VILLE DE PARIS. — DIXIEME ARRONDISSEMENT. — X° 37. QUARTIER DE LA MONNAIE.
chercher fortune en France à la suite de Catherine de Médicis , et quitenait dans cet hôtel un grand train de maison : c’était le rendez-vous desprinces et des grands seigneurs de la cour ; les jours et les nuits s’y pas-saient en festins et en orgies ; Henri IV mangeait souvent à la table del’opulent et officieux amphitryon. Il mourut à Paris le 14 juillet 1605,et fut enterré dans la nef des Célestins. Les héritiers de Zamel vendirentcet hôtel au duc de Lesdiguières ; il a passé par succession, au commen-cement du xvni c siècle, au duc de Villeroi. Le czar Pierre Àlexiowilzl’avait habité pendant le séjour qu’il fît à Paris en 1717 ; il y reçut lavisite de Louis XV accompagné du régent. Cet hôtel a été vendu depuisà des entrepreneurs qui ont fait percer la rue qui communique à cellede la Cerisaie et St-Antoine; les visitandines avaient acheté une partiedu jardin pour agrandir leur couvent.
Rue de la Cerisaie, n° 8, s’élève au fond de la cour un charmanthôtel de la renaissance, vingt fois menacé par le marteau des démolis-seurs, et parvenu cependant jusqu’à nous presque intact ; cet hôtel est ce-lui d'un des artistes les plus distingués du xvi* siècle, de Philibert Delorme,qui en fut à la fois l’architecte et le propriétaire. Dans le traité in-foliode cet artiste, intitulé : Nouvelles Inventions pour bien bâtir et à petitsfrais, 1561, 1557, 1626 ou 1648, on trouve gravé dans le texte (cha-pitre xvii de l’édition de 1626, pages 252 et suiv.) le dessin exact de lafaçade intérieure et de la coupe de sa maison, dont il dirigea lui-mêmeles travaux avec un soin tout particulier. — La maison de Philibert De-lorme s’est assez bien conservée extérieurement. On doit regretter tou-tefois la démolition de deux élégants portiques à arcades que Philibertavait érigés de chaque côté du bâtiment principal. Le dallage octogonede la cour, qui produisait un effet pittoresque, a disparu pour faireplace à un pavé inégal et raboteux ; depuis la mort de l’architecte, on ya édifié un puits qu’il eut certainement désavoué à cause de sa lourdeur.Quant à l'intérieur des appartements, ii a été tellement défiguré qu’ilest devenu méconnaissable.
Rue des Barrés est la caserne de PAve-Maria, qui occupe les bâ-timents du couvent des Béguines dit depuis de l 'Ave-Maria, fondé parLouis IX vers 1240, et supprimé eu 1790.—L’église, qui a été démolie,renfermait le mausolée en marbre de Catherine de la Tréniouille, repré-sentée à genoux, ainsi que les tombeaux de Jeanne de Vivonne de laChasteigneraye, et de Catherine de Clermont, duchesse de Retz.
La rue du Fauconnier a été longtemps citée pour son 'val d’a-mour. Lorsque le capitulaire de Charlemagne, qui bannissait de la capi-tale les femmes publiques fut tombé en désuétude, et qu’il leur fut permisde former une corporation sous le titre bizarre de femmes amoureuses,ou filles folles de leur corps , cette rue fut du nombre de celles où ellespurent établir des clapiers. Elles ne pouvaient s’y rendre qu’à dos heuresdéterminées, et avec une marque distinctive qu’elles ne pouvaient quittersans s’exposer à des peines très-sévères. Tclérés pendant plus de quatrecents ans, les clapiers furent abolis ; les prostituées se répandirent danstous les quartiers, et l’on en comptait plus de vingt-huit mille en 1780.
A l’extrémité du quai des Ormes était la porte Barbette, d’où par-tait une muraille flanquée de tours carrées qui remontait sur le bordde la rivière jusqu’au point cù débouche actuellement le fossé de l’Ar-senal. A l’angle formé par ce fossé et par le cours de la Seine était unehaute tour ronde nommée tour de Bill y , tour de l’Ecluse , qui a subsistéjusqu’en 1538, époque où elle fut détruite par la foudre, qui enflammales poudres qu’elle contenait ; l’explosion fut terrible et se fit entendrejusqu’à Corbeil.
Place Baudoyer. En face du point de jonction de la rue du Pour-tour et de la rue de la Tixeranderie était la porte Baudoyer.
La porte St-Paul se trouvait dans la rue des Prêtres , un peu àl’ouest de la rue des Jardins. — La Poterne de vers l’eau s’ouvraitau milieu de la rue des Barrés.
DIXIÈME ARRONDISSEMENT.
Les limites de cet arrondissement sont : le mur d'enceinte de la bar-rière de la Cunette à la barrière de Yaugirard, la me du Cherche-Midi
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n ÜS pairs, la rue du Four St-Germain n‘ ,s pairs, la rue des Boucheriesn os pairs, la rue de l’Ancienne-Comédie u ÜS pairs, la rue Dauphiue n°*pairs, la rive gauche de la Seine et les quais depuis le Pont-Neuf jus-qu’à la barrière de la Cunette.
K° 57. QUARTIER DE LA MONNAIE.
Ci-devant section de l’Unité, et ensuite section des Quatre-Nation s.
Les limites de ce quartier sont : les quais Manquais et Conti, la rueDauphine n 01 pairs, la rue de l’Ancienne-Comédie n" 8 pairs, la rue desBoucheries n os pairs, la rue du Four St-Germain n os pairs, la Croix-Rouge à droite, la me de Grenelle St-Germain n ys pairs , la ruedes Sts-Pères n“* pairs jusqu’au quai. — Superficie 380,000 ni. carrés,équivalant à 0,011 de la superficie totale de Paris.
Parmi les nombreux monuments et établissements de ce quartier, oncite principalement :
L’église St-Germain des Prés, située place St-Germain des Prés.Cette église faisait partie de l’ancienne abbaye de St-Germain des Prés,
1 ondée par Childebert I* r en 543 , au milieu des prés et des pâturagesqui s’étendaient alors au loin sur le bord de la Seine. Les bâtiments,élevés, dit-on, sur un temple d’Isis, furent achevés en 557, et l’abbavefut dédiée à la Ste-Croix et à saint Vincent, par saint Germain, qui y fut in-humé en 754, et dont l’église et l’abbayc ont conservé le nom.—Les Nor-mands pillèrent, ruinèrent et brûlèrent ce monastère en 845, en 848 eten 86 ! ; rebâti en 869, ruiné de nouveau par les Normands en 885, il nefut entièrement rebâti qu’en 090, et selon quelques historiens en 1014.
L’abbaye de St-Germain des Prés était une des plus anciennes, desplus riches et des plus illustres de la France ; elle tenait sous sa puis-sance féodale la grande moitié de la partie méridionale de Paris ; ellepossédait sur toute l’ctendue du faubourg St-Germain la juridiction spi-rituelle et la juridiction temporelle. Cette abbaye ressemblait à une cita-delle; ses murailles étaient flanquées de tours et environnées de fossés;un canal large de 25 à 26 m. , qui commençait à la rivière et qu’onappelait la Petile-Seine, coulait le long du lorrain où est à présent larue des Petits-Augustins, et allait tomber dans les fossés de l’abbaye, rueSt-Benoît. La principale entrée de l’endos du monastère était située versl’emplacement occupé aujourd'hui par la prison militaire de l’Abbaye ;en cet endroit, on traversait un fossé et on arrivait à la porte méridio-nale de l’église : une autre entrée était à l’ouest de l’enclos, dans la ruenommée depuis St-Benoit, presque en face la rue des Deux-Anges, con-damnée récemment. Cette entrée, qui portait le nom de porte Papale,était flanquée de deux tours rondes. Vers l’endroit où la rue de Furslem-berg aboutit à celle du Colombier, s’élevait une grosse tour ronde ; decette tour, un mur de clôture très-élevé s’étendait en droite ligne jus-qu’au bas de la rue St-Benoît, où le mur tournait à angle droit et se pro-longeait jusque vis-à-vis de l’endroit où on a percé la rueTarane. Là, ily avait une tour ronde, le mur rentrait et formait une petite place quiexiste encore en partie, puis suivait la direction de la rue Ste-Margue-rite et venait rejoindre le mur où se trouvait la principale porte d’entrée.— En 1699, le cardinal de Furstemberg, abbé de St-Germain desPrés, aliéna une partie de l’enclos de l’abbaye à des particuliers pour ybâtir des maisons à leurs frais. Par suite de cette aliénation furent éta-blies les rues Abbatiale, Cardinale, Childebert, de Ste-Marthe. Au lieude deux entrées, dont Finie ne s’ouvrait que rarement, on établit quatreentrées publiques • la porte Bourbon-Château, en face la rue de ce nom ;la porte Ste-Marguerite, sur la rue du même nom; celle de St-Benoît,rue du même nom, en face la principale façade de l’église (c’est celle quisert aujourd’hui de passage) ; la porte de Furstemberg, sur la rue duColombier, qui servait d’entrée au palais abbatial dont une partie desbâtiments existent encore.
L’abbé de St-Germaiu des Prés jouissait de revenus considérables. Le29 septembre 1736, l’abbé Monginot, foudé de procuration du cardinalThyard de Bissy, abbé de St-Germain et évêque de Meaux , suc-cesseur de Bossuet, passa avec les sieurs Mirleau de Neuville troisactes curieux qui peuvent donner mie idée de la quotité de ces revenus.
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