, et le maîtredes requêtes Cavagnes , furent pendus en place de Grève, et lon penditaussi entre eux un mannequin représentant Coligny. Le roi et la reine samère voulurent jouir de ce spectacle; ils y assistèrent placés à unefenêtre de lhôtel de ville, ainsique le jeune roi de Navarie, quilsavaient forcé de les y accompagner. « Comme il faisoit nuit à lheurede lexécution, dit Brantôme , le roi fit allumer des flambeaux et les fittenir près de la potence pour mieux voir mourir les condamnés , etcontempler mieux leurs visages et contenances. »

Le 30 avril 1574, la Mole et le comte de Coconas , principaux agentsdes politiques et des malcontents qui voulaient mettre le duc dAlençonsur le trône au préjudice de Henri III, alors roi de Pologne, furentdécapités sur la place de Grève.

Le 27 mai 1574, Montgommery, qui avait eu le malheur de blessermortellement le roi Henri II dans un tournoi, en 1559, fut condamnéà mort pour ce fait et exécuté en effigie. Ayant été pris après une résis-tance désespérée dans la ville de Domfront, il fut de nouveau condamnéà mort, meurtri et disloqué par la torture ; il fut exécuté en place deGrève le 26 juin 1574 , traîné dans un tombereau jusquau pied deléchafaud, au milieu dune populace furieuse ameutée contre lui parles prédicateurs et la cour. Vêtu de noir, les traits pâlis par la douleurqui lavait rompu sans pouvoir lui arracher une plainte , il monta dunpas ferme sur léchafaud, et écouta attentivement la lecture de sa sen-tence. Au passage qui dégradait ses fils de noblesse : « Sils nont Javertu des nobles pour sen relever , dit-il fièrement, je consens à leurdégradation éternelle! » La lecture finie^ il adressa un long discours aupeuple, puis se livrant à lexécuteur, il reçut le coup de la mort,debout, la tête haute et sans manifester la moindre émotion.

Le 17 décembre 1591 furent exposés en chemise et pendus à troispoteaux les corps du président Brisson et des conseillers Larcher etTardif, qui avaient été étranglés la veille au Petit-Châtelet.

Le 26 août 1593 fut rompu vif sur la place de Grève Pierre Bar-rière ou Labarre, accusé et convaincu de sêtre dirigé sur Paris aveclintention dassassiner Henri IV.

' Le 27 août 1594 furent pendus et étranglés en place de Grève Aubin,prêtre non dégradé, Jean Roseau, bourreau de la ville, et un sergentnommé Danis, auteurs ou complices de la mort du président Brisson etdes conseillers Larcher et Tardif. Cette exécution donna lieu à la publi-cation des vers suivants :

Le sergent fut créé pour Je malfaiteur prendre,

Si condamné à mort, le bourreau pour le pendre;

Avant la mort, il est par prêtre confessé.

Ici tu vois, passant, par nouvelle justice,

Sergent, prêtre, bourreau exposés au supplice,

Pour un crime non vu pareil au temps passé.

Le jésuite Guignard, impliqué dans le procès de Jean Châtel, et con-damné, par arrêt du parlement du 7 jauvier 1596, à être pendu et brûlé,fut exécuté en Grève le même jour. Le lendemain fut prononcé le ban-nissement des jésuites.

Le 11 septembre 1608 fut pendu en Grève et brûlé un nommé Bar-thélemy Borghèse, se disant faussement bâtard du pape.

Le 27 mai 1610 fut exécuté larrêt de la cour du parlement qui con-damna Ravaillac assassin de Henri IV à être écartelé vif. Le concoursdu peuple fut si grand quon eut beaucoup de peine à préserver ce mi-sérable des fureurs de la multitude. Tous les princes et la plupart desseigneurs qui se trouvaient à Paris vinrent à Iiiôtel de ville pour assis-ter à cetîe exécution. Le patient fut placé sur un échafaud, tenaillé auxmamelles , aux bras, aux cuisses, au gras des jambes , et sur tous cesendroits furent jetés du plomb fondu , de lhuile bouillante, de la cireet du soufre fondus. Puis son corps fut tiré et démembré par quatre fortschevaux ; il devait être ensuite consumé par le feu, et les cendres jetéesau vent; mais, lorsque le bourreau voulut jeter les membres dans lebrasier allumé à cet effet ; « le peuple, dit le journal de lEtoile^ se ruaimpétueusement dessus, il ny eut fils de bonne maison qui nen voulûtavoir sa pièce, jusquaux enfants qui en firent du feu au coin des rues. »

Le 8 juillet 1617 Eléonore Galigaï, veuve du maréchal dAncre fuicondamnée pour fait de judaïsme, de sortilège et de magie !... par unecommission extraordinaire choisie dans le sein du parlement, à avoir latète tranchée sur un échafaud dressé à cet effet en place de Grève ; satète et son corps à être jetés au feu ; ses biens furent confisqués , son filsdéclaré roturier, ignoble et incapable de remplir aucun emploi. Celarrêt, qui devait être exécuté le même jour, lui fut lu à midi dans lacour du palais , devant une foule immense. A sept heures, elle fut ex-traite de la Conciergerie et placée dans la charrette de lexécuteur. Elleporta alors ses regards sur la multitude qui se pressait sur la place, dansles rues, aux fenêtres et jusque sur les toits. La foule était si grandequil fallut plus dune heure pour parvenir jusquà la place de Grève.Au pied de léchafaud, le greffier donna encore une fois lecture de lasentence ; puis lexécuteur, semparant de la maréchale, la fit monter surléchafaud , elle se mit à genoux. Lexécuteur prit un bandeau pourlui couvrir les yeux ; mais il ne put y parvenir de suite parce quil nyavait de cordon que dun seul côté ; il le raccommoda de son mieux, etdit aux docteurs, pour lui donner le change, faites lui faire sa prière. Ladernière parole nétait pas prononcée, que dun coup subtil il lui fitsauter la tète.

Le 22 juin 1627, François de Montmorency Bouteville, qui sétaitacquis une déplorable célébrité comme duelliste, et le comte de BeuvrouDeschapelles, condamnés à mort pour sètre battus en duel sur la placeRoyale, furent conduits dans une charrette sur la place de Grève. Arri-vés au pied de lécliafaud , Bouteville y monta le premier et se mit àgenoux. Lexécuteur lui demanda sil fallait lui bander les yeux. « Cestinutile , répondit-il, nous nous sommes souvent vus , la mort et moi. «A peine ces mots étaient-ils prononcés quil recevait le coup fatal. Des-chapelles, debout dans la charrette, le dos tourné à léchafaud, enten-dit le bruit sourd du coup qui venait de trancher la tète à son ami.« Mon cousin nest plus, dit-il en levant les yeux au ciel, prions Dieupour lui ! » Puis dun pas ferme il monta sur léchafaud, et saisissantla main de Bouteville, il la porta avec affection à ses lèvres. Un instantaprès il avait cessé de vivre. Leurs corps sanglants furent aussitôt en-veloppés dans un drap de velours noir, et transportés à lhôtel dAn-goulême. Le lendemain ils furent conduits à Montmorency, on leurfit de magnifiques obsèques.

Le 10 mai 1632 fut décapité sur cette place le maréchal de Marillac,lune des plus illustres victimes du cardinal de Richelieu. Pour toutegrâce, Richelieu avait fait placer léchafaud au pied du perron de lhô-tel de ville, et à la hauteur des derniers degrés, pour éviter au maré-