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Les quarante-huit quartiers de Paris : biographie historique et anecdotique des rues, des palais, des hôtels et des maisons de Paris / par Girault de Saint-Fargeau
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VILLE DE PARIS. NEUVIEME ARRONDISSEMENT. N° 34. QUARTIER DE LttOTEL DE VILLE.

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chai lignominie dêtre conduit en charrette au lieu du supplice. Lechevalier du guet qui laccompagnait , voyant sur léchafaud le bour-reau lui lier les mains, lui dit avec un profond respect et une grandecompassion : « Jai grand regret de vous voir ainsi, monsieur le maré-chal ! Ayez-en regret pour le roi, et non pour moi ! » répliqua-t-ilavec fierté ; puis il livra sa tète à lexécuteur. Le maréchal de Marillacfut enterré dans léglise des Feuillants ; sur son buste , qui y fut placépeu après , on inscrivit cette devise commémorative de sa triste mort :

*Sorte funesia cia rus. Après lexécution, Richelieu, se trouvant en pré-sence des commissaires qui avaient prononcé la condamnation, dit dunton hypocrite à Châteauneuf, leur président : « Il faut avouer que Dieudonne aux juges des lumières quil naccorde pas aux autres hommes,puisque vous avez condamné le maréchal de Marillac à mort : pourmoi, je ne croyais pas que ses actions méritassent un tel châtiment 1 »Cette mort, cependant, dont il paraissait sétonner, il lavait ordonnéelui-même !.

Le 16 juillet 1676, à six heures du soir, la marquise de Brinvilliers,habile à préparer des poisons pour ses parents et ses amis , fut exécu-tée sur la place de Grève, après avoir fait amende honorable à Notre-Dame , nue, en chemise, la corde au cou. Une foule immense.se pres-sait sur la place de Grève et dans les rues; on y remarquait beaucoupde dames. La marquise en reconnut plusieurs avec lesquelles elle avaitété très-liée : « Oh ! cest vraiment un beau spectacle, nest-il pas vrai,mes amies? » dit-elle à ces curieuses de mort, en leur lançant un regardde mépris. M ,e de Sévigné était une de ces curieuses. La condamnéemonta seule et nu-pieds sur léchafaud, le bourreau fut près dunquart dheure à faire les préparatifs de lexécution , préparatifs pluscruels , plus douloureux que le supplice même ; après avoir été pendue,son corps fut consumé dans un vaste brasier et ses cendres jetées auvent. Le supplice de la Brinvilliers était un effrayant spectacle; quatreans plus tard , cependant, les empoisonnements devinrent si fréquentsà Paris, que force fut détablir à lArsenal la fameuse chambre ardente.

Le 22 février 1680 fut exécutée sur celte place la Voisin, condamnéepar la chambre ardente, établie à Vincennes, à faire amende honorableet à être brûlée vive, pour raison des impiétés, empoisonnements, arti-fices et maléfices contre la vie des personnes. « A cinq heures , ditM me de Sévigné , qui était, comme elle le dit elle-même, une des cu-rieuses de supplices dalors, on la lia, et, avec une torche à la main, elleparut dans le tombereau, habillée de blanc ; cest une sorte dhabit pourêtre brûlée ; elle était fort rouge, et lon voyait quelle repoussait leconfesseur et le crucifix avec violence. A Notre-Dame , elle ne voulutjamais prononcer lamende honorable, et à la Grève elle se défenditautant quelle put de sortir du tombereau ; on len tira de force, on lamit sur le bûcher, assise et liée avec du fer, on la couvrit de paille;elle jura beaucoup ; elle repoussa la paille cinq ou six fois ; mais enfinle feu saugmenta ; on la perdit de vue, et ses cendres sont en lairmaintenant. »

Le 20 juin 1699, M me Tiquet, belle, gracieuse et spirituelle femmedun conseiller au parlement, auquel elle avait apporté en dot un demi-million de fortune , ayant été condamnée à mort pour avoir tenté defaire assassiner son mari, de complicité avec Moura , son portier, futconduite en place de Grève pour y être exécutée. La population de Pa-ris se rua tout entière sur le chemin que devait parcourir cette femme,dont le crime, la constance dans les tourments, et la beauté, étaient lesujet de tous les entretiens. A cinq heures , on vit savancer le sinistrecortège. M e Tiquet, entièrement vêtue de blanc, était assise à côté ducuré deSt-Sulpice; une coiffe abaissée sur ses yeux dérobait en partieses traits pâles et réguliers ; une exhortation touchante du bon curé luirendit le courage qui commençait à l'abandonner ; elle releva sa coiffe,regarda la foule dun air modeste, mais calme et assuré , et soutint, parses paroles et sa contenance, la fermeté de Moura, qui, placé sur ledevant de la charrette , sabandonnait au désespoir. Ils arrivaient ainsià la Grève , et leur supplice allait être terminé dans quelques instants,quand tout à coup un violent orage éclata. On attendit, pour procéderà lexécution, que la pluie qui tombait par torrents cessât un instant ;et, pendant cette cruelle attente, les condamnés demeurèrent dans lacharrette, ayant devant les yeux lappareil de mort, au pied duquel

M we Tiquet voyait un carrosse noir, attelé de ses propres chevaux , etattendant que le bourreau y vînt déposer son corps. Elle demeura fermecependant : le supplice de Moura , condamné à être pendu, parut seullaffecter un instant; mais bientôt, montant vivement sur léchafaud,elle accommoda ses cheveux avec autant de promptitude que de grâce ,et, se plaçant sur le billot, présenta son cou au glaive. Tant de résolu-tion et de force , tant de beauté peut-être troublèrent le bourreau, et cefut avec des cris de terreur et dindignation quon le vit se reprendre àtrois fois pour accomplir son cruel office.

En 1720, le comte de Horn et un de ses complices furent exécutéssur la place de Grève, pour avoir assassiné et volé un riche spéculateurdes actions de la banque de Law, rue Quincampoix.

Cartouche, le plus adroit et le plus audacieux voleur du xvm e siècle,fut conduit le 27 novembre 1721, sur la place de Grève, pour y êtrerompu vif. Il espérait que ses compagnons de crimes tenteraient un mou-vement pour le délivrer ; trompé dans cette attente, il se fit conduire àlhotel de ville, avoua tout, et révéla les noms de ses innombrables com-plices, parmi lesquels il désigna des dames et des gentilshommes très-connus, des personnes de la suite la fille du régent. U subit son sup-plice avec courage.

Le 26 mars 1757, Damiens subit sur la place de Grève le même sup-plice que Ravaillac. On ne peut rendre laffluence quil y avait dansParis ce jour-. Les villages circonvoisins, les habitants des provinces,les étrangers y étaient accourus comme aux fêtes les plus brillantes.Non-seulement les croisées de la Grève, mais mêmes les lucarnes desgreniers furent louées à des prix fous ; les toits regorgeaient despectateurs. Mais ce qui frappa surtout, ce fut lardeur des femmes,si sensibles, si compatissantes, à rechercher ce spectacle, à sen re-paître, à le soutenir dans son horreur, lœil sec et sans la plus légèreémotion, lorsque presque tous les hommes frémissaient et détournaientles regards.

Le 19 mai 1766, périt sur cette place, à lâge de soixante-huit ans, lin-fortuné Lally-Tollendal, gouverneur de Pondichéry. Après deux ans dedébats clandestins, après avoir subi dix-neuf mois de prison sans avoir étéinterrogé, il demanda trois jours pour sa défense : on les lui refusa. Con-damné le 6 mai à être décapité, il dévoua ses juges à lexécration deshommes et à la vengeance du ciel ; puis, feignant de se mettre à genoux,il senfonça dans la poitrine, jusquà la profondeur de quatre pouces, uncompas quil avait caché sous son habit, ce qui engagea ses ennemis àfaire avancer de six heures lexécution. U fut conduit dans un tombe-reau sur la place de Grève, avec un bâillon sur la bouche, et un ban-deau sur les yeux ; monté sur léchafaud , il attendit assez longtempssans quon se pressât den finir. « Quattend-on encore, dit-il au bour-reau ? »Monsieur le comte, il nest pas encore temps dexécuter larrêt.»Cinq minutes après , le bourreau frappe le patient et le manque, unsecond coup fit rouler sa tête sur léchafaud. Douze ans après, larrêt duparlement qui lavait condamné, fut cassé à lunanimité de soixante-douze magistrats, et sa mémoire fut réhabilitée.

La seconde année du règne de Louis XVI, à loccasion de la chertédes blés, des hommes armés sétant introduits dans Paris ils pillèrentles boutiques des boulangers, plusieurs dentre eux furent pris, et deuxfurent pendus en place de Grève.

Nous avons mentionné précédemment le meurtre du gouverneur de laBastille Delaunay, sacrifié à la vengeance du peuple le 14 juillet 1789»et le martyre que subirent sur la place de Grève MM. Foulon et Berthierde Savigny. Cest au coin de la rue de la Vannerie quétait le fameuxréverbère fut pendu Foulon, et sélevait alors un buste deLouis XIV.

Le 11 octobre 1783, un capucin pédéraste, nommé Pascal, qui avaitpris le nom de Chabane, fut rompu vif en place de Grève et ensuitebrûlé, pour avoir lardé de dix-sept coups de couteau et mis en dangerde mort un petit Savoyard qui ne voulait pas se rendre à ses désirs.« Depuis Damiens, dit un recueil du temps, on navait vu dexécutionplus courue; il y avait du monde jusque sur les toits. »

Le 5 octobre 1784 eut lieu lexécution des gendarmes Deseine et De-forges. Condamnés à vingt ans de prison, et à la veille dêtre transférésde la prison de lAbbaye au lieu de leur destination, ils résolurent de